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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Hugo Cabret

                                     

 - Titre original : Hugo

 - Film américain sorti le 14 décembre 2011

 - Réalisé par Martin Scorsese

 - Avec Asa Butterfield, Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen,…

 - Aventure, Drame

Dans le Paris des années 30, le jeune Hugo est un orphelin de douze ans qui vit dans une gare. Son passé est un mystère et son destin une énigme. De son père, il ne lui reste qu’un étrange automate dont il cherche la clé - en forme de cœur - qui pourrait le faire fonctionner. En rencontrant Isabelle, il a peut-être trouvé la clé, mais ce n’est que le début de l’aventure…

Depuis la grande vague 3D initiée par Avatar il y a déjà deux ans, l’utilisation de ce procédé a divisé le public voire l’a laissé dubitatif. Il y avait de quoi, surtout lors de l’année qui a suivie directement le film de James Cameron : surfant sur la mode du moment, les producteurs et les studios ont tenté en catastrophe de convertir leurs blockbusters afin de profiter de l’engouement. Des conversions purement intéressées par la rentabilité et qui faisaient fi du plaisir du spectateur en lui faisant alors payer plus cher des projections en trois dimensions qui n’avaient de relief que leur nom (sans parler des problèmes d’éclairages que cela entrainait). C’est cette année-là qui a clairement failli tuer ce procédé modernisé et remis au gout du jour. 

L’année 2011 a quelques peu changé la donne car, auparavant, seuls des films produits en 2D au même moment qu’Avatar avaient été sortis en 3D. 2011 a vu l’arrivée des premiers projets produits directement pour la 3D dans la foulée du long-métrage de James Cameron. Hugo Cabret de Martin Scorsese fait parti de ces projets. Et il est important à plus d’un titre. D’abord parce qu’il confirme, après Steven Spielberg (Tintin) et George Miller (Happy Feet 2) cette année, que ce sont les vieux routards et non les jeunes cinéastes qui paraissent le plus enthousiastes envers cette nouveauté et qui s’éclatent visiblement à l’expérimenter tout en testant déjà ses limites. Surtout parce qu’il constitue un véritable OFNI dans la carrière de Martin Scorsese. Sans faire de raccourci réducteur, il est vrai que la très grande majorité de la filmographie du plus célèbre des réalisateurs italo-américains est violente, pessimiste, riche en obsessions très noires. Elle ne parle donc presque jamais au jeune public et rare sont ses films qui peuvent leur être destinés (à la limite, New York New York). 

Une nouvelle preuve donc que Scorsese ne souhaite pas s’endormir sur ses lauriers, comme l’ont fait certains de ses compères, et qu’il entend bien conserver une longueur d'avance sur la concurrence. L’une de ses plus grandes peurs était en effet de devenir un cinéaste ringard tout juste bon pour quelques musées poussiéreux. Une crainte fort compréhensible qui l’a amené à adapter un conte pour enfants en 3D. Un virage à 180° dans sa filmographie qu’il avait déjà amorcé en partie avec son précédant Shutter Island qui se démarquait formellement de ce qu’il avait pu faire auparavant. Si l’on ne s’en tient qu’aux affiches et aux bandes annonces disponibles, il est difficile de savoir ce qui a bien pu intéresser Scorsese dans ce Hugo Cabret. De même dans sa première demi-heure où l'on ne sait pas trop dans quelle direction il entend aller. Ce n’est que quand est levé le mystère sur l’identité de ce vieux marchand de jouets officiant dans une gare parisienne que le film commence à dévoiler sa vraie richesse et à montrer qu’il n’est pas un film pour enfants, contrairement à ce que la campagne marketing essaye de vendre. Nuance, en effet : Hugo Cabret est un film qui permettra aux cinéphiles de retrouver leurs âmes d’enfants puisque c’est surtout à eux qu’il est destiné. 

D’ailleurs Hugo Cabret n’emprunte presque aucun des codes actuels régissant ces films pour enfants dont il n'aborde que la façade avec son esthétique à la fois ludique et « féérique ». Le film est tout d’abord assez long et se passe pendant la moitié de son temps dans un unique lieu clos : une gigantesque gare. Il est aussi dénué en apparence d’enjeux importants, le film devant surtout lever les mystères d'un automate qu’a légué un père décédé à son « Oliver Twist » de fils. Enfin, il n’y a pas d’antagonistes bien définis. Là où les films pour enfants se sentent obligés d’inclure une « menace », Scorsese ne met en travers de la route d’Hugo qu’un chef de gare infirme assez nuancé. On est loin du démoniaque Voldemort ! C’est à la fois l’audace et la faiblesse du long-métrage de Scorsese. D’un côté, il se démarque diamétralement de ce qui avait été proposé dans ce domaine. De l’autre, il souffre d’un manque de rythme et de dynamisme, ce qui n’était pourtant pas courant dans ses précédents longs métrages. 

