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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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A Dangerous Method

                                      

 - Titre original : A Dangerous Method

 - Film anglo-canadien sorti le 21 décembre 2011

 - Réalisé par David Cronenberg

 - Avec Michael Fassbender, Keira Knightley, Viggo Mortensen,…

 - Drame, Thriller

              Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d'hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud...

                Après Polanski, c’est au tour du canadien David Cronenberg de perdre (momentanément espérons-le) la tête. Deux grands artistes de suite qui se fourvoient dans des œuvres indignes de leurs talents c’est un peu déprimant. Pourtant Cronenberg, longtemps honni par la critique, avait fini par trouver ses faveurs en réalisant un passionnant History of Violence et un plus anodin Les Promesses de l’Ombre. Tout comme Scorsese dans les années 2000 avec Leonardo DiCaprio, ce renouveau artistique et ce dynamisme semblaient alimenté par la collaboration presque fusionnelle entre le réalisateur et l’excellent acteur Viggo Mortensen. 

                Il le retrouve donc une troisième fois avec A Dangerous Method, l’adaptation d’une pièce de théâtre qui relatait la confrontation entre le docteur Jung et le célèbre professeur Freud. Une relation à la fois complexe, teinté d’admirations et de désaccords qui aboutit à la séparation entre la psychanalyse et la psychologie. La pièce avait aussi pour fil conducteur la relation bien trop intime qui liait Jung à une de ses patientes victime d’hystérie et qui n’était autre que la future psychanalyste Sabina Spielrein qui a inventé le concept de « pulsion de mort ». Une histoire d’amour dans un film à costumes sur fond de création de la psychanalyse. Un bien beau sujet en parfaite cohérence avec la filmographie de Cronenberg qui n’a cessé d’explorer l’inconscient, la folie, le rapport au corps et la sexualité déviante. Ce film pouvait même se poser comme une œuvre fondatrice nécessaire à la compréhension du reste de sa filmographie. Un retour aux sources en quelques sortes. 

                C’est en cela que son échec est d’autant plus frustrant car le sujet était fait pour lui ; impossible de se cacher derrière une excuse qui le dédouanerait de ce ratage. A sa décharge, son film est moins vain et inintéressant que le récent Carnage de Polanski (lui-même adapté d’une pièce de théâtre). Cronenberg a au moins le bon gout de ne pas faire du théâtre filmé. Néanmoins ce qu’il offre en échange n’est pas vraiment plus reluisant : un long-métrage académique et d’une propreté déconcertante de la part de son metteur en scène. Une photographie jolie, lumineuse, colorée, une réalisation classique sans aucune audace ou prise de risque, un scénario peinant à faire exister les personnages et se montrant beaucoup trop démonstratif… A Dangerous Method c’est un peu « la psychanalyse pour les nuls ». 

                Une flopée de dialogues signifiants et parfois lourdement explicatifs sont chargés de vous montrer les principales idées de la psychanalyse et les quelques débats qui ont secoué la discipline et conduit à sa définition ou délimitation. A certains moments vous pourrez percer une ironie à l’encontre de ce Freud tout puissant, déifié alors qu’il refuse toute immiscion de la religion et du mysticisme dans son « invention ». Un Sigmund Freud très prudent sur l’impact de son autorité qui ne doit être contestée et sa capacité de persuasion. Un homme qui peut parfois être un manipulateur au charisme hypnotique ayant une trop forte tendance à la surinterprétation sexuelle. Un homme plus intéressé par le diagnostic de la maladie que par sa « cure » (le titre original de la pièce étant d’ailleurs « The Talking Cure »). Elle réside bien là, la principale différence entre Freud et Jung. Ce dernier souhaitait guérir ses patients pour leur permettre de devenir pleinement ceux pour quoi ils sont nés et qu’ils puissent ainsi se libérer de leur folie ou névroses. 

                Au risque évidemment de se montrer bien trop proche de quelques uns de ses malades. Deux d’entre eux retiennent ici l’attention : Sabina Spielrein et Otto Gross. La première le fascine par son intelligence et sa beauté, voyant ses grandes capacités gâchées par le mal qui la ronge (une certaine attraction/répulsion pour le masochisme, la punition et l’humiliation). Au fur et à mesure qu’elle guéri, elle s’affirme comme une femme forte et d’une grande culture, voyant croitre par la même occasion son aura et son potentiel de séduction. Le second est un petit rôle de Vincent Cassel, qui n’a pas assez de temps à l’écran pour pleinement montrer à quel point il est mauvais dans ce film. Otto Gross est un médecin talentueux mais furieusement provocateur et accroc. Pour lui, l’homme ne doit pas refouler ses instincts, d’autant plus si ceux-ci lui sont sources de plaisir. C’est lui qui parviendra à convaincre Jung de céder aux avances de la jeune femme, révélant ainsi une nature bien plus ambigüe, presque double, que ne le laissait présager son image de mari aimant. 

