Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Rare Exports – A Christmas Tale
- Film finlandais, norvégien et suédois sorti le 14 décembre 2011
- Réalisé par Jalmari Helander
- Avec Onni Tommila, Jorma Tommila, Per Christian Ellefsen,…
- Action, Comédie, Fantastique
Dans le Grand Nord finlandais, une équipe de chercheurs américains vient de découvrir ce qui pourrait bien être la tombe du Père Noël et s’apprête à dévoiler au monde la face cachée de ce personnage de légende.

Malgré ses airs de « pays de l’Art » qui souhaiterait ouvertement accueillir les mouvements artistiques étrangers, la France se montre pourtant étonnamment froide lorsqu’il s’agit de diffuser des œuvres autres que françaises et américaines. Il est évident que la large distribution de ces dernières vient de la toute puissance des majors hollywoodiennes et qu’il est peut probable qu’elles auraient été exposées avec autant d’enthousiasmes si cela n’avait pas été le cas. Tout ça pour dire que quand un film n’a pas d’une de ces deux nationalités, il peut se brosser pour avoir le droit à une grande visibilité. Pays de l’art et de la culture peut-être, mais dans le cadre du cinéma, les films autres qu’hexagonaux ou étasuniens ne peuvent espérer plus qu’un soutien de façade qui ne lui garantira au grand maximum qu’une vingtaine de salles dans tout le pays, et majoritairement en région parisienne.
C’est d’autant plus dommage que les films étrangers disposent d’une distribution moindre en fonction de leur véritable qualité (faudrait pas que les spectateurs français cessent de soutenir fièrement le cinéma bien de chez nous pour aller découvrir qu’on fait largement mieux ailleurs dans des pays dont on ne connait pas grand-chose). L’exemple type est le cinéma sud-coréen, qui s’est révélé comme un cinéma majeur depuis une dizaine d’années mais qui est sans cesse sacrifié de diverses manières à chacune des sorties de ses « fers-de-lance ». Dernièrement, c’est donc ce Rare Exports qui en a fait les frais. Campagne de promotion inexistante et distribution médiocre puisqu’il aura disparu des écrans d’ici une poignée de jours… Pour parachever le tout, on l’a affublé d’un titre ni français, ni anglais mais qui fait indubitablement crétin : Père Noël Origines. Les rares spectateurs à avoir eu la chance de le voir en salle seront clairement ceux qui ont réussi à passer outre la ringardise ultime et grotesque de cette appellation.
C’est pourtant bien dommage car, s’il n’est pas un chef d’œuvre du genre, Rare Exports dispose d’atouts indéniables. Il s’agit d’un film finlandais de Jalmari Helander, déjà auteur de deux courts-métrages, Rare Exports Inc. et Rare Exports – The Official Safety Instructions, qui étaient déjà liés au sujet même de son petit dernier. Rare Exports traine ses guêtres dans divers festivals depuis plus d’un an, dont celui de Gérardmer où il avait fait un passage remarqué en janvier dernier. Après moultes pérégrinations, les distributeurs ont finalement décidé que, Noël approchant, ce serait pas mal de le sortir dans une poignée de cinéma. Car Noël tient bien une place centrale dans ce petit film fantastique. Son originalité est qu’il ne s’intéresse pas aux zombies, aux vampires ou aux loups-garous (des figures étudiées depuis belle lurette sous toutes leurs coutures) mais à une figure mythologique dont on a vidé toute la substance horrifique : le père Noël, ou Santa Claus en langue anglaise. Ou comment les finlandais vont remettre sur le tapis tout ce que l’on croit savoir sur ce dernier.
