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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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7 Psychopathes

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Titre original : Seven Psychopaths

Film britannique sorti le 30 janvier 2013

Réalisé par Martin McDonagh

Avec Colin Farrell, Woody Harrelson, Christopher Walken,…

Comédie, Action

Marty est un scénariste hollywoodien en panne d’inspiration. Confronté à l’angoisse de la page blanche, il peine à écrire son nouveau projet de film au titre prometteur : 7 Psychopathes. Son meilleur ami, Billy, comédien raté et kidnappeur de chiens à ses heures, décide de l’aider en mettant sur sa route de véritables criminels. Un gangster obsédé par l’idée de retrouver son Shih Tzu adoré, un mystérieux tueur masqué, un serial-killer à la retraite et d’autres psychopathes du même acabit vont alors très vite prouver à Marty que la réalité peut largement dépasser la fiction…

      

Martin McDonagh avait fait une forte impression avec son premier long métrage intitulé Bons Baisers de Bruges. A juste titre d’ailleurs puisqu’il partait d’un postulat archi-revu qu’il pervertissait de l’intérieur afin d’en faire quelque chose d’assez inédit et inattendu. On y suivait deux tueurs à gage qui, après une bourde, se retrouvaient contraints par leur employeur de se réfugier à l’étranger pendant quelques temps pour se faire oublier. Le décalage était le suivant : la ville dans laquelle les deux antihéros étaient obligés de se cacher n’était autre que la très austère et déprimante Bruges. Le cadre de l’histoire donnait ainsi une nature particulière à des scènes vues un nombre incommensurable de fois que ce soit au cinéma ou dans le roman noir. L’action du film, en décalage permanent, était en plus contrebalancée par un spleen et une mélancolie très inattendue sur un projet que l’on pensait plus proche de l’esprit d’un Tarantino. McDonagh déjouait toute nos attentes en transposant une histoire de gangsters dans un cadre champêtre ne s’y prêtant a priori pas du tout ; un peu comme l’avait fait le Hot Fuzz d’Edgar Wright qui plaçait une enquête policière typique d’un film d’action dans une ville anglaise perdue à la campagne.

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/44/43/20096856.jpgEn partant d’un concept éculé, McDonagh renouvelait le genre du film noir en lui insufflant même une salvatrice inspiration européenne. Quelques années plus tard, il revient après avoir logiquement traversé l’Atlantique, attiré par les sirènes alléchantes de l’actuelle Babylone du cinéma. Ce que le cinéaste gagne en budget et en casting (pourtant loin d’être minable dans Bons Baisers de Bruges), il le perd en originalité. Le cadre californien et son soleil « stéréotypé » ne permettent pas à cette nouvelle histoire de trouver le ton décalé que McDonagh cherche à reprendre. Le film s’adonne davantage à l’esbroufe et perd cette spécificité qui faisait du précédent film de McDonagh un petit bijou d’originalité. Ce dernier n’était pas dénué d’influences mais le réalisateur irlandais parvenait à les rendre plus discrètes par la façon inattendue dont il traitait l’histoire en la plaçant dans ce cadre européen si peu exploité par le film noir. Avec ces 7 Psychopathes, McDonagh se lance en terrain déjà conquis par des réalisateurs américains plus confirmés ayant fait preuve d’une très grande aptitude à analyser et à jouer avec cette mythologie qui émane de leur pays. Evidemment, on pense encore une fois à Quentin Tarantino pour le ton iconoclaste, les explosions de violence graphiques et fugaces ou encore la manière qu’a McDonagh d’emmêler les différents récits impliquant les multiples personnages de son film choral.