                C’est un peu tout ce que l’on peut tirer d’intéressant dans A Dangerous Method. Car si les quarante premières minutes peuvent attiser la curiosité, la suite viendra prouver que le film s’est enlisé dans les traces du conformisme. L’histoire d’amour interdite et perverse devient rapidement une bluette tire-larmes comme on en a déjà vu des centaines, le personnage de la femme de Jung ait honteusement sacrifiée au montage, la relation entre Freud/Jung n’évolue plus trop dans la dernière partie du long-métrage, repoussant à l’excès cette scission perceptible dès la première demi-heure… Mais le pire vient surtout de cet état de fait : A Dangerous Method pourrait être réalisé par absolument n’importe qui. On désespère de voir le réalisateur se réveiller soudainement pour nous asséner une scène choc qui nous sortirait brutalement de notre torpeur. Cronenberg l’avait fait dans son précédent film, clairement ce qu’il n’avait pas fait de plus marquant, en réalisant soudain un morceau d’anthologie ultraviolent et glauque dans un bain turc. 

                Rien de tout cela dans son dernier long-métrage. Aucune provocation destinée à mettre mal à l’aise le spectateur et à le confronter à ses propres fantasmes ou peurs. Les scènes de sexe masochistes sont risibles au regard de ce qu’il avait entre autres réalisé dans Videodrome, Crash ou History of Violence (il faudra apporter des jumelles si vous voulez voir la moindre trace de nudité à l’écran) et ne sont limitées qu’à quelques fessées tout habillé. Il faut dire que la très prude Keira Knightley n’était pas le choix le plus judicieux pour ce rôle. Physiquement elle est d’une maigreur à faire peur, rendant difficilement compréhensible l’attraction de Jung (Fassbender) à son encontre ; mais c’est en termes de jeu que les dégâts sont particulièrement visibles. Clairement, Knightley n’a pas un talent suffisant pour jouer cette femme victime d’hystérie. Rôle qui demande un certain doigté pour ne pas paraitre grotesque. Mais la première demi-heure est juste consternante à son encontre, exagérant des tocs outranciers et de pseudo-démembrements répétés de la mâchoire. On sent qu’elle vise très maladroitement l’oscar, tout en essayant de briser son image de jolie fille, mais on n’avait juste pas vu d’acteur aussi embarrassant à l’écran depuis l’inénarrable Sean Penn dans This Must Be The Place. 

                Le reste du casting est au mieux complètement désintéressé. Mortensen parvient à être méconnaissable en Freud mais il est loin de ses prestations les plus mémorables (rôle typiquement à oscar avec transformation physique et accent exagéré à la clé). Seul Fassbender arrive à jouer avec une certaine sobriété et implication ; il est clairement celui pour lequel on reste jusqu’au bout dans la salle. La direction artistique est sage mais efficace, le film étant clairement agréable à regarder d’un strict point de vue esthétique. Même le compositeur Howard Shore ne semble pas vouloir trop se mouiller. Il livre un thème musical entêtant bien que le reste de la bande originale soit nettement plus quelconque. Mais Cronenberg livre donc une première reconstitution historique tout à fait honorable et crédible. Ne manque évidemment qu’un contenu plus dense et marquant. On pense souvent à Faux-semblant aussi (trio de personnage s’aimant et se détestant à la fois, analyse de la dualité de l’homme, exploration de la part sombre de l’individu et des fantasmes inavouables…) mais A Dangerous Method n’arrive à aucun moment à atteindre le niveau de ce film admirable.

 

                C’est donc un Cronenberg en mode automatique qui vient de sortir sur les écrans. Une belle déception tant le film était prometteur. Mais l’un des plus grands maîtres du fantastique n’entend pas raccrocher pour autant et devrait certainement se racheter avec son prochain Cosmopolis. Ce dernier a un pitch des plus étonnants, le genre de synopsis impossible qu’a déjà plus d’une fois magnifié Cronenberg : un jeune millionnaire parcourt pendant vingt-quatre heure New-York dans sa limousine. Il y fera de nombreuses rencontres étonnantes et d’étranges péripéties lui arriveront. Porté par un excellent casting, Cronenberg délaisse un temps Mortensen pour tenter de prouver au monde que Robert Pattinson peut être un grand acteur. Nul doute que s’il y parvient, Cronenberg retrouvera sans problème l’aura que lui a fait perdre ses deux précédents films.  

NOTE à 4 / 10

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