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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Au-delà

                                               

 - Titre original : Hereafter

 - Film américain sorti le 19 janvier 2011

 - Réalisé par Clint Eastwood

 - Avec Matt Damon, Cécile de France, Thierry Neuvic,…

 - Drame, Fantastique, Thriller

            C'est l'histoire de trois personnages hantés par la mort et les interrogations qu'elle soulève. George est un Américain d'origine modeste, affecté d'un « don » de voyance qui pèse sur lui comme une malédiction. Marie, journaliste française, est confrontée à une expérience de mort imminente, et en a été durablement bouleversée. Et quand Marcus, un jeune garçon de Londres, perd l'être qui lui était le plus cher et le plus indispensable, il se met désespérément en quête de réponses à ses interrogations. George, Marie et Marcus sont guidés par le même besoin de savoir, la même quête. Leurs destinées vont finir par se croiser pour tenter de répondre au mystère de l'Au-delà...

Bryce Dallas Howard & Matt Damon. Warner Bros. FranceCécile de France. Warner Bros. France

            Après un Invictus bien mou malgré un sujet potentiellement captivant et galvanisant, qui ne lésinait ni sur le symbolisme à outrance ni sur les ralentis dégoulinant de bons sentiments et de manichéisme, et avec une mise en scène plate surtout lors des matchs de rugby, une bande originale horripilante et un récit qui ne décollait en fin de compte jamais, Clint Eastwood revient avec un drame fantastique qui, comme son titre l'indique, a pour sujet « l'au-delà ». Sujet ambitieux donc mais les premiers échos étaient des plus mauvais, signe peu encourageant surtout quand on sait qu'aucun film d'Eastwood n'a vraiment été critiqué depuis son pourtant étonnant Minuit dans le jardin du bien et du mal ; même des films plus mineurs comme Space Cowboys et surtout Invictus et Créance de sang avaient bénéficié du soutien assez bienveillant de la presse.                                    

            Légère appréhension donc avant le visionnage de ce film qu'Eastwood qualifie lui-même comme étant son premier « chick flick », ou autrement dit « film pour jeunes midinettes » ce qui n'a rien de rassurant. Et pourtant nulle minauderies niaises, d'effets tire-larmes accompagnés de violons, ou de romances ridicules. Eastwood, malgré son âge, continue de surprendre son public. Au-delà n'est pas vraiment un film fantastique ni un thriller ayant pour sujet le spiritisme et les EMI (expériences de mort imminente). Les visions de ce qu'il y a après la mort sont d'ailleurs très courtes, elles ne représentent en fin de compte qu'une trentaine de secondes à peine sur tout le long métrage. Elles ne sont en plus pas des plus impressionnantes ou novatrices puisque les images de l'au-delà se résument à des silhouettes furtives entourées d'une lumière blanche. Eastwood a une approche du fantastique assez similaire à Shyamalan à l'époque de ses premiers films. Le fantastique se fait discret, il ne s'inscrit que par petites touches dans un monde réaliste. Tout comme Shyamalan, Bong Joon-ho ou encore Spielberg dans les années 70 et 80, Eastwood utilise l'élément fantastique comme une métaphore du mal-être de ses personnages qui doit les amener à s'améliorer, saccomplir.

            A l'origine il y a donc trois personnages, touchés chacun à leur manière par la mort. Il y a Marcus, jeune enfant habitant Londres, qui est très affecté par la mort accidentelle de son frère jumeau, et dont on peut supposer qu'il était son seul confident (on ne lui voit pas d'autre ami et sa mère est en centre de désintoxication et ne sait visiblement pas accomplir son rôle). Dans cette épreuve il lui faut donc apprendre à vivre sans son frère et à prendre ses responsabilités pour soutenir sa mère qui n'arrivera pas à s'en sortir seule. Il y a aussi la journaliste française Marie Lelay qui est touché directement par la mort puisqu'elle fait une EMI lorsqu'elle se retrouve emportée par le tsunami de 2004 en Indonésie. Par ce traumatisme, Marie va remettre en question ce qu'elle croit, sa vie, ses ambitions et ses relations. Une mise à l'épreuve en quelques sortes d'où elle doit tenter d'en sortir grandie, plus mature et sereine qu'avant. Le troisième personnage est un peu celui qui va faire le lien entre les deux précédents. George Lonegan, après une grave opération lorsqu'il était enfant, se retrouve doté d'un « sixième sens » qui l'amène à voir les proches décédés et les souffrances des personnes qu'il touche. Cela l'amène à vivre à l'écart des gens qui le voit comme un « freak » (une bête de foire) utile et qui l'empêche, volontairement ou involontairement, d'avoir une relation sérieuse, car ce don entraine l'absence de secret dans le couple.

