Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américain sorti le 15 septembre 2010
- Réalisé par Floria Sigismondi
- Avec Kristen Stewart, Dakota Fanning, Michael Shannon,
- Biopic
En 1975 à Los Angeles, Joan Jett et Cherie Currie, deux adolescentes rebelles, se rencontrent et deviennent les figures emblématiques de ce qui se révèlera être le plus célèbre des groupes de glam rock féminin, les Runaways. Après une irrésistible ascension dans une Californie en ébullition créative, ces deux jeunes stars légendaires vont ouvrir la voie aux générations futures de femmes musiciennes. Sous l'influence de leur imprésario, l'excentrique Kim Fowley, le groupe va vite s'imposer et déchaîner les foules. Au-delà d'une trajectoire unique, voici l'histoire vraie de jeunes filles qui en se cherchant, vont toucher leurs rêves et changer la musique pour toujours...
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A une période où le genre majeur au cinéma est le « biopic », il est difficile pour toutes les productions de cet acabit de se démarquer des autres. Le long-métrage de Floria Sigismondi retraçant le parcours dans les années 70 du premier groupe de rock féminin, les « Runaways », n'y parvient que partiellement. Mais si le film ne fait que survoler son sujet, il se révèle intéressant par la confrontation entre deux jeunes actrices parmi les plus talentueuses et prometteuses de leur génération.
Autant être clair dès le départ, si Les Runaways est un film plutôt sympathique ce n'est sûrement pas par sa structure d'un classicisme confondant. La narration est complètement linéaire et calque parfaitement la structure du « rise and fall » (l'élévation puis la chute d'une personne) utilisée dans presque la totalité des biopics, et particulièrement ceux sur les artistes oeuvrant dans la musique. Mais la morale est sauve, les protagonistes étant mineures, car l'évocation de leur « déchéance » avec la dissolution du groupe, les prises constantes de drogue et d'alcool, le harcèlement des fans, la dépression et les mauvais côtés de la célébrité ne va jamais trop loin et n'est jamais vraiment dérangeant.
L'autre aspect décevant du film de Sigismondi est qu'il n'approfondit pas vraiment le côté résolument inédit à l'époque de la démarche de Joan Jett, c'est-à-dire de montrer ce que cela implique de créer un groupe de filles dans un univers exclusivement masculin et assez souvent machiste. La première heure du film s'y attarde plutôt bien, notamment par des scènes montrant les membres du groupe s'entrainant à l'esquive afin d'éviter des projectiles qui ne manqueront pas de tomber lors de leurs concerts. Mais la seconde heure se désintéresse totalement de l'ampleur que prend le groupe, à un tel point que la réalisatrice se contente de filmer une vingtaine de fans hystériques japonais pour montrer l'importance mondiale du phénomène. Un peu comme Hôtel Woodstock l'année dernière qui prenait le parti de montrer les coulisses du plus grand festival de tous les temps et n'arrivait qu'à donner l'impression d'assister à un rassemblement musical quelconque, Les Runaways ne montre que rarement au spectateur en quoi ce groupe était une révolution et une formidable avancée dans une période qui voyait l'explosion de la lutte féministe et de l'égalité des sexes. On a donc l'impression de se retrouver face au portrait d'un groupe de rock comme les autres, là où le film aurait dû montrer l'importance de ce dernier.
A cela s'ajoute un terrible manque de dynamisme dans la mise en scène. Peu d'effets de style, de mouvement de caméra, d'audace visuelle traduisant la grande créativité et le dynamisme de la troupe. La réalisation de Sigismondi ne dégage aucune énergie ce qui contraste de manière négative avec celle que dégage les deux héroïnes. On est bien loin des excès et de l'efficacité d'un Oliver Stone lorsqu'il signait l'hallucinant The Doors et on se retrouve avec une direction artistique trop calme et propre sur elle qui ne correspond pas au sujet que le film a pour ambition de montrer. Certes l'image est assez travaillée et souvent très agréable à regarder, une bonne photographie étant toujours importante pour un film, mais le résultat esthétique demeure décevant de la part de Floria Sigismondi, une « novice » dans le domaine du septième art mais qui a fait ses premières armes dans la photographie et le clip musical. Cependant le film dispose de deux atouts, et pas les moindres : Dakota Fanning et Kristen Stewart.
La première s'est notamment illustrée dans Man on Fire de Tony Scott et dans le chef-d'oeuvre apocalyptique de Spielberg, La Guerre des Mondes, où elle jouait particulièrement bien la fille traumatisée et hystérique. La seconde a elle-aussi débuté assez tôt et à brillé entre autre dans Panic Room de Fincher et dans Into the Wild de Sean Penn avant d'être connu par le grand public par la saga « vampirique » Twilight, où elle tient un des rôles principaux, tout en continuant une carrière dans le cinéma américain indépendant. Même si les deux actrices jouent en effet dans la série tirée des romans de Stephanie Meyer, Les Runaways leur donne l'occasion de montrer leur véritable potentiel, qui était bien trop canalisé par la médiocre qualité à tous les niveaux de Twilight. Comme libérées de la machine commerciale à public très ciblés, Stewart et Fanning détruisent leur image d'icones pour jeunes filles en fleurs dans laquelle les Twilight(s) pouvaient les enfermer. Et ça aurait été bien dommage quand on regarde leur prestation et le charisme évident qu'elles dégagent. C'est particulièrement visible pour Kristen Stewart qui éclipse quasiment tous le reste du casting tant sa métamorphose est impressionnante. Enfin au côté des deux actrices on trouve Michael Shannon dans le rôle de l'impresario déjanté, Kim Fowley. Cependant si sa prestation est des plus convaincantes, on ne peut s'empêcher de s'inquiéter sur sa future carrière. Car après ses rôles de déments dans Bug de William Friedkin ou Les Noces Rebelles de Sam Mendes et avant sa probable participation (encore à l'état de rumeur) à The Iceman où il interprètera le sérial-killer Richard Kuklinski, Michael Shannon risque avec cette interprétation de conforter les producteurs et les réalisateurs à ne lui donner que des rôles de personnes instables.
Les Runaways, même s'il ne sort pas vraiment du lot bien fourni des « biopics », n'en demeure pas moins divertissant par le face-à-face réjouissant qu'il propose entre deux futures grandes actrices (si elles mènent intelligemment leur carrière). Et il faut bien reconnaitre que, malgré un manque de « punch » dans la mise en scène et une petite déception par sa frilosité à bien approfondir le sujet qu'il traite, le film de Sigismondi ne souffre d'aucun temps mort et dispose d'une bande son jouissive. Et c'est bien le minimum qu'on peut attendre pour qu'un film musical soit bon.
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