Hugo Cabret est étonnamment contemplatif, et même franchement réflexif à certains moments. En effet, le film de Scorsese est avant tout, plus qu’un hommage au cinéma, un film sur le cinéma. Une forme de déclaration d’amour ultime au 7ème art. Car, et ce n’est plus un secret pour grand monde, le vieux monsieur en question n’est autre que l’un des premiers piliers fondateurs du cinéma mondial : George Méliès. Ce dernier après une sublime carrière qui fit énormément avancer le cinéma, lui permettant entre autres d’acquérir ses galons d’art, se retrouva oublié des autres après la terrible Première Guerre mondiale. Un évènement tragique qui est traité en filigrane puisqu’il a aussi profondément touché deux autres personnages secondaires. Mais le premier intérêt de Scorsese pour cette histoire réside d'abord dans ce Méliès oublié, magnifiquement incarné par Ben Kingsley qui y trouve l’un de ses plus beaux rôles. 

Scorsese a toujours été très angoissé à l’idée d’être dépassé puis ensuite ignoré par les prochaines générations de cinéphiles : ce Méliès croyant avoir perdu toute son aura et étant persuadé que son œuvre ne lui a pas survécu, c’est un peu Scorsese en fin de compte. Nul doute que le réalisateur de Taxi Driver s’est pleinement reconnu chez ce cinéaste français à qui il offre une complète réhabilitation. Hugo Cabret est avant tout une belle idée car il entend faire connaitre cet artiste aux jeunes du XXIème siècle. On y retrouve donc aussi cet autre Scorsese au savoir encyclopédique qui s'est depuis longtemps fortement impliqué dans la conservation de vieux longs métrages. Scorsese est en quelques sortes un « gardien de musée » comme l’était le père d’Hugo avant de mourir.  

En cela, la dernière demi-heure d’Hugo Cabret est clairement la plus belle : on revit les tournages joyeux des innombrables films de Méliès, on découvre soudain l’amour d’un autre personnage-cinéphile pour cet homme (une autre projection de Scorsese) et on voit enfin Méliès et sa femme renouer avec leur passé. Un plan séquence final viendra conclure avec bonheur et émotion les diverses intrigues mises en place pendant deux heures. L’autre figure dans laquelle se reconnait Scorsese est évidemment le petit Hugo. Il faut bien noter un détail amusant : le héros « scorseséen » ne cesse de rajeunir cer derniers temps. Le cinéaste avait mis un certain temps à trouver un successeur au Robert de Niro vieillissant dans Casino avant de mettre la main sur le « juvénile » Leonardo DiCaprio, qui avait lui-même tenté de casser cette image juvénile avec Scorsese. Maintenant, le héros "scorséséen" a une dizaine d’années (une première chez le metteur en scène), à la fois plein d’énergies, de rêves et d’audaces. 

Un jeune garçon fasciné par les histoires, puis par le cinéma grâce à cet amour de la fiction et de l’aventure que lui a transmis son père. Un petit garçon qui fera à son tour découvrir cette « attraction » à sa nouvelle amie et qui vouera une totale dévotion à ce faiseur de rêve qu’est Méliès. Un enfant qui se cherche aussi un foyer, une famille, et qui la trouvera dans le cinéma et un couple d’artistes. Cet Hugo, qui permet à Méliès de réapparaitre sur le devant de la scène en étant enfin reconnu à sa juste valeur, est avant tout un avatar de Scorsese qui utilise son propre film et son propre amour du cinéma pour « ressusciter » ce « magicien ». Hugo Cabret est par conséquent un film personnel, bien que son aspect formel le démarque diamétralement de ses anciens films. Martin Scorsese est à la fois ce jeune spectateur rêveur qui découvre le cinéma (Hugo), ce cinéphile passionné émerveillé par les grandes figures du cinéma (René Tabard joué par Michael Stuhlbarg) et ce vieux cinéaste qui sait que le plus gros de sa carrière est passé et qui souhaite ne pas être relégué dans un petit bric-à-brac perdu dans une gare gigantesque (George Méliès). 

