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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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The Bay

Film américain sorti le 19 juin 2013

Réalisé par Barry Levinson

Avec Kristen Connolly, Christopher Denham, Nasi Aluka,…

Epouvante-horreur, Thriller, Science-fiction

Dans la baie du Maryland, une bactérie non identifiée contamine le lac et ceux qui s’en approchent.

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A une époque, Barry Levinson était vu comme l’une des figures majeures de ce groupe d’héritiers que Spielberg avait réuni pendant les années 1980, aux côtés de Robert Zemeckis et de Joe Dante. Ce touche-à-tout qui avait mis en scène Le Secret de la Pyramide et Good Morning Vietnam reçut une immense consécration avec le magnifique Rain Man voyant la confrontation au sommet entre Dustin Hoffman et Tom Cruise. Mais au cours de la décennie 1990, Levinson essuya quelques revers malgré des projets ambitieux. Son film de S.F. Sphere, qui n’était pas forcément dénué d’une ambiance assez prenante, ne convainc pas énormément de monde à sa sortie. Petit à petit, Levinson se retrouva contraint de poursuivre sa carrière de cinéaste au sein d’une télévision américaine de plus en plus libre et ambitieuse. Il y livra quelques beaux téléfilms, dont un sur le docteur Jack Kevorkian avec un Al Pacino qui y aurait retrouvé son niveau d’antan. Le dernier film de Barry Levinson Panique à Hollywood, qui était une satire sur le milieu cinématographique de la côte Ouest, n’eut même pas l’opportunité d’une sortie dans les salles françaises malgré un casting cinq étoiles réunissant Robert de Niro, Bruce Willis, Sean Penn, Robin Wright, Stanley Tucci, John Turturro ou encore Kristen Stewart. C’est dire toute la considération dont avait encore droit le réalisateur oscarisé dans nos contrées. Mais le voilà finalement qui revient avec son dernier bébé que l’on peut voir dans  une poignée de salles vraisemblablement vides.

Là encore, la sortie n’a pas été des plus triomphales. Hormis les amateurs de genre qui pourront l’avoir déjà vu lors du Festival du Film Fantastique de Gérardmer au sein d’une compétition de niveau parait-il assez médiocre, bien peu sont au courant de l’existence de ce film qui va sans aucun doute faire un beau « flop ». Les conséquences ne devraient pas être trop importantes vu le budget a priori assez réduit du long métrage. Mais cela est surtout (et c’est malheureux) pour une fois assez compréhensible. The Bay est l’énième avatar du « found footage movie » horrifique. Ce genre du faux-documentaire avait été popularisé par le fameux Projet Blair Witch, gros pétard mouillé où l’on ne voyait pas grand-chose mais qui fut le film le plus rentable de tous les temps grâce à son budget riquiqui. A défaut d’inventer une nouvelle façon de relater une histoire au cinéma, puisque le célèbre Cannibal Holocaust avait été élaboré près de vingt ans auparavant sur ce même principe visant à effacer la frontière entre réalité et fiction (au point que le réalisateur italien avait été assigné en justice pour prouver que ses acteurs étaient toujours en vie), Projet Blair Witch montrait que l’on pouvait créer un « hit » international très juteux avec une caméra et deux bouts de ficelle.

Si le genre peut avoir quelques avantages comme une plus forte plongée du spectateur dans le film, il enquille surtout les défauts. Au final, il n’y a bien eu que le terrifiant [Rec] de Jaume Balaguero et Paco Plaza pour aller jusqu’au bout de ce concept sans que la suspension d’incrédibilité du spectateur ne saute en cours de route. On y suivait les pas d’une journaliste débutante et ce que filmait son caméraman pouvait être affilié à notre point de vue. On était donc à ses côtés pendant que cet huis-clos étouffant dégénérait en massacre claustrophobique. L’utilisation du plan séquence et d’une seule caméra permettait une immersion totale pendant que l’action, prise au vif comme dans un reportage de guerre, se déroulait en temps réel. On rejoignait un peu ce que fait Alfonso Cuaron, certes de manière infiniment plus puissante et cinématographique, avec Les Fils de l’Homme et son futur Gravity. Le problème, c’est que la plupart des « found footage movies » (littéralement, les « rushes que l’on a retrouvé ») ne parviennent rarement à convaincre sur la durée. On finit toujours par se demander pourquoi ce foutu caméraman ne lâche pas son appareil pour prendre les jambes à son cou lorsqu’un montre titanesque lui fonce dessus comme c’était le cas dans le surestimé Cloverfield. Toujours dans ce même film, le héros faisait preuve d’un incroyable manque de délicatesse en filmant ses propres amis en larmes lorsqu’un de leurs proches venaient à mourir.

