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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Piranha 3D

                                                   

 - Film américain sorti le 01 septembre 2010

 - Réalisé par Alexandre Aja

 - Avec Elisabeth Shue, Adam Scott, Jerry O'Connell,…

 - Epouvante-horreur

            Alors que la ville de Lake Victoria s'apprête à recevoir des milliers d'étudiants pour le week-end de Pâques, un tremblement de terre secoue la ville et ouvre, sous le lac, une faille d'où des milliers de piranhas s'échappent. Inconscients du danger qui les guette, tous les étudiants font la fête sur le lac tandis que Julie, la shérif, découvre un premier corps dévoré. La journée va être d'autant plus longue pour elle que Jake, son fils, a délaissé la garde de ses jeunes frères et soeurs pour servir de guide à bord du bateau des sexy « Wild Wild Girls »...

Jessica Szohr. Wild Bunch DistributionJerry O'Connell, Kelly Brook et Riley Steele. Wild Bunch Distribution

            C'est un peu Quentin Tarantino et son comparse Robert Rodriguez qui ont été les initiateurs de cette nouvelle tendance qu'est la série B et Z de luxe, notamment avec leur dyptique « Grindhouse » qui contenait respectivement Le Boulevard de la Mort et Planète Terreur. Le Piranha 3D d'Aja s'inscrit parfaitement dans ce mouvement et se vend lui-même comme un film fun mais crétin. 

            On arrive déjà là au défaut principal du film ; et des défauts, le long-métrage du « frenchy » Alexandre Aja n'en manque pas. Parce que s'il y a bien une chose agaçante c'est l'excuse suivante : « Je veux faire un film fun donc on s'en fiche du scénario, des personnages, de la mise en scène parce que justement... ça doit être fun ! ». Cette excuse, servant surtout à justifier la médiocre qualité sous tous les plans d'un film, n'est plus recevable à l'heure de Tarantino justement, d'Edgar Wright ou alors que vient de sortir il y a à peine un mois le Expendables de Stallone (qui pourtant possèdent son lot de faiblesses). Alors commençons d'abord par parler de l'hypocrisie totale du projet d'Aja. Ce dernier veut semble-t-il critiquer l'attitude de ces jeunes décérébrés, s'adonnant à tout type de vices, qui caractérisent l'Amérique dans ce qu'elle a de plus repoussant, voire consumériste. Jusque là pas de problème. Mais pas sûr qu'un long-métrage filmé et monté comme un clip MTV en se focalisant surtout sur un paquet de poitrines siliconées et de gore tape-à-l'oeil pour attirer son public en soit le meilleur moyen. En fin de compte, Aja se moque de ce qui va faire de son film un succès public et critique, car étant vendu comme un porte-étendard de cette vulgarité et futilité. 

            Mais à la limite pourquoi pas. Ne jouons pas les prudes, des productions un peu hypocrites il y en a un certain nombre, et puis ce n'est pas étonnant de la part de producteurs comme les frères Weinstein (aussi connu pour charcuter les films au montage, dont Piranha 3D a de toute évidence été une victime quand on voit le nombre de scènes qui ont disparu de la version finale et les déboires d'Aja en postproduction). Toujours selon son réalisateur, Piranha 3D serait une comédie gore et régressive. Là encore pourquoi pas, le sujet s'y prêtait même très bien. Mais l'ennui c'est que le film d'Aja n'est presque jamais amusant. Tout juste peut-on esquisser un sourire lorsqu'un piranha nous rote à la figure un pénis déchiqueté, ce qui est quand même révélateur du niveau assez consternant de « l'humour » du film. A coté de ça, les acteurs, voulant faire dans le fun et le ridicule, surjouent de manière sidérante ce qui, en plus d'interpréter des personnages mal écrits, caricaturaux, et absolument pas attachants, les rend encore plus exécrables les uns que les autres. A ce petit concours c'est Jerry O'Connell qui remporte indéniablement la palme, à un tel point que le voir souffrir atrocement nous procure un sentiment de joie incroyable (véritablement la seule fois où le parti pris d'Aja fonctionne vraiment). 

