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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Carnage

                                        

 - Titre original : Carnage

 - Film franco-américain sorti le 07 décembre 2011

 - Réalisé par Roman Polanski

 - Avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz,…

 - Comédie dramatique

               Dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent et se blessent. Les parents de la « victime » demandent à s'expliquer avec les parents du « coupable ». Rapidement, les échanges cordiaux cèdent le pas à l'affrontement. Où s'arrêtera le carnage ?

                Comme un paquet de réalisateurs, Roman Polanski a eu du mal à « bien vieillir ». L’âge venant, il semble avoir perdu une bonne partie du talent et de la vivacité qui l’animaient étant jeune et qui lui avaient permis de réaliser quelques œuvres majeures comme Rosemary’s Baby ou Le Locataire. C’est au cours du milieu des années 80 que sa carrière a commencé à aller sur la pente descendante, le paroxysme ayant été atteint au cours de la première décennie du XXIème siècle où ne ressortait vraiment du lot que Le Pianiste, œuvre (auto)biographique poignante mais parfois bien sage et classique. Mais en 2010, alors qu’il était reclus à résidence avec le retour d’une affaire de mœurs qui lui a valu l’exil du territoire américain, Polanski revenait avec un thriller hitchcockien The Ghost Writer, une belle synthèse de son œuvre ressassant ses thèmes les plus chers et trouvant un écho particulier à sa propre situation.  

                Cela signifiait-il un grand retour de l’un des cinéastes européens les plus importants des années 60 et 70 ? Malheureusement son nouveau film, Carnage, adaptation de la pièce « Les Dieux du Carnage » de Yasmina Reza, ne transforme pas l’essai. Pourtant, sur le papier, le projet apparaissait déjà comme évident : un huis clos mettant en scène quatre bourgeois qui va dégénérer, l’incapacité à sortir de cet appartement étouffant obligeant les personnages à ôter ce vernis des conventions et du politiquement correct pour révéler leur véritable nature. Tout semblait être fait pour permettre à Polanski de livrer une de ces œuvres déstabilisantes mais passionnantes dont il  a le secret. Il avait même réuni pour l’occasion un casting quatre étoiles avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly. On ne pouvait donc rêver meilleure conjoncture pour l’adaptation à l’écran de la pièce de l’une des auteures de théâtre les plus célèbres au monde. 

                 Pourtant le résultat final ne tient presqu’aucune de ses promesses. Le mot consternant s’y prêterait bien, mais pour cela il faudrait encore que le film de Polanski engendre une sensation de rejet. Ou au moins une réaction, même si celle-ci est épidermique. Or, Carnage ennuie. Il fait partie de ces films qui s’oublient au fur et à mesure qu’ils se déroulent. Et au final il est difficile de retirer quelque chose de marquant de cette pièce. Son sujet n’est pas inintéressant à la base. Elle révèle lentement l’hypocrisie d’une certaine bourgeoisie qui essaye, sous ses règles et ses principes moraux, de conserver une fausse dignité ou conscience. Le personnage incarné par Jodie Foster par exemple entend défendre la cause africaine pour, inconsciemment, se donner bonne conscience de vivre paisiblement à New-York. De même pour celui de Kate Winslet, femme réservée et dévouée à son mari grossier et occupé, qui fera éclater sa frustration après quelques verres de whisky. 

                Qu’est ce qui ne marche pas alors ? D’abord un manque d’enjeux consternant, le motif de la réunion de ces deux couples étant une bagarre entre leurs deux fils et dont l‘objectif serait leur réconciliation. Il y aussi des dialogues moins bien écrits que d’autres, certains se révélant d’un démonstratif pédant et prétentieux (qui peut avoir son utilité dans certaines scènes en accentuant le côté « faux » des personnages). Mais le problème vient avant tout du jeu des acteurs. Le plus embarrassant est celui de Jodie Foster (et ça ne fait pas du tout plaisir de dire ça d’une actrice de sa trempe). Probablement parce qu’elle est la seule à ne pas avoir eu d’expérience scénique. Quoi qu’il en soit elle en fait des caisses, particulièrement lors de ses crises d’hystéries. Si Winslet se montre assez sobre dans la première partie du long-métrage, elle sombre ensuite dans le jeu excessif et agaçant lorsqu’elle devient ivre. C’est encore une fois d’autant plus dommage que cette actrice monstrueusement talentueuse vient d’enchainer trois mauvais rôles si l’on y ajoute sa courte participation dans Contagion et son interprétation consternante dans The Reader. 

                Les deux acteurs s’en tirent un peu mieux. Christoph Waltz a droit au personnage le plus drôle et cynique du film, et est particulièrement savoureux lorsqu’il répond machinalement aux appels innombrables qu’il reçoit sur son portable. Mais son jeu est beaucoup trop similaire à celui qui l’a propulsé au rang de star, soit l’ignoble et lâche Hans Landa dans Inglourious Basterds. Au final, seul John C. Reilly est pleinement crédible, sachant jouer sobrement le mari gentil et effacé tout en étant capable de péter les plombs dans une envie soudaine de rébellion contre le joug politiquement correct et écœurant de cynisme de sa femme libérale et de gauche. Ce sont d’ailleurs les interactions entre ces deux derniers qui constituent les scènes les plus réussies de Carnage. 

                Mais le gros point faible du long-métrage c’est à la fois la vacuité mais surtout l’inintérêt total que constitue le passage de cette pièce au grand écran. En effet, lorsqu’une pièce de théâtre est transposée au cinéma, c’est avant tout pour lui donner une nouvelle dimension ou un autre éclairage de par le changement de média. Le cinéma implique déjà un changement de perspective (la scène n’est plus unique) et de point de vue (le spectateur ne voyant plus l’histoire de sa propre place). Cela implique une mise en scène et une rythmique différente. Or, rien de tout cela dans Carnage. Rien dans le film ne justifie le besoin d’une transposition à l’écran. En gros, on regarde pendant une heure vingt (une durée courte au regard de la moyenne des films actuels mais qui parait durer tout autant de temps) ce que l’on appelle du « théâtre filmé ». Une pièce de théâtre transposée à l’écran sans qu’une seule fois celle-ci ne cède aux spécificités de l’art cinématographique. Polanski ne joue que sur le premier et le second plan pour séparer symboliquement les personnages.  

                C’est bien peu pour trouver un quelconque enthousiasme à cette retranscription vidéo devant laquelle ni les cinéphiles, ni les amateurs de théâtre ne trouveront de quelconque satisfaction. On perd juste en réalisme, en immédiateté et on ne gagne rien en implication. Le genre de projet ni à faire, ni à refaire. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mot, le film est un beau carnage où peu de choses peuvent être sauvées. Quand on en vient à dire que l’une des meilleures scènes du film est une séquence de vomi (il est rare de voir une femme aussi belle et classe que Winslet vider ses entrailles avec autant d’enthousiasme), c’est qu’il y a comme un petit problème dans le résultat final. 

NOTE à 3,5 / 10

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