Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Titre original : Oz - The Great and Powerful
Film américain sorti le 13 mars 2013
Réalisé par Sam Raimi
Avec James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz,…
Aventure, Fantastique, Action
Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant composé de paysages luxuriants, de peuples étonnants et de créatures singulières. Même la fortune et la gloire ! Celles-ci semblent d’autant plus simples à acquérir qu’il peut facilement se faire passer pour le grand magicien dont tout le monde espère la venue. Seules trois sorcières, Théodora, Evanora et Glinda semblent réellement douter de ses compétences. Grâce à ses talents d’illusionniste, à son ingéniosité et à une touche de sorcellerie, Oscar va très vite se retrouver impliqué malgré lui dans les problèmes qu’affrontent Oz et ses habitants. Qui sait désormais si un destin hors du commun ne l’attend pas au bout de la route ?
Sam Raimi revient au « blockbuster » et il n’est pas content. Après s’être fait évincé par la Columbia de la franchise Spider-man qu’il avait initié au cinéma avec une belle trilogie, malgré un troisième épisode assez bancal, Raimi avait fait un petit détour par la case film d’horreur à budget plus raisonnable avec Jusqu’en enfer. Mais maintenant que son adaptation cinématographique du célébrissime jeu « World of Warcraft » s’est cassé la figure, projet qui revient finalement à Duncan Jones (Moon, Source Code), et que le « reboot » médiocre The Amazing Spider-man de Marc Webb a reçu un succès commercial acceptable à défaut d’avoir pleinement convaincu, Sam Raimi revient par la grande porte avec une superproduction sponsorisée par la maison Disney qui n’a pas hésité à sortir le portefeuille. A cette occasion, le studio de la souris aux grandes oreilles rondes a organisé une « prequel » au chef d’œuvre cultissime Le Magicien d’Oz, réalisé par Victor Fleming, sorti en 1939 et adapté du roman de L. Frank Baum. On suit donc le parcours du charlatan Oz avant qu’il ne devienne cette figure mythique et mystérieuse du pays portant son nom.
L’idée n’est pas forcément originale puisqu’elle s’inscrit dans la longue liste des « origins movies » qui fleurissent ces dernières années : Casino Royale pour James Bond, Batman Begins pour l’homme chauve-souris, Robin des Bois de Ridley Scott pour le héros éponyme, La Planète des Singes : les origines pour la célèbre franchise, X-Men le commencement pour les mutants de Stan Lee, Star Trek de J.J. Abrams pour la longue série de S.F. ou encore Prometheus pour Alien. Pourquoi pas le magicien d’Oz, après tout ? D’autant plus que cet univers fantastique donne suffisamment matière à de multiples aventures plus ou moins libres par rapport aux quelques bouquins de Baum se référant à ce même monde. Mais les premières bandes annonces effrayèrent pas mal d’admirateurs du cinéaste tant cet Oz ressemblait surtout à une suite au sinistre Alice au pays des merveilles de Tim Burton. Une autre très grosse production technologique qui détournait, plus qu’il n’adaptait, un autre classique fantastique de la littérature pour enfants. Doté d’une direction artistique assez vilaine et fourre-tout, concrétisée par un dégueuli d’effets digitaux hasardeux, cette adaptation pourtant évidente du chef d’œuvre de Lewis Carroll par le metteur en scène d’Edward aux mains d’argent s’était révélé comme l’un des plus gros succès commerciaux de ces dernières années en dépassant la barre symbolique du milliard de dollars de recettes.
Cela n’empêchait pas le film de Burton d’être d’une rare médiocrité, que ce soit par sa mise en scène en mode automatique ou par son scénario passant par toutes les étapes imaginables du petit manuel du script bidon (à grand renfort de « prophétie » donnant un sens à une quête supposée en être dénuée). Mais Disney avait-elle dévoré Sam Raimi afin de réitérer ce casse ? Le doute était permis jusqu’à la sortie du Monde Fantastique d’Oz, et il n’est pas certain que le studio Disney lui-même était franchement rassuré par la compétitivité du long métrage avant sa sortie. La dernière grosse production du studio, blindée d’effets spéciaux et ayant reçu une date de sortie internationale en mars, qui est la période creuse économiquement parlant pour le cinéma, n’était autre que le tristement sacrifié et pourtant très intéressant John Carter d’Andrew Stanton. Mais le « flop » ne sera pas réitéré ici et Raimi reprouve une nouvelle fois qu’il est le roi du box-office. Et son dernier film se révèle heureusement assez supérieur au carnage du « blockbuster » de Tim Burton.