Récupéré et lissé pour devenir entre autres l’étendard vendeur de Coca-Cola, le père Noël finlandais ne s’habille tout d’abord pas avec son célèbre costume rouge et blanc. Pire, il porte des immenses cornes de bouc dans ses vieilles représentations (le jeune héros s’amusera à les colorier en rouge afin de les cacher et de lui faire porter son désormais fameux bonnet). Mais le plus important réside en ce dernier point : là où la vision occidentale du Père Noël n’a gardé de lui que le fait qu’il récompensait les enfants sages, sa version finlandaise mettait avant tout l’accent sur les punitions qu’il donnait aux enfants qui n’avaient pas été sage (des fessées tellement fortes qu’il n’en restait même pas les os). Les vingt premières minutes sont donc chargées de remettre les choses en ordre afin que le spectateur ne se sente pas perdu. D’autant plus que cette description inquiétante joue un rôle important dans l’instauration de ce climat angoissant qui règne dans tout le reste du film. On sait à quoi s’attendre et la jubilation avec laquelle le metteur en scène garde un temps sa « star » hors champs (en plus d’une raison budgétaire qui obligeait la production à se serrer la ceinture) ne fait que renforcer ce suspense.
Malgré ses abords austères, un film finlandais n’étant pas immédiatement synonyme de « populaire » et son sujet pouvant dérouter au départ un public non averti, Rare Exports peut quand même être vu comme un film « grand public ». Pas forcément destiné aux jeunes spectateurs, le film de Helander devrait cependant plaire à toute une tranche de spectateurs qui ont été bercé dans leurs enfances par les productions Amblin des années 80. Car ce sont bien les ombres de Steven Spielberg, Robert Zemeckis et surtout de Joe Dante qui planent sur Rare Exports. L’histoire est principalement vue du point de vue d’un jeune garçon, rêveur et réservé, dont les parents sont séparés. Sa relation avec son père, avec qui il vit dans une bicoque perdue au fin fond de la toundra et à quelques mètres de la frontière russe, est pour le moins conflictuelle. C’est là que la marque Spielberg est la plus forte : l’apparition du fantastique n’a d’autres but que de permettre l’unification de cette cellule familiale qui s’était retrouvée divisée au début du film.
La patte « Joe Dante » est plus visible dans les aspects sombres de l’histoire. Rare Exports n’est d’ailleurs pas dénué d’humour noir et d’une certaine forme de cynisme, notamment dans sa dernière demi-heure. Les influences sont ainsi multiples : si d’un point de vue visuel on est assez proche de Spielberg (certains plans sont même parfois identiques), le propos ironique sur cette exploitation commerciale et abusive d’un mythe conduisant à un dévoiement de son sens initial et l’esprit « mauvais garnement » qui se dégage de certaines scènes vient clairement de Joe Dante. De même pour le portrait haut en couleurs du trio d’adultes qui paraissent presque sortir d’un cartoon. Et que dire de la fin qui emprunte directement aux dernières minutes des Aventuriers de l’Arche Perdue de Spielberg.
Rare Exports est très clairement le dernier grand film Amblin, au contraire de cette supercherie adoubée par la presse qu’était Super 8 et qui n’avait de ces productions « eighties » qu’une reprise béate et bête de leurs esthétismes. Les figures « classiques » y sont même reprises : le jeune garçon émerveillé et têtu qui va perdre une partie de ses illusions, le vieux milliardaire qui poursuit de façon obsessionnelle son vieux rêve (écho inévitable au riche Hammond de Jurassic Park, dont le film de Helander est un subtil remake), le père largué (Les Dents de la Mer ou Rencontre du 3ème type), le trio adulte quelques peu immatures (Les Banlieusards de Dante),… Même la musique ressemble à du John Williams : un thème entêtant et féérique répété ad nauseam au risque de trop surligner certaines séquences. Les effets spéciaux sont savamment employés et rendent le film plus cher qu’il n’a réellement couté. Le tout se termine par un final inquiétant, hypnotisant et magnifique où une centaine de vieillards courent nus dans la neige.
Si le film est bien trop court, parfois anodin et trop déférent par rapport à ses illustres modèles, il reste d’une belle originalité et d’une furieuse efficacité, mélangeant suspense, horreur, fantastique et humour noir à la perfection. Un beau divertissement comme on n’en fait plus souvent. Les Américains mais aussi les Français devraient en prendre de la graine. Helander montre avec brio comment on transforme un film à petit budget en un digne héritier du cinéma « eighties » de divertissement.
NOTE à 6,5 / 10