            C'est sans nul doute ce personnage, sobrement interprété par Matt Damon, qui est le plus émouvant et le plus original. Homme seul, vivant presque coupé du monde dans son appartement à San Francisco (plusieurs plans le montre en train de regarder la rue depuis sa fenêtre comme s'il était une « entité supérieure » observant un monde auquel il n'aurait pas accès), et écoutant en boucle la voix d'un mort (des cassettes audio des oeuvres de Charles Dickens dont il est un grand admirateur). Ce personnage est aussi particulièrement étoffé par les scènes qu'il partage avec celui, plus secondaire, de Mélanie, interprétée par Bryce Dallas Howard qui montre encore une fois qu'elle est bien plus talentueuse que son père. Tout deux se rencontre lors d'un cours de cuisine italienne et tombent amoureux. S'en suivra deux des meilleures séquences du long-métrage : la première les montre en plein cours, en train de faire gouter à l'autre, qui a les yeux bandés, des aliments qu'il doit deviner. Mais ils passent bien plus de temps à parler d'eux-mêmes, de leur vie, sans qu'ils puissent vraiment échanger un seul regard ; l'intérêt de la scène étant surtout le visage de celui qui n'a pas le bandeau et qui pose des questions. La seconde se déroule dans l'appartement de George lorsque ce dernier se retrouve contraint de lui révéler sa « spécificité ». Scène intimiste très réussie qui se conclut de façon inattendue et audacieuse.

            La partie se focalisant sur Marcus est aussi assez typique du style d'Eastwood, c'est-à-dire plutôt proche du drame intimiste, et est notamment ponctuée de scènes fortes, dont celle de l'attentat du métro de Londres ou encore celle où il va voir des « médium-charlatans » pour essayer d'entrer en contact avec son frère. Mais c'est la partie « française » qui est à la fois la plus bancale et la plus audacieuse. Comme son confrère Tarantino avec Inglourious Basterds, Eastwood ne s'est pas rendu compte que l'interprétation de ses acteurs était parfois assez approximative. C'est le cas par exemple du personnage de l'éditeur qui n'est pas souvent crédible et un poil trop utopiste (il est plus intéressé à informer le grand public qu'à gagner de l’argent). Certains dialogues sont aussi assez maladroits, comme cette séquence où Marie, se lançant dans l'écriture d'un livre sur Mitterrand, déclare vouloir étudier et montrer les aspects sombre de sa personnalité. Autre point faible, les séquences d'émissions de télé, où il est évident qu'Eastwood n'a jamais regardé la télévision française puisqu'il la surestime bien trop. Cependant il faut saluer l'effort qui a été fait pour garder les langues d'origines et éviter ainsi de voir Cécile de France faire son reportage dans un anglais approximatif. 

            Mais la partie « française » du récit a comme avantage d'avoir droit à la plus impressionnante scène du film qui se trouve être aussi l'une des meilleure séquence qu'ait jamais réalisé Clint Eastwood. Le cliché veut que ce dernier ne fasse que des drames humains intimiste mais il faut garder à l'esprit qu'il a expérimenté de nombreux genres : le western (L'Homme des Hautes Plaines, Josey Wales hors-la-loi, Impitoyable...) ; le film policier-thriller (Le Retour de l'Inspecteur Harry, Les Pleins Pouvoirs,...) ;  le film de guerre (La Relève, le dyptique Mémoires de nos pères / Lettres d'Iwo Jima,…) ; la science-fiction (Space Cowboys) ; et dans une certaine mesure le fantastique (avant Au-delà il y avait eu Minuit dans le jardin..., et d'une certaine manière Invictus où, au détour d'un plan, apparaissait les fantômes d'anciens prisonniers). Avec cette séquence d'introduction, Eastwood s'essaye avec un brio inattendu au film catastrophe lorsqu'il remet en scène le terrible tsunami de 2004. Contrairement à ce qu'aurait fait un Roland Emmerich, la catastrophe est toujours filmée d'un point de vue humain, la caméra au plus près des victimes sans que cela soit illisible, ce qui rend la vague encore plus terrifiante, Cette séquence se place immédiatement comme un modèle du genre. Une scène qui mérite à elle-seule que l'on s'attarde sur ce film et qui prouve l'étonnant dynamisme d'Eastwood (qui au passage renvoie balader pas mal des jeunots actuels proclamés « roi du blockbuster »). 

            Avec Au-delà, Eastwood prend donc tout le monde à contrepied. Mis à part deux séquences très spectaculaires, le reste du long-métrage se veut plus calme, réflexif. Choix de mise en scène audacieux, qui a visiblement divisé, mais qui sert parfaitement son propos, Eastwood étant visiblement peu intéressé par le côté fantastique de son film. « L'au-delà » du titre ne serait-il pas en fin de compte ce que doivent atteindre ces trois personnages, qui n'arrivent plus à avancer après avoir été touché par un évènement « hors du commun » qui les remet en question et les confronte à leurs peurs, leurs doutes ? Et la note finale ne nous laisse pas de doute : malgré son grand air de « film sur la mort », Au-delà est en fait, au même titre que Biutiful ou Le Tombeau des Lucioles, un vrai film optimiste, un hymne à la vie.   

NOTE à 6,5 / 10 

Frankie McLaren. Warner Bros. FranceMatt Damon. Warner Bros. France

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