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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Arrietty, le petit monde des chapardeurs

                                                

 - Titre original : Karigurashi no Arrietty

 - Film japonais sorti le 12 janvier 2011

 - Réalisé par Hiromasa Yonebayashi

 - Avec les voix de Mirai Shida, Ryunosuke Kamiki, Kirin Kiki,…

 - Animation, Fantastique

            Dans la banlieue de Tokyo, sous le plancher d'une vieille maison perdue au coeur d'un immense jardin, la minuscule Arrietty vit en secret avec sa famille. Ce sont des Chapardeurs. Arrietty connait les règles : on n'emprunte que ce dont on a besoin, en tellement petite quantité que les habitants de la maison ne s'en aperçoivent pas. Plus important encore, on se méfie du chat, des rats, et interdiction absolue d'être vus par les humains sous peine d'être obligés de déménager et de perdre cet univers miniature fascinant fait d'objets détournés. Arrietty sait tout cela. Pourtant, lorsqu'un jeune garçon, Sho, arrive à la maison pour se reposer avant une grave opération, elle sent que tout sera différent. Entre la jeune fille et celui qu'elle voit comme un géant, commence une aventure et une amitié que personne ne pourra oublier…   

The Walt Disney Company FranceThe Walt Disney Company France

            Très régulièrement des personnes font l'amalgame entre un film produit par le studio Ghibli et un film de Miyazaki ; confusion des plus compréhensibles surtout quand on sait que ce sont principalement les films de ce dernier qui atteignent les écrans français. Il n'y a qu'à voir les bandes annonces de cet Arrietty qui le vendaient à coup de « après Le Château Ambulant et Ponyo sur la falaise », histoire que le spectateur croit qu'il s'agit du dernier film du grand maître de l'animation japonaise. D'ailleurs l'ambition initiale de ce premier film de Hiromasa Yonebayashi, animateur dans tous les derniers films de Miyazaki depuis Princesse Mononoke, était justement de préparer l'après-Miyazaki et de prouver que Ghibli avait suffisamment de ressources pour assurer son autonomie lors de l'absence de l'un de ses principaux fondateurs.

             De ce point de vue c'est peut-être la seule très grosse faiblesse d'Arrietty : son incapacité à se démarquer de l'aura de Miyazaki ni même d'atteindre le niveau d'un de ses films. A la fin du long-métrage, on a l'impression, légèrement désagréable, d'avoir assisté à un sous-Miyazaki. Mais attention, le film est très loin d'être mauvais, mais c'est un reproche compréhensible et même légitime qui peut lui être fait. Présence des mêmes graphismes et des mêmes thématiques qui parcourent l'oeuvre de Hayao Miyazaki : personnage féminin fort, parcours initiatique, apologie de la nature,... On y retrouve aussi une forte influence de la culture occidentale (déjà présente dans des films comme Le Château Ambulant ou Kiki la petite sorcière) par le sujet même du film. En effet Arrietty est à l'origine adapté du roman anglais de Mary Norton intitulé « The Borrowers » (« Les Chapardeurs »). Et pour couronner le tout, c'est Miyazaki lui-même qui en a écrit le scénario, car ayant un temps envisagé il y a longtemps d'en réaliser l'adaptation. A la sortie on a donc inévitablement l'impression d'avoir assisté à la projection d'un nouveau film de Miyazaki qui n'atteindrait pas vraiment le niveau de ses précédentes oeuvres puisqu'il n'est jamais directement à la barre du projet.

            Arrietty est moins fascinant, entrainant et ambitieux que les oeuvres les moins épiques du mentor de Yonebayashi, telles que Kiki la petite sorcière ou Mon Voisin Totoro ; mais on peut néanmoins remarquer une certaine ressemblance entre ce dernier et cette adaptation des « Borrowers ». Dans les deux cas l'histoire se déroule presqu'uniquement dans une grande maison de campagne à l'orée de la forêt. Dans Arrietty il y a chez le personnage de Sho la même angoisse causée par l'absence de ses parents que l'on retrouvait chez les deux jeunes filles dans Mon Voisin Totoro, dont la mère était en convalescence loin d'elles. Ce dernier point est l'autre grande ressemblance entre ces deux long-métrages puisque Sho, comme la mère dans Totoro, est très malade et part donc quelques temps à la campagne (loin de la ville polluée) pour mieux se porter et, toujours dans le cas de Sho, se préparer à la très grave opération du coeur qu'il doit subir. C'est de cet aspect-là que surgissent les éléments et moments les plus dramatiques du récit et qui permettent la réalisation de séquences assez poignantes comme celle où le jeune garçon révèle à sa nouvelle amie qu'il n'en aurait plus pour longtemps. Héros en sursis donc, continuellement malade et affaibli, qui rêve d'accomplir quelque chose dans sa vie malgré sa condition précaire.