Hugo Cabret est un film sur l’émerveillement, l’illusion et le « rêve » (un double songe est même imbriqué dans son long-métrage). C’est aussi évidemment un film sur les origines du cinéma et c’est là que la 3D prend tout son sens. Précisons d’abord qu’il s’agit là de la plus belle 3D jamais vue sur un écran jusque là, à la fois harmonieuse et jouant sur la profondeur mais aussi les effets de jaillissement (le film est fait pour ce format, la 2D lui enlevant un peu de son intérêt). Cette 3D est certes utilisée dans un but féérique (fasciner le spectateur et le plonger dans un univers qu’il ne connait pas) et de pur divertissement, mais elle est aussi et surtout employée dans une brillante finalité narrative. Une seule scène suffit à expliquer son intérêt : Scorsese reconstitue cette fameuse projection de « l’arrivée d’un train en gare de la Ciotat » où le public aurait vraiment cru que celui-ci jaillissait de l’écran. Scorsese utilise la 3D pour nous faire ressentir et nous faire voir ce que le public de l’époque avait cru voir en découvrant le cinématographe. La reconstitution de cette scène est étonnante car l’image à l’écran est en 2D mais le public est en trois dimensions, comme si une inversion de point de vue et d’appréhension s’était faite au fil du temps ; mais cela n’empêchera pourtant pas Scorsese de nous remettre à la place du spectateur de l’époque en faisant, au cours d’une séquence de rêve, jaillir à son tour un train sur nous. 

Hugo Cabret accomplit ainsi une très touchante boucle temporelle. Au même titre qu’Avatar, Tintin et dans une moindre mesure The Artist, le film de Scorsese joue au jeu des extrêmes : un enrobage ultra moderne employant des technologies parfois à leurs balbutiements (images de synthèse, 3D, perf capture…) qui renferme en son cœur un cinéma des origines, un cinéma des temps anciens (le muet, l’âge d’or d’Hollywood, le cinéma bis des années 30 puis 50…). Un étrange paradoxe animé par l’amour du cinéma, de l’aventure et de l'imaginaire. La preuve que le cinéma est un art tributaire de la technologie (insistance constante sur les « rouages » des jouets, des automates et des horloges de la gare) mais qui, contrairement à ce qu’affirment les ayatollahs alarmistes de la critique, arrive justement toujours à évoluer et à transporter l’audience par la sophistication de ces techniques. Tout comme l'on a collé à tort un discours passéiste à The Artist, Hugo Cabret se voit à présent qualifié comme la peinture de la mort du ou d’un cinéma. Comment ne pas voir que Scorsese croit justement en un cinéma immortel, toujours gardé par la mémoire des spectateurs et dont les bouleversements technologiques ne font que poursuivre le même but qui animait le cinéma à ses débuts ? 

Si le film apparait indéniablement comme mineur dans la carrière de Scorsese, notamment par ce problème de rythme vers le milieu du long-métrage, cette répétition des courses poursuites et son échec à rendre attachants quelques personnages secondaires (notamment celui de Chloe Moretz), c’est aussi et surtout parce que la filmographie du bonhomme comporte beaucoup trop de chefs d’œuvres impossibles à surpasser. Reste donc un grand, beau et émouvant film merveilleux qui met en lumière, tel un magnifique livre d’images avec sa direction artistique belle à tomber, une période finalement peu connue des cinéphiles. Un film sur les rêves et sur la manière dont naissent les rêves qui enchantera quiconque acceptera de se laisser porter. Scorsese a longtemps voulu réaliser un film à grand spectacle. Ce Hugo Cabret, prouvant l'avant-gardisme et l’intelligence de l’un des metteurs en scène les plus importants du XXème siècle, pourrait bien être celui-ci. 

NOTE : 7 / 10

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J
La petite fille de Mélies a déclaré que son grand père n'était en rien cette personne aigrie qu'on voit dans le film<br /> <br /> Si on travesti la vérité,je en vois pas en quoi ce film est&quot; hommage au premier enchanteur du cinema&quot;!
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C
Beau texte pour un très beau film, à la fois livre d'images somptueux et bel hommage au premier enchanteur du cinéma...
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D
<br /> <br /> Merci !<br /> <br /> <br /> <br />