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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Hors-la-loi

                                                  

 - Film franco-algérien sorti le 22 septembre 2010

 - Réalisé par Rachid Bouchareb

 - Avec Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila,…

 - Historique

            Chassés de leur terre algérienne, trois frères et leur mère sont séparés. Messaoud s'engage en Indochine. A Paris, Abdelkader prend la tête du mouvement pour l'Indépendance de l'Algérie et Saïd fait fortune dans les bouges et les clubs de boxe de Pigalle. Leur destin, scellé autour de l'amour d'une mère, se mêlera inexorablement à celui d'une nation en lutte pour sa liberté...

Jamel Debbouze, Sami Bouajila et Roschdy Zem. StudioCanalSami Bouajila et Bernard Blancan. StudioCanal

            C'est en 2006 que Rachid Bouchareb réalise un grand coup d'éclat avec Indigènes, long-métrage qui retraçait l'histoire de quelques uns de ces soldats des colonies françaises envoyés au front pour défendre la « Mère Patrie » contre la menace nazie. Prix d'interprétation collectif au Festival de Cannes, critiques plutôt élogieuses, grand succès public et nomination à l'oscar du meilleur film étranger, Indigènes avait même réussi à amener une revalorisation de ces oubliés de l'Histoire. Comme quoi un film pouvait changer les choses d'une certaine façon et à un certain degré. Cependant le film avait de très nombreux défauts : poids écrasant de ses influences (Il faut sauver le soldat Ryan ou La Ligne Rouge étant d'un tout autre niveau), mise en scène paresseuse, scénario ultra-balisé et manichéen, personnages caricaturaux, message martelé constamment sans aucune finesse,... 

            L'ambition était certes remarquable mais le résultat est cependant assez décevant, en plus d'avoir été très surestimé à sa sortie. Quatre ans plus tard, il revient avec un projet étonnant. Une « suite » avec les mêmes acteurs, à l'exception de Samy Naceri, qui incarnent des personnages portant les mêmes noms que ceux qu'ils jouaient dans Indigènes et qui raconte ce qui a entrainé la Guerre d'Algérie. « Raconter » c'est un bien grand mot comme toujours dans un film historique. La preuve en est de la polémique ridicule qui a accompagné Hors-la-loi à sa projection cannoise et à sa sortie. Ridicule d'abord parce qu'elle est apparu avant que le film ne soit montré. Mais surtout parce qu'un film n'est et ne pourra jamais être considéré comme un témoignage d'Histoire (mais tant que l'amalgame sera fait...).  

            Et s'il y a bien une erreur à faire vis-à-vis du dernier film de Bouchareb c'est de croire qu'il a pour ambition d'être une très minutieuse reconstitution historique (complètement objective de surcroit). Car il est de toute façon inévitable que l'auteur oriente son film selon sa vision et son opinion, donc plus favorable ici à la communauté arabe, même si pourtant le film est bien loin d'être aussi manichéen qu'Indigènes l'était. Mais surtout, Hors-la-loi n'est pas tant une reconstitution historique « réaliste », comme La Bataille d'Alger de Pontecorvo, qu'un film de gangsters très orienté vers la trilogie du Parrain de Coppola et d'Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Certes le film est, comme Indigènes, complètement écrasé par ses influences bien trop grandes pour lui et le talent de Rachid Bouchareb, qui n'a vraiment pas l'étoffe d'un Leone en mauvaise forme, mais il faut au moins saluer l'ambition du projet.  

            D'abord il a l'audace de traiter d'un sujet « sensible » qui n'avait que rarement bénéficié d'un traitement cinématographique de la part d'un des deux pays concernés. D'ailleurs on ne peut que rigoler en voyant les polémiques diverses qui ont touché le film sur un sujet qui a quand même plus de cinquante ans alors que l'on se permet en France de se moquer de la soi-disante consensualité des productions américaines, et notamment hollywoodiennes. Rappelons que ces dernières n'hésitaient pas à aborder la Guerre du Vietnam juste quelques années après, quant elles ne critiquaient pas la seconde guerre en Irak alors qu'elle avait encore lieu. C'est en cela que, tout comme Indigènes, Hors-la-loi est un film « nécessaire ». D'abord pour ouvrir une forme de débat mais aussi entrainer d'autres productions qui, avec un point de vue et un parti pris différent, traiteront cette période d'une autre façon. 

