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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Le Bruit des glaçons

                                                          

 - Film français sorti le 25 août 2010

 - Réalisé par Bertrand Blier

 - Avec Jean Dujardin, Albert Dupontel, Anne Alvaro,…

 - Comédie dramatique

            C'est l'histoire d'un homme qui reçoit une visite bien particulière. « Bonjour, je suis votre cancer. Je me suis dit que ça serait peut-être pas mal de faire un petit peu connaissance... »

Albert Dupontel et Jean Dujardin. Wild Bunch DistributionAlbert Dupontel et Jean Dujardin. Wild Bunch Distribution

            Son retour était assez attendu par la critique et le public. Le cinéaste provocateur le plus iconique du cinéma français des années 70 et 80, avec notamment Les Valseuses, Buffet Froid ou encore Tenue de soirée, revient sur le grand écran après cinq ans d'absence avec un sujet pour le moins surprenant et audacieux. Et en plus, le film était l'occasion de la confrontation de deux des acteurs les plus talentueux de leur génération, Jean Dujardin et Albert Dupontel, qui s'était croisé quelques années auparavant dans Le Convoyeur 

            Autant dire que la déception face au résultat final n'en est que plus grande. Certes la tentative d'aborder un sujet aussi grave que le cancer, donc la maladie et la mort qui sont les deux plus grandes peurs de l'homme, par le biais de l'ironie et du surréalisme était osé et ne pouvait donner qu'un film unique et étrange. Le premier inconvénient du Bruit des Glaçons c'est qu'il est vendu comme une comédie noire. Or, c'est un fait, le film n'est presqu'à aucun moment hilarant, drôle, ou ne serait-ce même qu'amusant. Le long-métrage est même plutôt assez sombre voire glauque à certains moments. Là où ça passe moins c'est qu'il est la plupart du temps soit, dans le meilleur des cas, absolument ennuyeux, soit, dans le pire des cas, complètement ridicule. Il faut bien reconnaitre que les dialogues sont très bien écrits, jamais avare en bons mots ou en phrases cinglantes. Trop bien écrites justement car elles ne sonnent jamais justes à l'oral, personne ne parlant d'une telle façon dans la réalité. On a donc constamment l'impression que les acteurs récitent leurs textes comme un élève déclamerait un poème ou l'extrait d'une pièce de théâtre devant sa classe. 

            Du théâtre filmé. C'est un peu cette impression que donne le film de Blier. D'abord par ses dialogues donc mais aussi  par son unité de lieu, voulu par Blier même si à de courts instants il brise cette règle. Cette impression est aussi renforcée par la réalisation très terre-à-terre, se limitant quasiment à une utilisation systématique de la steadycam (et inutile de dire qu'on est très loin du niveau d'un Shining), sans effets de mise en scène, si ce n'est de temps à autre un montage parfois surprenant et judicieux. Ce qui pose pour le coup la question de l'intérêt de porter cette histoire à l'écran si c'est pour en faire le minimum syndical alors que le théâtre semblait tout indiqué pour le sujet. Et la bande original est du même acabit, assez indigeste voire parfois complètement à l'ouest. 

            Le problème collatéral de tout cela, c'est que le jeu des acteurs et les personnages qu'ils interprètent en prennent un coup. Car lorsque des acteurs comme Dujardin ou Dupontel, malgré toutes leurs bonnes volontés, n'arrivent pas à faire exister leur personnage c'est qu'il y a un problème. Evidemment Dujardin arrive de temps à autres à rendre le héros attachant et pathétique par son addiction à l'alcool, mais bien souvent il semble ailleurs, comme transparent. Dupontel arrive aussi parfois à alterner le cynisme, la méchanceté et le côté pitoyable de son « personnage », mais son surjeu annihile trop fréquemment la « crédibilité » de celui-ci (effectivement il est difficile de rendre crédible la matérialisation humaine d'un cancer, mais ici le manque de subtilité la rend carrément impossible). Myriam Boyer incarnant le cancer de Louisa, la domestique du héros, calque malheureusement son jeu sur celui de Dupontel entrainant les mêmes dégâts sur son personnage. La femme et le fils du héros, respectivement incarné par Audrey Dana et Emile Berling, sont sous-traités quand ils n'ont pas des réactions incohérentes ; notamment la scène entre le fils et Louisa cherchant juste la provocation simpliste et dépassée. Quand à essayer de faire croire à un personnage d'origine russe jouée par Christa Theret, qui dispose indéniablement d'une belle plastique, c'est juste une grande erreur de jugement. 

             La seule à s'en tirer à peu près honorablement est Anne Alvaro qui arrive à jongler de manière assez fine entre le tragique, le pathétique et l'austérité de son personnage tout en réussissant à la rendre profondément émouvante et belle, bien que ne bénéficiant pas d'un physique avantageux. Malheureusement, après une vingtaine de minutes assez dynamiques et riches en trouvailles originales et intéressantes, Le Bruit des Glaçons tombe dans une sorte de léthargie qui le rend long et soporifique. Ce qui assez embêtant lorsque le film n'atteint même pas l'heure et demie. Et le tout s'achève sur un dernier quart d'heure de franc n'importe quoi, devenant probablement par sa facilité l'une des plus mauvaises fins depuis de nombreux mois. Ce final bâclé annihile non seulement toute possibilité de morale, de message au film pour céder à une idée complètement naïve et usée (l'amour plus fort que la mort) qui apparait plus comme un pas en arrière de la part de Blier ; en plus de donner l'impression au spectateur qu'il vient de perdre une heure et demie de son temps. 

            L'idée de départ offrait la possibilité d'un film intelligent, dépressif mais cependant amusant sur un sujet particulièrement grave qui n'a pas pour habitude d'être traité avec autant de légèreté et de liberté. Mais malgré quelques bonnes réparties, Le Bruit des Glaçons s'avère finalement vain, raté, agaçant et faussement provocateur, comme s'il avait déjà une vingtaine d'années de retard.

* * * * *                                                                                    

Albert Dupontel et Jean Dujardin. Wild Bunch DistributionAlbert Dupontel et Jean Dujardin. Wild Bunch Distribution

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