Mais on pense aussi beaucoup aux frères Coen. L’influence des deux frangins était déjà perceptible dans Bons Baisers de Bruges mais de manière plus diffuse (les personnages excentriques, la mélancolie se dégageant derrière l’humour, la réflexion sur des archétypes comme le tueur ou le mafieux,…). Hors les Sept Psychopathes fait cette fois directement référence à un film précis de Joel et Ethan Coen. Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de l’un de leur tout meilleur : Barton Fink. Et accessoirement c’est aussi l’un des maitres étalons pour ce qui est de la mise en abime de la création artistique au cinéma, ce qu’entend aussi être 7 Psychopathes. C’est là où le bât blesse. Car là où il demeurait toujours difficile de classer Bons Baisers de Bruges, on peut désigner les 7 Psychopathes comme une relecture de Barton Fink à la sauce Tarantino (les tueurs psychopathes tous plus délurés et excentrés). Là où le premier film de McDonagh était la modernisation des vieux codes d’un genre qu’on croyait « has-been » pour cause de surexploitation, son second film est un long métrage qui refait en un peu moins bien ce qui avait déjà été brillamment accompli une quinzaine d’années auparavant. Selon l’humeur, 7 Psychopathes est soit un film anachronique, soit un film qui arrive bien trop tard pour avoir un réel intérêt.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/36/63/20413850.jpgLe personnage principal incarné par Colin Farrell est un alter-ego à peine masqué du réalisateur (ils portent le même nom), tout comme l’était Fink (John Turturro) dans le film des Coen. Ces deux héros sont des auteurs à succès : Barton est un écrivain de théâtre adulé qui se lance dans le cinéma tandis que Marty est un scénariste réputé. Et tous les deux sont victimes du syndrome de la page blanche au moment de commencer leur nouveau projet. Pour eux, l’enfer de la création commence et leurs vies ne vont pas tarder à devenir aussi surréaliste et significative que les histoires qu’ils entendent élaborer. Des personnages de tueurs loufoques tout droit tirés du carnet de notes de Tarantino viennent se greffer à cette trame. Mais malgré ce canevas de série B, McDonagh et le héros de ces 7 Psychopathes veulent évidemment tenter de parler de choses sérieuses à même de dépasser ce postulat forcément réduit de « film de genre », à l’image de la sous-intrigue avec le tueur vietnamien. Le paradoxe étant que, malgré ce refus des stéréotypes, la plupart de ces personnages sont finalement eux-mêmes des figures figées : l’irlandais alcoolique, le chef mafieux violent, le vieux sage incarné par un Christopher Walken impayable (après de Niro, voilà une autre renaissance qui fait bien plaisir),... Le tout s’achève logiquement par la conclusion du fil rouge principal de Barton Fink et de 7 Psychopathes, à savoir la création du fameux scénario par les deux héros. Ceux-ci sont néanmoins des scripts qui ne ressemblent pas tout à fait à ce que ses auteurs et ses commanditaires espéraient mais qui se retrouvent indubitablement enrichis par les expériences plus ou moins traumatisantes qu’ont vécu les deux écrivains.

On pourrait être amené à penser que 7 Psychopathes est un ratage. Point du tout. C’est plus une déception qu’autre chose tant McDonagh avait si bien commencé sa carrière au cinéma. Son méta-film est toujours parfaitement rythmé et ne s’épanche jamais inutilement. Il va droit au but comme la balle d’un fusil. Il y a aussi des trouvailles visuelles, même si elles ne sont pas forcément de la toute première fraicheur. Son humour fait régulièrement mouche et les diverses touches d’émotions qui égaillent le récit réussissent pour la plupart à produire leur petit effet. Au final, à l’instar de Bons Baisers de Bruges, 7 Psychopathes est avant tout un long métrage sur l’amitié entre deux hommes : un dépressif (Farrell) et un confident qui joue les anges gardiens en cherchant à lui redonner gout à la vie en le sortant de son désespoir et de sa souffrance. McDonagh sait sans aucun doute se servir d’une caméra et d’un stylo. Il est un très brillant directeur d’acteurs car il demeure l’un des rares à avoir su tirer quelque chose de poignant de la part d’un acteur comme Farrell ; tout en étant certes aidé par des castings pour le moins vendeurs (comme le dernier Spielberg, on retrouve des têtes connus dans les plus petits rôles). McDonagh ne perd donc pas son statut de « réalisateur à suivre de très près » mais il s’est retrouvé confronté à l’éternel problème de la seconde œuvre. Un problème d’autant plus ardu à résoudre lorsque la première œuvre est si brillante et pleine de promesse, comme a pu le montrer le récent et très joli Elle s’appelle Ruby de Jonathan Dayton et Valerie Faris. La troisième œuvre tranchera sur le futur de McDonagh, en espérant qu’il retourne à cette occasion dans ces panoramas plus surprenants du Vieux Continent.

NOTE : 6 / 10

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