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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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A la Merveille

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Titre original : To the Wonder

Film américain sorti le 6 mars 2013

Réalisé par Terrence Malick

Avec Olga Kurylenko, Ben Affleck, Rachel McAdams,…

Drame, Romance

Même s’ils se sont connus sur le tard, la passion qu’on vécue Neil et Marina à la Merveille – le Mont-Saint-Michel – efface les années perdues. Neil est certain d’avoir trouvé la femme de sa vie. Belle, pleine d’humour, originaire d’Ukraine, Marina est divorcée et mère d’une fillette de 10 ans, Tatiana. Désormais, le couple est installé dans l’Oklahoma. Leur relation s’est fragilisée : Marina se sent piégée. Dans cette petite communauté américaine, elle cherche conseil auprès d’un autre expatrié, un prêtre catholique nommé Quintana. L’homme a ses propres problèmes : il doute de sa vocation. Marina décide de retourner en France avec sa fille. Neil se console avec Jane, une ancienne amie à laquelle il s’attache de plus en plus. Lorsqu’il apprend que rien ne va plus pour Marina, il se retrouve écartelé entre les deux femmes de sa vie. Le père Quintana continue à lutter pour retrouver la foi. Face à deux formes d’amour bien différentes, les deux hommes sont confrontés aux mêmes questions.

      

Terrence Malick a longtemps été réputé pour être un cinéaste qui prenait son temps. Une réputation qui a pris une proportion presque mythologique grâce à la pause de vingt ans qu’il a faite entre Les Moissons du Ciel et La Ligne Rouge. Malgré cette vitesse de travail qui aurait pu le faire sombrer dans les mauvais tiroirs des producteurs de la cité des anges, son retour aux affaires à la fin des années 90 avait emballé le tout Hollywood qui s’était littéralement battu pour apparaitre ne serait-ce que deux minutes dans son sublime film de guerre. Son aura est demeurée intacte après Le Nouveau Monde et The Tree of Life, film ayant reçu une immense reconnaissance de la part de la profession qui lui attribua une Palme d’or, et ce, malgré le désintérêt croissant du public qui se précipite de moins en moins dans les rares salles de plus en plus étroites projetant ses œuvres. Depuis son passage sur la Croisette, Malick a accéléré la cadence. A peine son bouleversant The Tree of Life sortait-il dans les cinémas français que le réalisateur texan avait déjà quasiment achevé le tournage de The Burial, devenu depuis To the Wonder avant de se transformer en A la Merveille.

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/44/46/20407601.jpg Après deux années de post-production visant à monter et à remonter le film dans tous les sens afin de lui donner le sens que Malick souhaitait définitif, au détriment de certains acteurs comme Rachel Weisz dont les personnages furent intégralement coupés, A la Merveille sort enfin très discrètement dans l’hexagone, dénué du moindre appui publicitaire ou de la moindre mention dans les médias. Entretemps, Malick a aussi poursuivi l’élaboration de Voyage of Time, son documentaire sur l’histoire de la Terre, et a mis en scène coup sur coup deux autres films, Knight of Cups et un projet autrefois intitulé Lawless jusqu’à la sortie du long métrage éponyme de John Hillcoat, que l’on espère voir sur grand écran dans les prochaines années. Et il ne fait aucun doute que les détracteurs de The Tree of Life, qui marquait une rupture formelle majeure dans la filmographie de Terrence Malick au point que tous ses prochains films risquent grandement de lui ressembler, ne vont pas apprécier ce A la Merveille qui repousse bien plus loin le système de narration élaboré dans son précédent film. Au point d’en laisser un certain nombre sur le bas de la route.

Tout d’abord, la voix off est absolument omniprésente, au point que presqu’aucun dialogue n’est récité dans le champ. Des voix qui se mélangent, qui murmurent comme toutes ces petites voix qui nous trottent dans la tête. Leur objectif est moins de dire quelque chose que de faire entrer le spectateur dans une sorte de transe poétique. Le sens importe probablement moins que le son ; car si l’on écoute attentivement, une bonne partie de ces interventions mentales déclament des banalités parfois affligeantes. C’était déjà légèrement le cas dans ces précédents films, bien que ceux-ci restaient toujours sur le fil du rasoir. Dans A la Merveille, cela frise parfois la parodie. Seuls les monologues du prêtre Quintana (Javier Bardem) parviennent à être réellement passionnants, posant des questions qui font forcément écho en nous. La situation et le doute de ce dernier font immédiatement écho à ceux des deux protagonistes principaux, Neil (Ben Affleck) et surtout Marina (Olga Kurylenko, merveilleuse et magnifiée comme jamais par cet amoureux des femmes qu’est Malick).