Néanmoins, le film est clairement imparfait, notamment par le fait qu’il cède souvent aux impératifs que demandent les films de commande de cette ampleur. Le scénario n’est pas forcément plus élaboré que celui qui soutenait vaguement le Alice de Burton. On y retrouve cette même ficelle artificielle et bancale de la « prophétie » qui transforme un personnage arrivant par hasard comme un Elu devant accomplir une quête extrêmement linéaire. On n’évite pas non plus un ventre mou un peu préjudiciable. Il faut dire que l’ouverture en noir et blanc, tournée dans le format 4/3 afin de rendre hommage aux premières séquences du film de 1939, est non seulement très belle mais aussi très inventive. On y voit l’escroc Oscar Diggs évoluant dans une fête foraine dont la folie est renforcée par une 3D d’attraction qui fait jaillir hors de l’écran le moindre objet. Un générique d’ouverture très ingénieux fait même débuter le long métrage de Raimi sous d’excellents auspices. L’arrivée dans le pays d’Oz est aussi bien plus réussie et fascinante que l’atterrissage d’Alice dans son pays imaginaire. On en retient quelques images assez marquantes en trois dimensions à l’instar de cette chute d’Oscar en vue subjective le long d’une cascade, comme dans une attraction de Disneyland, ou encore ce plan séquence révélant l’univers d’Oz avec ses plantes musicales. Et il ne faut bien entendu pas oublier cette somptueuse séquence faisant la transition entre le 4/3 noir et blanc et le 16/9 en « technicolor ».
Néanmoins, une mise en bouche pareille rend le deuxième acte plus mécanique et laborieux. Des personnages secondaires, que ce soit le singe, la poupée en porcelaine (le personnage pourtant le plus sympathique du film) ou encore la sorcière Evanora incarnée par Rachel Weisz, tous potentiellement intéressants, sont sous-exploités. Le récit devient très linéaire et finalement assez chiche en morceaux de bravoure si l’on excepte une scène originale voyant les principaux protagonistes en train de voler dans les airs à l’intérieur de gigantesques bulles. Le véritable antagoniste qui est révélé à l’aide d’un petit rebondissement malin (ce n’est pas la sorcière que l’on croit) est émouvant de par son « origine », malgré son emprunt grossier à un fameux conte de fées, mais perd rapidement en substance lorsqu’est révélé sa véritable nature. Le maquillage verdâtre rendant encore une fois hommage au film de Fleming peine aujourd’hui à convaincre ou à inquiéter. Il faut dire que l’actrice qui lui prête ses traits n’est pas forcément la plus apte à porter un rôle dramatique et maléfique.
Le Monde Fantastique d’Oz reprend du poil de la bête lorsque l’illusionniste roublard Oscar, incarné au passage par un James Franco qui, à l’image de l’ensemble du casting, ne semble pas donner tout ce dont il est pourtant capable, décide enfin de faire face à son destin et d’accomplir la « prophétie ». Outre le fait que ce climax soit autrement plus satisfaisant que la lamentable bataille finale d’Alice au pays des merveilles, cette longue séquence de près de vingt minutes est avant tout un ode à la gloire du cinéma et de ses prémices. Un art fondé sur l’illusion qui trouve justement sa force dans son caractère trompeur. Et Sam Raimi, au milieu de cette pyrotechnie filmée avec une véritable maestria et une virtuosité jubilatoire, de dresser un joli autoportrait sur son propre statut de « magicien » des images. Oui, le cinéma est une duperie, mais cela n’en fait pas quelque chose d’indigne puisqu’il est capable de triompher des « vraies » sorcières utilisant la magie pure. L’illusion n’est pas une trahison quand elle n’a pas de but purement vénal. Elle peut être un moyen d’émerveillement et de libération. On se satisfera donc de ce troisième acte qui dévoile un film plus pensé et engagé que cette Alice au pays des merveilles de Tim Burton qui, non content de réaliser un film plat, trahissait intégralement le sens de l’œuvre originale en transformant son héroïne en une ambitieuse commerçante capitaliste qui ne croyait jamais au monde dans lequel elle se retrouvait. Oscar Diggs au moins, à l’instar de Ash dans Evil Dead 3 - Army of Darkness, est une image positive de leur metteur en scène respectif. A ce titre, cet Oz ferait presque office de manifeste pour Raimi.
NOTE : 6 / 10