            Face à lui, il y a la minuscule et jolie Arrietty, héroïne elle-aussi typiquement « miyazakienne ». Solitaire car fille unique (comme Nausicaa, Sheeta dans Le Château dans le Ciel, Kiki, Mononoke et Chihiro), Arrietty est à un tournant de son existance. Elle s'apprête à réaliser son premier « chapardage » dans la maison démesurée des humains, acte dangereux et hautement symbolique puisqu'il marque son passage de l'enfance à « l'âge adulte ». Cette séquence est sans aucun doute la plus belle et la plus aboutie du film. Accompagnée de son père, elle traverse une multitude de décors dans la pénombre qui nous paraissent à la fois si familier et si étrange de par leur démesure. Un monde où grimper sur une table revient à faire de l'escalade sur une montagne. En plus des décors somptueux, magnifiquement détaillés et inventifs, Yonebayashi accomplit dans cette  séquence un brillant travail sur les sons, qui sont accentués pour paraitre plus impressionnants, et lui donne ainsi une atmosphère encore plus inquiétante et mystérieuse. Bien évidemment ces dix minutes captivantes aboutissent à la rencontre tant attendue des deux antagonistes (moment où tous les bruits sont mis en sourdine à l'exception d'un « tic-tac » de pendule amplifié qui finit par ressembler aux battements d'un coeur). Mais mis à part cette scène, le reste du long-métrage est nettement moins galvanisant, avec un rythme beaucoup plus lent et des enjeux qui paraissent parfois assez insignifiants ; le paroxysme du suspense dans Arrietty étant le passage du jeune Sho d'une fenêtre à une autre.

            Arrietty est donc moins une aventure qu'une histoire introspective.  D'un côté il y a Sho qui doit apprendre à surmonter l'absence de ses parents et à réapprécier la vie pour faire face à l'imminence de sa mort et tenter de la surmonter. De l'autre il y a Arrietty qui, après avoir été aperçu par des humains, oblige sa famille à déménager. En filigrane de ce départ imminent et forcé, le film se révèle assez mature puisqu'il montre la difficulté de quitter son « chez-soi » (le personnage de la mère d'Arrietty en est assez révélateur), la souffrance qu'engendre l'exil ainsi que la peur de se retrouver seul, la famille d'Arrietty supposant être les derniers membres de leur espèce. Des thématiques fortes qui sont à la fois parfaitement traitées et aisément perceptibles pour le grand public, ce qui montre la réussite d'Arrietty et (encore une fois) le savoir faire de l'équipe d'animateurs du studio Ghibli dans l'art du récit et de la mise en scène. Le film n'exclue heureusement pas les touches d'humour avec le personnage de Haru, la servante légèrement timbrée qui veut, pour on ne sait quelle raison, capturer les « Borrowers » qui se cachent dans la maison. Il faut cependant bien reconnaitre que ce côté comique demeure assez faible et l'on peut aussi regretter une bande-son pas toujours judicieuse voire parfois légèrement insipide (ce n'est clairement pas Joe Hisaishi, musicien génial attitré de Miyazaki, qui compose). 

            Néanmoins, malgré ces petits défauts, son manque d'ampleur et surtout son incapacité à dépasser son encombrant modèle, Arrietty est une bonne bouffée d'air frais dans ce paysage souvent morne de l'animation. Disposant d'une belle esthétique à l'ancienne ultra-travaillée, d'une histoire d'amour charmante avec des personnages bien écrits et ponctuée par des séquences très maîtrisées et émouvantes comme ce final à la fois magnifique et optimiste, Arrietty, qui n'est certes pas la meilleure production Ghibli, est déjà bien meilleur que la plupart des productions de ces derniers mois.   

NOTE à 07 / 10

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