On pourra toujours arguer qu’il y aurait quelque chose à faire sur cette fascination que l’humain a pour l’image et l’écran depuis le passage à l’an 2000 où ceux-ci se sont démultipliés. Mais il n’en reste pas moins que cela montre les limites d’un genre qui avaient déjà été parfaitement explorées par le double épisode de la série animée South Park intitulé « Pandémie ». Le pire vint lorsque le « found footage » décida de multiplier les points de vue. Là où ce procédé nécessiterait un certain doigté afin de parvenir à impliquer le spectateur malgré les incessants changements de protagonistes et de perspectives, il a surtout entrainé des films frisant le néant en termes d’émotion ou d’adrénaline. Le pari est pourtant possible à relever : il existe notamment un documentaire scotchant sur l’attentat du World Trade Center, « 102 minutes qui ont changé le monde », qui se déroule en temps réel et qui n’est basé que sur des images amateurs liées dans un montage brillant faisant répondre chaque vidéo avec une autre en nous permettant d’aborder cette tragédie sous un angle humain qui donne des proportions démesurées à ce tragique évènement. Mais cela demande du talent.

Or le « found footage » est rarement élaboré dans un but artistique car les producteurs rêvent avant tout de réitérer le carton de Projet Blair Witch. Le « found footage » est l’assurance d’un triomphe à la rentabilité monstre. Les couts de production sont ridiculement bas, ce qui permet au film de rapporter de l’argent extrêmement rapidement. Le tout est de savoir l’envelopper d’une campagne « marketing » puissante entrainant un « buzz » autour du long métrage. Des constructions médiatiques et roublardes auxquelles il est très difficile d’échapper. Le porte-étendard de ces bonnes affaires à répétition est l’interminable série des Paranormal Activity où l’on passe une heure et demie à attendre fébrilement que deux ou trois portes claquent avant d’avoir un mini climax de cinq minutes s’achevant sur un pathétique « jump scare ». Depuis, les ersatz ne cessent de réapparaitre au point qu’on a eu droit l’année dernière au « found footage » retrouvé sur la Lune et qui nous dévoile évidemment en exclusivité une « sombre affaire tirée d’une histoire vraie et qui a été cachée par le vilain gouvernement américain ». Le tout étant soutenu par un « marketing » viral tendant à faire croire, même sur le Net, que la fiction est la réalité.

On en vient à The Bay de Barry Levinson. En soi, voir un cinéaste de plus de soixante-dix ans qui tente de sortir de sa zone de confort pour se confronter à de nouvelles modes cinématographiques est assez admirable. A une époque où bien peu de « jeunes » réalisateurs font des films modernes et où la plupart des vieux cinéastes (à l’exception de quelques briscards comme Scorsese, Spielberg ou Friedkin) prennent leur retraite anticipée ou tentent de saborder leurs filmographies en se ridiculisant (coucou, Ridley !), il est toujours rassurant de voir un vieux de la vieille tenter d’en remontrer aux cadets sur leurs propres terrains. L’ennui c’est que, si Levinson semble se réjouir de découvrir le « found footage », il oublie visiblement qu’il arrive dix ans après tout le monde. Et là, il est difficile de se réjouir tant The Bay ne transcende jamais son parti pris. Pire encore, le film d’horreur ne justifie jamais son format spécifique. Levinson ne joue pas avec l’image, ne la triture pas, ne l’analyse pas,… Bref, le film aurait été monté et filmé de manière conventionnelle que cela n’aurait pas changé le long métrage. Peut-être même qu’il s’en serait trouvé amélioré car ce documentaire, visant soi-disant à révéler objectivement toute la vérité sur une catastrophe humaine, emploie des ficelles narratives cherchant à élaborer un effet de suspense qui contredit totalement sa nature formelle.