            Les rôles féminins sont traités avec un désintérêt confondant, ne devant à première vue leur présence à l'écran que par leur physique et les tenues légères qu'elles portent. Les rôles masculins sont un peu plus variés et « originaux », mais ne bénéficient jamais d'une écriture élaborée. Adam Scott s'en tire le mieux ainsi que Steven R. Mcqueen, malgré un rôle balisé et transparent au possible pour ce dernier. Christopher Lloyd nous ressort les mêmes mimiques que lorsqu'il interprétait « Doc » dans la trilogie du Retour vers le futur. Et c'est sans compter la présence de Richard Dreyfuss dans l'introduction. Car évidemment si Piranha 3D fait d'abord penser au film original de Joe Dante, il se réfère aussi constamment au maître du genre que sont Les Dents de la Mer, auquel le film de Dante était déjà à l'origine un remake déguisé. Aja lui n'hésite pas une seconde à revendiquer haut et fort son affiliation avec le classique de Spielberg. Donc dans la première scène, il y a Richard Dreyfuss qui interprétait Matt Hooper dans Les Dents de la Mer. Et on assiste à une copie de l'inquiétante scène de pêche présente dans le film de Spielberg. Et en fond sonore, par le biais d'une radio, on entend la chanson que les trois héros fredonnaient avant d'être interrompu par un assaut du requin. Sans compter l'affiche « hommage » et les grandes ressemblances entre les scènes de carnage. Ou comment à coup de clins d'oeil bien lourd préciser que « oui, mon film de poissons carnivores s'inspire des Dents de la Mer », le contraire ayant été étonnant.  

            L'ennui c'est que Les Dents de la Mer est bien plus terrifiant que Piranha 3D (très sérieusement !). Certes, Aja voulait plus faire rire que faire peur. Le problème c'est qu'il n'y arrive jamais dans les deux cas. Parce qu'Aja n'a visiblement pas su choisir. D'un côté il y a de l'humour qui tombe à plat, de la fausse subversion, une écriture de l'histoire et des personnages balayée d'un revers de main ; de l'autre il y a du gore ultra réaliste (beau boulot au niveau des prothèses et des maquillages) qui arrive même à mettre mal à l'aise lors de certaines scènes (qu'y a-t-il de drôle dans un homme qui, dans un mouvement de panique, s'enfuit en hors-bord en broyant vingt-cinq personnes ?). Le problème c'est que ces deux « partis » s'annihilent mutuellement, et il y aurait probablement mieux valu décrédibiliser cette violence pour la rendre vraiment amusante. A vouloir être à la fois une méchante comédie hystérique et un film d'horreur véritablement gore et glauque, Piranha 3D perd sur les deux tableaux. Le tout se ponctuant sur une dernière scène convenue au possible, qui empêche vraiment de croire à une véritable « subversion » du propos tellement il est facile de deviner qui va survivre à la fin. 

            Un petit mot pour finir sur l'une des attractions principales du projet d'Alexandre Aja : la 3D. Afin de rendre hommage aux films horrifiques en trois dimensions des années 80, dont probablement Les Dents de la Mer 3, Aja adopte la démarche inverse de la volonté d'immersion et de profondeur de James Cameron dans son fameux Avatar. Ici tout à vocation à jaillir, à ressortir sur le spectateur. Ce qui est embêtant c'est que l'on voit à quel point cette 3D a été faite en postproduction. Effectivement il y a là-dedans une question de temps et surtout d'argent mais les effets sont assez néfastes au film. La 3D est plutôt réussie lors des séquences aquatiques, mais dès qu'on sort de l'eau l'effet ne fait plus illusion. L'effet de profondeur se remarque par la distance entre les différents plans de l'image mais il manque trop souvent le « volume » des objets. A cela il faut rajouter que certaines scènes d'attaques sont trop brouillonnes par le manque de luminosité. Le véritable problème d'un film comme celui d'Aja, c'est qu'il va contribuer à décrédibiliser l'avancée importante et l'intérêt qu'on peut tirer d'un point de vue artistique d'un procédé comme la 3D. 

            L'impact de Piranha 3D est un peu celui d'un pétard mouillé. Jamais effrayant, presque jamais marrant ou osé, parfois assez divertissant, le film ressemble bien plus à une grosse colère d'Aja. Un peu semblable à celle qu'animait Burton, déprimé par l'échec de son Ed Wood, lorsqu'il réalisait le massacre de l'humanité dans son Mars Attacks !, remettant même en question les codes du genre. Inutile de dire que le second est bien plus réussi.

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Wild Bunch DistributionJessica Szohr. Wild Bunch Distribution

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