Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Red Riding Hood
- Film américain sorti le 20 avril 2011
- Réalisé par Catherine Hardwicke
- Avec Amanda Seyfried, Gary Oldman, Billy Burke,
- Drame, Thriller, Fantastique
Une adolescente se retrouve en grand danger quand son village décide de chasser le loup-garou qui terrorisent la population à chaque pleine lune. Dans un endroit où tout le monde a un secret et est suspect, notre héroïne doit apprendre à suivre son coeur et trouver en qui elle peut avoir confiance.
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Tout cinéphile a au fond de lui quelques pulsions sadomasochistes. Quelque chose l'attire parfois chez certains films que tout (pitch, bande annonce, équipe technique, direction artistique...) annonce comme un navet de compétition. Malgré la médiocre qualité évidente de ces films, avant même leur visionnage en salles, le cinéphile ne peut parfois pas s'empêcher de tomber volontairement dans la gueule du loup. D'abord parce que pour critiquer il faut avoir vu, et ce même si la bande annonce montre bien que tout sera catastrophique (oui, certaines B.A. sont loin d'être mensongères et l'on peut deviner des mois à l'avance parfois ce que sera le film globalement sans vraiment se tromper). Mais aussi parce que c'est important de voir consciemment de mauvais film : cela remet en perspective ceux que l'on a vu précédemment et revalorise certains d'entre eux. Mieux vaut voir un navet de temps à autres afin de ne pas finir blasé après avoir enquillé un dixième grand film.
Bon, outre cette vaine et faible tentative d'auto-justification de ma part, qu'est-ce qui est potentiellement intéressant dans cette énième version du célèbre et cruel conte pervers de Charles Perrault ? D'abord, on se retrouve face à la parfaite illustration d'un certain état du cinéma actuel, principalement américain même s'ils sont loin d'être les uniques responsables. Le Chaperon Rouge est le produit type issue d'une industrie cinématographique à la fois condescendante et opportuniste, adaptant à tout va des sujets afin de les moderniser (comprenez, leur enlevez toute substance et particulièrement leur côté subversif) aux yeux du jeune public (et là comprenez les jeunes filles et garçons émo-goth de quinze ans en manque de noirceur et de tragédie pourvue qu'on n'y voit pas trop de sang et de sexe). Donc ce Chaperon Rouge c'est de la noirceur gentille et bien propre où les beaux jeunes hommes imberbes portent du gel afin de ressembler à des sous-Robert Pattinson anti-charismatiques ; à ce niveau-là ça finit par en devenir même angoissant.
De plus, ce Chaperon Rouge est le « nouveau film de la réalisatrice de Twilight - Fascination ». Visiblement bien vexé d'avoir été mise à l'écart de l'adaptation cinématographique de la série vampirique la plus consternante et réactionnaire de tous les temps après un premier opus parfois bien embarrassant mais sauvé par une certaine atmosphère pas désagréable, Hardwicke explore à nouveau le désir adolescent dans cette farce de mauvais goût. Direction artistique tellement hideuse que certaines attractions de Disneyland en paraitraient jolies ; effets spéciaux un tantinet à la ramasse ; bande originale exécrable ; casting aberrant... Sur ce dernier point, c'est Gary Oldman qui écrase la concurrence. Pourtant très talentueux, il surjoue comme jamais avec un accent grotesque et un personnage de religieux extrémiste ridicule habillé soit d'un vêtement violet écoeurant ou d'une amure en plastique. La seule qui s'en tire correctement est la plutôt mignonne Amanda Seyfried, qui sied plutôt bien au rôle de jeune fille oscillant entre innocence et sensualité provocante.
Cependant, ce film, en plus d'aseptiser ce conte subversif, viole une autre figure devenue mythique : le loup-garou. Catherine Hardwicke ou le fossoyeur des figures horrifiques à grande force évocatrice. Bon, pour faire office de loup-garou on a donc droit à un grand loup numérique au poil bien soyeux et « dark ». Difficile d'avoir peur face à cette bestiole plus proche des loups de Twilight que du monstre mi-homme mi-bête. Les scénaristes ont aussi cru judicieux de rajouter des pseudo-malédictions et quelques règles un peu aberrantes au sujet de la lune rouge qui changerait l'impact de la morsure (?!?). Vient alors le jeu assez attendu qui consiste à deviner qui est la bête. Et là difficile à dire tant Hardwicke passe son temps à faire de gros plans sur les yeux des personnages pour instiller lourdement du suspense. Les candidats sont nombreux mais on exclue très vite le « boyfriend » sombre tant les preuves abondent durant les trois premiers quarts du film afin de l'accuser et de nous induire en erreur. On pense aussi à Gary Oldman et on craint un temps le « twist » lamentable du chasseur qui est en fait sa propre proie. On soupçonne aussi la grand-mère (oui, oui), du moins c'est ce que tente Hardwicke par la scène détournée du « Mère-grand comme tu as de grandes dents » qui a dû amener Perrault à faire plus d'une fois un tour dans sa tombe.
Une fois le vrai coupable démasqué, on croit quelques instants à un sous-texte subversif. Grossière erreur puisque les vrais motivations du « loup » ne sont absolument pas d'ordre sexuelles mais plutôt à la limite de la niaiserie. Les cinq dernières minutes sont noyées sous des tonnes de clichés et de politiquement correct. Le tout se ponctuant sur une dernière scène nocturne qui fera baver quelques jeunes gothique qui ont un jour rêvé de croiser un gros toutou noir gentil en pleine forêt et qui sont friands de destins sombres et mélancoliques qui n'ont aucun rapport avec l'oeuvre adaptée (même en complète contradiction quand on y pense bien, imaginez : le petit chaperon qui devient ami avec le loup... on marche sur la tête). Hormis ce jeu de masques pas très bien orchestré ni très enthousiasmant, Le Chaperon Rouge version Hardwicke ne dispose d'aucun intérêt : absence de rythme, scénario connu, photographie ignoble, aucune audace de mise en scène...
Ce film n'est que le second d'une longue série : après la destruction de l'oeuvre de Lewis Carroll par un Tim Burton qui signait son pire film, Hardwicke réduit à néant toute la richesse et la subversion de ce conte encore bien actuel. Bientôt vont arriver d'innombrables nouvelles versions modernisées de contes célèbres (Blanche Neige, Hansel et Gretel, Maléfique,...) et il est probable que dans la plupart des cas le résultat soit kitsch, embarrassant et vide. Préparons-nous donc à la vague des « contes modernisés » qui arrive après l'essoufflement visible de celle des « super-héros ».
NOTE à 02 / 10
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