The Bay part d’un sujet très fort et tente de le traiter de la manière la plus réaliste et anxiogène possible. Un peu à l’image du Contagion de Soderbergh. Mais là où ce dernier échouait à cause de sa mise en scène ennuyeuse, de son histoire chorale qui ne permettait jamais de s’attacher à un personnage avant qu’il ne décède, et de son casting de stars visant à flatter l’ego de Soderbergh tout en rendant plus difficile l’adhésion du spectateur à ces personnages interprétés par des acteurs mondialement connus, Levinson se rate par sa mise en scène qui tente de lorgner vers tout et n’importe quoi. Piégé par son concept, The Bay passe de plans séquences faits par une caméra tenue à la main, aux images de surveillance d’hôtels et d’hôpitaux, avant de diffuser des vidéos prises depuis des voitures de police comme dans l’insupportable End of Watch. A l’inverse de l’intéressant Chronicle qui se servait de la caméra portée pour révéler la mégalomanie et l’égocentrisme de son antihéros qui se découvrait les mêmes pouvoirs qu’un dieu (le jeune homme solitaire se filmait pour se mettre en scène et se montrer sous un jour favorable), The Bay galère à trouver une justification à son assemblage d’images qui réduit à néant toute empathie.

Aucun personnage ne parvient à exister à l’exception d’une journaliste débutante et ambitieuse qui ressemble beaucoup trop à celle qui servait d’héroïne à [Rec]. Tous les autres ne sont que des fonctions qui ont soit pour but d’expliciter longuement les raisons de la catastrophe afin de faire de The Bay un pamphlet écologique opportuniste et à la mode, soit pour servir de chair à pâtée deux ou trois minutes après leurs premières apparitions. Levinson tente mollement d’intercaler une intrigue familiale avec une mère et son bébé, mais ce fil narratif parait si artificiel en tentant de faire de l’émotion avec de tels personnages qu’il ne fonctionne jamais. On a aussi droit à un duo de biologistes, dont une française avec un accent si appuyé qu’on n’y croit pas une seule seconde, qui explique longuement les raisons du drame. Si le casting n’est pas trop connu, il ne fonctionne pourtant jamais. Lorsque l’image daigne enfin avoir une meilleure définition que celle d’une caméra Skype (ce qui est très désagréable sur un grand écran), c’est pour montrer des acteurs qui ne sont jamais dirigés et qui paraissent copieusement s’emmerder sans jamais comprendre cette intrigue. Levinson saupoudre ça d’un peu de critique politique en refourguant telle quelle une sous-intrigue du chef d’œuvre définitif de ce genre horrico-marin qu’est Les Dents de la Mer de Steven Spielberg. Le vilain maire de la ville où se déroule le carnage, qui a évidemment lieu lors de la fête nationale U.S.,  est bien entendu corrompu et met consciemment en danger sa population pour ses propres bénéfices.

On lorgne ensuite vers les Piranhas de Joe Dante et de son « remake » par Alexandre Aja, notamment à l’aide de quelques maquillages répugnants. Et puis on finit par lorgner vers le film de zombies avec des victimes ensanglantées errant béatement dans les rues avant de se déchainer en furies à cause de la panique. Tout cela a déjà été vu, et tout cela a déjà été bien mieux fait. La voix off surexplicative de l’héroïne qui relate son histoire trois ans plus tard (bonjour la trouille que l’on ressentira pour elle sachant que c’est son personnage que l’on suit le plus), où elle précise tout ce qu’elle pensait et ressentait au lieu de laisser l’image s’en charger, achève d’agacer et d’empêcher toute immersion. On regarde alors un mauvais documentaire que l’on nous raconte dans le plus menu des détails sans que l’on se sente véritablement concerné. Deux ou trois « jump scares » très faciles vous réveilleront occasionnellement. Mais ce sera bien tout. Au final, il n’y a qu’une seule scène surprenante et réussie. Une seule sur quatre-vingt-dix minutes. On y voit la jeune journaliste craquer pendant qu’elle tente de parler devant la caméra alors que résonnent les cris de terreur dans la ville au loin. The Bay n’effraiera bien que les mangeurs de popcorns américains qui doute encore du réchauffement climatique et de l’impact dévastateur, car non mesuré, de l’homme sur sa planète. Mais à ce niveau-là, bon nombre de vrais documentaires sont infiniment plus flippants que ce misérable The Bay. Fallait-il vraiment s’attendre à autre chose de la part des producteurs de Paranormal Activity, d’Alien vs. Predator – Requiem et de l’innommable Skyline ?

NOTE : 2 / 10

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