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/44/46/20407600.jpg Visuellement, c’est aussi assez similaire à The Tree of Life. La caméra virevolte partout et est toujours en mouvement. La majorité des scènes sont aussi tournées en courte focale. Cela donne un effet troublant recherché : d’abord cela rapproche les corps afin de renforcer le caractère charnel de leurs mouvements, de leurs étreintes ; cela donne aussi une allure exagérément étirée et monumentale, parfois effrayante, aux personnages comme Neil. L’homme auquel s’entiche Marina est en effet tour-à-tour réconfortant par sa taille mais aussi inquiétant lorsqu’il se dispute avec la jeune femme bien plus fine et fragile que lui (détail amusant, on ne voit pas régulièrement le visage de Ben Affleck comme pour renforcer le fait que le centre d’intérêt de A la Merveille est Kurylenko). On ne s’étonnera pas non plus de l’immense beauté des plans accomplis par le tandem Terrence Malick/Emmanuel Lubezki, soit le meilleur chef opérateur au monde au côté de Roger Deakins. Mais ce sixième film de Terrence Malick, malgré ses similitudes, demeurent régulièrement en-dessous de The Tree of Life.

La faute vient d’abord de son sujet dont la réflexion est moins encline à atteindre le vertige métaphysique que pouvait amorcer le précédent long métrage de Malick qui, à partir d’un deuil et d’un mal-être, voyait un personnage revoir toute sa vie et essayer de définir sa place dans l’univers. Dans A la Merveille, le sujet pourrait permettre d’atteindre ce vertige mais n’y parvient jamais. Quel phénomène plus complexe y a-t-il que l’amour et ses mystères ? Pourquoi arrive-t-il ? Et pourquoi s’éteint-il aussi brusquement qu’il est immiscé en nous ? Malick filme cela avec une emphase absolue, presqu’exagérée et en ne lésinant pas sur les séquences où la jeune Marina danse dans les champs de blés dorés en levant les bras au ciel. Ça pourrait être grotesque mais c’est en fait régulièrement fascinant et magnifique. Par intermittence donc, Malick parvient à rendre son pitch simplissime (un homme et une femme s’aiment puis se quittent) presqu’épique et lyrique.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/22/30/20472243.jpg Mais la faute vient-elle du rythme ou de cette voix off un tantinet agaçante ? Le film ne parvient jamais complètement à nous emporter comme le faisait The Tree of Life. Malick sait toujours aussi bien filmer le « détail », l’anecdotique avec une force sans précédent, mais cela finit par agacer le spectateur tant A la Merveille ne semble se résumer qu’à ça : une succession d’impressions, de remembrances fugaces. On pourra toujours reconnaitre le fait que le cinéaste s’est définitivement libéré de toute convention. Il est libre et fait fi de la moindre notion purement hollywoodienne de narration. Ses films ne ressemblent à aucun autre. Ses films ne ressemblent qu’à lui. C’est à la fois une réussite admirable mais aussi un léger regret. Car ceux-ci sont devenus plus difficiles d’accès. Là où ses anciens films étaient immédiatement évocateurs et touchants, son nouveau long métrage n’est plus que suggestif. L’empathie ne transparait que par petite scénettes. Le problème vient cependant plus du rythme de A la Merveille. Il est pour le moins étrange : Marina rencontre Neil, le suit en Amérique, puis le quitte. Elle retourne en France avant de revenir vers lui aux Etats-Unis, mais ils se redéchirent à nouveau. Entre les deux, Neil s’est momentanément intéressé à une autre femme, Jane, incarnée par la non moins sublime Rachel McAdams, et qui disparait subitement sans jamais revenir s’inscrire dans le récit.

Quelque chose semble nous échapper et on termine le film sur un gout un peu amer : tout ça pour ça ? Pour une fois, l’intention de Malick n’est pas aussi limpide qu’auparavant. Sa finalité laisse perplexe et le spectateur trouvera alors le film nébuleux ou un peu vain selon son humeur du moment. Là où The Tree of Life, malgré le symbolisme foisonnant de ses quinze dernières minutes, faisait parfaitement comprendre la visée de sa narration éclatée (être une « thérapie » mentale pour ce Jack incarné par Sean Penn), A la Merveille ne parvient pas à rendre perceptible l’accomplissement sur lequel débouchent Marina et le prêtre. Comment ont-ils résolu leurs doutes ? Qu’est-ce qui les a convaincus de choisir entre l’amour terrestre et l’amour « divin » ? Comment se sont-ils « transcendés » ? Autant de questions non résolues lorsque ce sublime livre d’images se referme en laissant le spectateur légèrement perplexe. On sera cependant gré à Malick d’être le premier cinéaste étranger à ne pas filmer un seul monument de Paris lorsqu’il décide d’y poser ses caméras. Il aura fallu attendre plus de cent-dix ans pour qu’un cinéaste américain ose briser ce cliché.

NOTE : 6 / 10

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