            Visuellement le film est très beau, un grand travail ayant été fait sur la photographie qui rappelle celle des polars des années 70 (on en revient évidemment aux deux premiers opus de la trilogie de Coppola). Les acteurs sont eux aussi assez convaincants, Roschdy Zem en tête ainsi que Jamel Debbouze qui arrive à s'effacer pour ne pas laisser ses éternels mimiques reprendre le dessus. Sami Bouajila est très bon lui-aussi, bien que son personnage soit bien plus compliqué à aimer : c'est surtout lui qui montre les dérives du côté arabe de cette lutte (notamment l'aliénation et l'utilisation récurrente de la violence comme seul moyen), d'où une difficulté pour le spectateur à éprouver pour lui de l'empathie. Le personnage incarné par Bernard Blancan est par contre nettement plus caricatural et bien moins présent que les trois autres.  

            Mais c'est d'abord d'un point de vue de la mise en scène que le film n'est pas une complète réussite. Son manque de dynamisme et son académisme entraine quelques baisses de rythme assez dommageable, surtout lorsque le film dure près de deux heures vingt. Mais c'est surtout, et on en revient encore à là, l'incapacité de Rachid Bouchareb de se démarquer des films auxquels il s'est référé pour réaliser Hors-la-loi. Car à bien y réfléchir on a déjà « vu » bien des fois les scènes du film. Jusqu'à reprendre des séquences entières d'autres long-métrage. C'est le cas de deux d'entre elles qui se réfère au premier épisode du Parrain. La scène du meurtre dans le commissariat commis par deux des frères fait écho au meurtre de Sollozo par Michael Corleone (Al Pacino) entrainant par ce premier acte criminel sa lente descente aux enfers. La seconde scène est la dernière apparition du personnage d'Hélène, joué par Sabrina Seyvecou, qui rappelle énormément un des évènements marquants dans la vie de Michael Corleone.  

            Mais le scénario, malgré les nombreuses facilités et erreurs historiques, arrive à retranscrire les grandes tensions à l'époque. Et il a l'intelligence de privilégier la fiction au réalisme documentaire, qu'il n'aurait pu de toute façon atteindre. Il place d'avantage cette famille au premier plan, reléguant le contexte historique à l'arrière ou en le symbolisant par des interactions entre les frères. Le scénario souligne bien les dilemmes, les paradoxes et la violence qui prend possession de ces hommes (notamment lors d'une belle scène dans un restaurant entre Sami Bouajila et Bernard Blancan où ce dernier voit ses convictions remises en question). Si Hors-la-loi prend clairement parti (trop peut-être), il s'intéresse avant tout au rapport entre les hommes et la violence ainsi qu'à la spirale sans fin qu'elle entraine. Alors que certaines scènes sont trop longues, bavardes et démonstratives, le film de Bouchareb n'exclue pas quelques séquences violentes et impressionnantes comme l'ouverture, très contestée, sur le massacre de Sétif ou une fusillade nocturne très immersive.  

            Hors-la-loi est donc plus réussi qu'Indigènes même s'il n'est pas exempt de défauts. Et si le long-métrage de Bouchareb n'est certainement pas le grand film sur la Guerre d'Algérie que l'on désespère d'attendre, son ambition demeure louable : retracer par l'histoire de trois frères celle d'un drapeau auparavant interdit et qui, par la résistance, est devenu celui de tout une nation.

* * * * *

Jamel Debbouze et Roschdy Zem. StudioCanalBernard Blancan. StudioCanal

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