Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Source Code
- Film américain sorti le 20 avril 2011
- Réalisé par Duncan Jones
- Avec Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan, Vera Farmiga,
- Science-fiction, Action, Thriller
Colter Stevens se réveille en sursaut dans un train à destination de Chicago. Amnésique, il n'a aucun souvenir d'être monté dedans. Pire encore, les passagers du train se comportent avec lui avec familiarité alors qu'il ne les a jamais vus. Désorienté, il cherche à comprendre ce qui se passe mais une bombe explose tuant tout le monde à bord. Colter se réveille alors dans un caisson étrange et découvre qu'il participe à un procédé expérimental permettant de se projeter dans le corps d'une personne et de revivre les huit dernières minutes de sa vie. Sa mission : revivre sans cesse les quelques minutes précédant l'explosion afin d'identifier et d'arrêter les auteurs de l'attentat. A chaque échec, les chances de pouvoir revenir dans le passé s'amenuisent. Alors qu'il essaie d'empêcher l'explosion, ses supérieurs lui apprennent qu'un deuxième attentat est en préparation en plein coeur de Chicago et qu'il ne s'agit plus de protéger les quelques passagers du train mais la ville toute entière. La course contre la montre commence...
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Duncan Jones, fils de David Bowie, s'est fait remarquer l'année dernière avec son premier film, Moon. Pourtant sorti en direct-to-DVD en France, il s'est rapidement taillé une excellente réputation et a fini par l'amener dans la liste des jeunes réalisateurs talentueux que les studios commencent à s'arracher (il a fait partie de la courte liste des candidats potentiels pour le poste de réalisateur du Superman : Man of Steel désormais et malheureusement dévolu à Zack Snyder). La grande difficulté, en plaçant la barre aussi haut dès le premier long-métrage, est d'être capable d'enchainer sur un deuxième film qui confortera à la fois les capacités techniques du bonhomme, continuera à y souligner une même identité visuelle et thématique, s'attirera toujours les faveurs de la critique, du public et donc du studio. En clair, comment essayer de faire presque aussi bien que le premier coup d'essai, faire mieux étant excessivement rare.
Duncan Jones a donc eu l'intelligence de choisir un projet apparemment « mainstream ». Budget plus confortable, présence de « stars » au générique (même si Jake Gyllenhaal n'est pas encore du niveau de Brad Pitt ou de DiCaprio), scénario qui n'est pas de lui, ... Autant de facteurs qui pouvaient ainsi lui permettre une plus grande marge de manoeuvre, principalement au niveau de la mise en scène. Le résultat est un film de S.F. des plus honnêtes et bien faits. Ce n'est certes pas un chef d'oeuvre mais Source Code est ce qui se fait de mieux en termes de cinéma populaire américain. Le scénario est original, bien écrit et exploite de façon intelligente son concept de monde parallèle (puisque contrairement à ce que le pitch laisse penser, il ne s'agit pas vraiment de voyage dans le temps). Au même titre qu'Inception, mais en ayant recours moins souvent à des raccourcis scénaristiques, le film de Duncan Jones explore la frontière entre réalité et simulation, cette dernière paraissant plus réelle et désirable que le « vrai monde ».
Un film donc sur la perception dans tout ce qu'elle a de complexe, où chaque lieu ou personnage n'est pas vraiment ce qu'il semble être. Cela tombe bien puisque le héros, Colter Stevens, est chargé de retrouver le terroriste qui a fait exploser le train parmi lesdits passagers. Un jeu du chat et de la souris, dont le seul moyen de gagner est de percer les apparences et de deviner les pensées de ces voyageurs apriori normaux. Les motivations du terroriste sont d'ailleurs assez vite évacuées, laissent penser que Duncan Jones n'a que faire de ce type de détail. Mais cette histoire complexe demeure dans l'ensemble impeccablement traitée puisque l'on ne se perd jamais. L'autre obstacle non négligeable de cette trame est son côté répétitif, le capitaine Stevens étant obligé de revivre les huit dernières minutes de la vie d'un des passagers. Sur un concept assez similaire à l'excellent Un Jour sans fin, Duncan Jones réussit à varier cette même scène, notamment grâce à l'humeur changeante du héros (tantôt amusé par cette invention, tantôt énervé, tantôt déprimé).
