Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film français sorti le 15 septembre 2010
- Réalisé par Claude Lelouch
- Avec Audrey Dana, Laurent Couson, Raphaël,
- Comédie dramatique, Romance
Le destin flamboyant d'une femme, Ilva, qui, sa vie durant, a placé ses amours au dessus de tout et se les remémore au rythme d'un orchestre symphonique. Dans cette fresque romanesque, Ilva incarne tous les courages et les contradictions d'une femme libre. Et si ce n'était pas Dieu qui avait crée la femme mais chaque homme qu'elle a aimé ?...
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Assez souvent vilipendé par la presse spécialisée, Claude Lelouch a toutefois régulièrement été soutenu par le public. Après une traversée du désert où il avait cumulé échecs critiques et publics à la fois, il était revenu en force avec Roman de gare en 2007 qui avait été très chaleureusement accueilli. Un film qui lui avait permis de « ressusciter » et de revenir sur le devant de la scène française. Trois ans plus tard il nous livre son film-testament. Un film qui est la somme de toute sa carrière et qu'il porte en lui depuis de très nombreuses années.
Le résultat est évidemment incontournable pour tout cinéphile qui se respecte, le film étant dans son ensemble une belle réussite. Certes avec ses petits défauts qui ne sont pas étrangers à Lelouch lui-même. Mais peu de films français ont aussi bien su dernièrement allier le spectacle grand public à un scénario travaillé et à une personnalité forte et perceptible du réalisateur. Grande fresque romanesque étalée sur près de soixante-dix ans, Ces amours-là risquait par sa trop forte ambition soit de se perdre en cours de route soit d'être beaucoup trop gourmand en essayant de tout embrasser mais en n'approfondissant rien du tout. Bonne surprise il n'en est rien, Lelouch ayant préféré s'intéresser à un nombre réduit de personnages ; on est bien loin du film de Cimino Les Portes du Paradis ou de la fresque sicilienne Baaria de Giuseppe Tornatore pour en citer un très récent. De plus Lelouch s'est amusé à faire jouer aux mêmes acteurs des personnages différents (quoique) : par exemple Audrey Dana (excellente et sublime par ailleurs) joue à la fois une femme, sa fille et sa petite-fille. Comme un cycle. Comme si ces amours-là n'étaient en fin de compte qu'un éternel recommencement.
Le film s'intéresse cependant particulièrement au destin d'une de ces trois femmes, Ilva, ce qui permet au récit de se dérouler pendant une bonne partie à la même période : les années 40 et 50. Cette femme n'est rien de moins que la synthèse des « femmes » telles que Lelouch les perçoit et les aime. C'est en faisant le portrait de l'une d'entre elles que Lelouch exprime son amour pour celles-ci. A la fois complexe, naïve, joyeuse, triste et belle, Ilva est l'image de la femme et de son évolution au XXème siècle. Une femme qui, si elle reconnait qu'elle a toujours aimé trop vite et trop passionnément, va au fur et à mesure de ses aventures s'affirmer et gagner en maturité dans un monde où les hommes ne font que se battre. Ces amours-là raconte en quelques sortes la naissante de la « femme moderne ». A noter que c'est en partant d'un procès où Ilva doit prouver son innocence du crime d'un amant que Ces amours-là retrace par « flashbacks » sa vie ; postulat très similaire au film de Clouzot La Vérité qui se montrait aussi assez féministe et qui livrait une forte vision de la femme moderne et libre.
D'une manière générale, plus qu'un sublime portrait de femme, Ces amours-là est le portrait de tout un siècle. Du fantasme d'une Amérique alors triomphante à la Seconde Guerre mondiale, de la libération sexuelle à l'évolution fulgurante d'une nouvelle forme d'art avec le cinéma, Ces amours-là retrace en toile de fond, de la même manière qu'un Benjamin Button ou qu'un Forest Gump, une partie du XXème siècle principalement. Une histoire principalement axé sur celle de la France mais pas uniquement. Comme dans le film de Zemeckis, Lelouch s'amuse même à faire interagir ses personnages fictifs avec des personnes ayant véritablement existé (notamment une courte apparition de Marilyn Monroe).
Mais plus que tout, Ces amours-là est un grand hommage au cinéma et un film profondément personnel. Le fait que le « père » d'Ilva tiennent un cinéma et que cette dernière y soit une ouvreuse n'est déjà pas innocent. On y voit entre autres des extraits d'Autant en emporte le vent et du Jour se lève ou encore les passages importants du muet au parlant et du noir et blanc à la couleur. Le film lui-même fait référence à bon nombre de genres : à la fresque romanesque évidemment, mais aussi au film de guerre (certes le débarquement fait pâle figure à celui de Spielberg dans Il faut sauver le soldat Ryan mais pour Lelouch il s'agit plus d'une sorte de clin d'oeil), le film de « procès », le western au détour d'une très belle course dans le Far-West, ou encore la comédie musicale avec une omniprésence parfois agaçante de la chanson et de la musique, de nombreuses scènes se déroulant dans des bars musicaux.
Ces amours-là est enfin le film de toute une carrière et de toute une vie, certaines courtes scènes ayant été filmées lors de précédents tournages. C'est par le biais d'un personnage secondaire, un garçon juif qui se cachait dans un cinéma pendant l'Occupation et qui y découvrira sa vocation avant de devenir réalisateur, que Lelouch se met en scène. La dernière phrase de ce personnage sonne comme un aveu : alors qu'il filme un baiser d'Ilva avec celui qui sera l'homme de sa vie (belle première prestation du musicien Laurent Couson), il déclare en voie off « c'est ce baiser qui me donnera envie de filmer toutes ces histoires d'amour ». S'en suit alors une succession d'images des films de Lelouch. C'est ici que l'on trouve le défaut majeur de Ces amours-là : un excès de mièvrerie. Une naïveté souvent touchante mais qui tranche trop souvent avec le reste du film. Tout comme cette scène où Ilva déclare aux deux soldats américains dont elle est amoureuse que le mot le plus important de la langue française est « Paix ». Ou encore celle où Dominique Pinon raconte une histoire abracadabrantesque, tout droit tiré d'un film de Jeunet, pour expliquer comment les acteurs apparaissent sur l'écran.
Malgré ces petites lourdeurs typiques de Lelouch et une fin qui s'étire un peu trop longtemps, Ces amours-là est un spectacle réussi où se côtoie harmonieusement romantisme, trahisons, passions, aventures, humour,... Sans oublier un astucieux générique de fin qui clos le film sur une amusante mise en abime. Un long-métrage qu'il serait criminel de qualifier de « film pour vieux » tant il est riche, frais et d'une jeunesse surprenante.
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