La mise en scène est rythmée, ce qui n'était pas forcément chose aisé vu que la plupart des scènes de Source Code se déroule en « huis clos ». Il faut ajouter d'autant plus que, mis à par quelques rares effets pyrotechniques, Source Code n'est pas vraiment un film d'action. Visuellement peu d'audace, mais le tout est filmé de façon très honorable, sans grande faute de gout. Un point faible cependant, qui vient de la bande son où la musique peu inspirée et copiant les modèles du genre a parfois tendance à prendre trop de place, notamment dans le générique de début qui nous fait craindre un long-métrage quelques peu balourd. Le principal défaut du film sera néanmoins de se montrer un peu trop classique et prévisible. Le créateur du Source Code, interprété par Jeffrey Wright, est évidemment quelqu'un qui souhaite à tous prix, au mépris de toute morale ou déontologie (il attend depuis longtemps cette « crise »), que son invention soit enfin reconnue puis utilisée par l'Etat, lui apportant ainsi fortune et gloire.
Le héros lui-même est assez classique. Il est profondément marqué par son séjour militaire en Afghanistan, s'en veut d'avoir été si dur avec son père et est donc en quête de rédemption. De même son histoire d'amour est plutôt balisée, mais plutôt juste ce qui reste un avantage. Le terroriste est écrit avec moins de subtilité. Ces motivations meurtrières sont peu originales, mais le plus embêtant est cet éternel portrait psychologique un peu simpliste : un parano persuadé que le monde court à sa perte et qu'il est seul contre tous. Le film se plante même sérieusement lors du monologue explicatif du criminel, passage (pas forcément) obligé élaboré de manière très basique. Généralement ça passe ou ça casse, mais ici c'est clairement la seconde option qui l'emporte. De même, les cinq dernières minutes étaient fortement dispensables, Duncan Jones continuant à faire trop durer son long métrage alors qu'il aurait été plus habile s'il l'avait arrêté lors du sublime travelling arrière où tous les personnages sont immobiles (comme pour symboliser un instant qui s'étireraient indéfiniment).
Si le côté « happy end » peut décevoir, une des quelques fausses notes de Source Code peut-être imposée par les producteurs, le film de Duncan Jones se montre probablement sans le vouloir assez amoral, montrant une personne prenant le contrôle d'un corps en supprimant toute trace de l'ancienne personnalité de son occupant (une sorte de mort forcée). Le problème du scénario est d'être justement blindé de bonnes idées et de problématiques, mais qu'il ne les exploite jamais vraiment, préférant se focaliser sur une enquête et une romance terriblement bateau : le rôle de Michelle Monaghan est à ce titre un beau faire-valoir. Il est néanmoins intéressant que Source Code s'inscrive dans la lignée réflexive d'Inception, d'Avatar ou du cinéma des Wachowski, en explorant le « virtuel » et en le montrant comme plus fort, plus beau que la réalité. Une sorte de métaphore du cinéma où tout est possible, y compris réparer certaines erreurs.
Source Code n'est donc pas vraiment un film marquant, mais serait plutôt la version la plus aboutie de « l'entertainment à l'américaine ». Parcours balisé mais honnêtement écrit, idées originales, interprétation dans l'ensemble correcte, mise en scène au service de son histoire mais sans véritable fulgurance cependant... Source Code est un peu un film de scénariste, parfois pas assez ambitieux, mais toujours bien plus honorable que ces innombrables suites, « sequels », remake, adaptation de « super-héros » ou de jeux vidéo. Duncan Jones doit encore néanmoins transformer l'essai pour confirmer son statut d'artiste et plus uniquement d'artisan particulièrement doué.
NOTE à 6,5 / 10
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