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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Les Chemins de la liberté

                                                  

 - Titre original : The Way Back

 - Film américain sorti le 26 janvier 2011

 - Réalisé par Peter Weir

 - Avec Jim Sturgess, Ed Harris, Saoirse Ronan,…

  - Aventure, Drame

            En 1940, une petite troupe de prisonniers décide de s'évader d'un camp de travail sibérien. Pour ces hommes venus de tous les horizons, s'échapper de cet enfer ne sera que le début de l'aventure. Ensemble, ils vont parcourir plus de dix milles kilomètres, à travers la toundra sibérienne glacée, traversant les plaines de Mongolie, les fournaises du désert de Gobi puis les sommets de l'Himalaya pour franchir la Grande Muraille de Chine. Certains s'arrêteront en chemin, d'autres ne survivront pas aux épreuves. L'Inde - alors sous contrôle anglais - est le but ultime. Mais la route est longue, les rencontres risquées, les conditions physiques épouvantables, et chacun a ses secrets...

Colin Farrell, Jim Sturgess et Ed Harris. Metropolitan FilmExportMetropolitan FilmExport

            Important évènement de ce début d'année, le retour sur le grand écran d'un très talentueux réalisateur qui avait eu tendance ces derniers temps à se faire bien trop rare. Silence radio presque total depuis ce monument du film d'aventure et de voyage qu'était Master and Commander, l'australien Peter Weir revient aux affaires avec un autre « film de voyage ». Le sujet est ambitieux puisqu'il retrace la marche pour la survie d'un petit groupe d'hommes sur plusieurs milliers de kilomètres et à travers une panoplie de contrées hostiles.   

            Adapté du récit prétendument vrai fait dans le livre « A marche forcée » de Slavomir Rawicz, la véracité du propos important finalement très peu dans la crédibilité du long-métrage, Les Chemins de la Liberté avait, semble-t-il, tout pour être un périple épique et emphatique à la David Lean doublé d'un éloge à la nature et sa beauté, typique chez Weir mais aussi chez un réalisateur comme Terence Malick. Pourtant Peter Weir ne cède pas tout à fait aux sirènes de l'académisme. Son récit est nettement plus intimiste, toujours filmé à hauteur d'homme, ce qui n'empêche cependant pas une mise en scène valorisante des paysages traversés, et est moins une succession d'actes de bravoures audacieux qu'une suite de scénettes plus ou moins éloignées dans le temps retraçant des situations plutôt « ordinaires » et peignant le quotidien difficile de ces hommes. Peter Weir ne vise donc pas le spectaculaire et serait en fait tenté vers un récit épuré et contemplatif. Cette épuration visuelle se voit dans l'enchainement des décors filmés : d'abord une forêt enneigé où grouillent mille bruits, puis les rives campagnardes du lac Baïkal, le désert silencieux, plat et brulant de Gobi avant d'atteindre les sommets enneigés et dénudés de l'Himalaya.    

            Aspect épuré qui passe aussi par la mise en scène (parfois trop) classique de Weir et surtout par la caractérisation des personnages. Mis à part le héros principal dont on sait la raison de l'emprisonnement dès la séquence d'introduction, tous les autres membres du groupe ont des origines très floues. On ne sait pas quels ont été leur « crime », ni d'où ils viennent, ce qu'ils veulent faire une fois rentré chez eux... Chaque personnage est donc réduit à la plus simple figure, la plus simple expression. L'idée est originale, chacun devant prendre son temps pour découvrir l'autre qui peut être animé de mauvaises intentions sans qu'on ne le sache. Cela amène aussi une forme de tension dans le récit qui « happe » le spectateur qui cherche à savoir qui ils sont. La contrepartie est cependant le manque d'empathie que le spectateur peut ressentir à leur égard et surtout une certaine absence d'émotions entre les différents protagonistes qui peut poser problème lors du déroulement du récit.  

            Le film est doté d'un casting suffisamment talentueux pour faire oublier en grande partie ce désagrément. Et si l'on omet cette obligation pour une production de ce type de faire parler ses personnages, pourtant russes ou polonais, en anglais avec un accent à couper au couteau, la plupart des acteurs principaux livre des prestations au minimum honorables. C'est le cas de Jim Sturgess qui interprète le rôle du « jeune guide débrouillard » et de Colin Farrell qui surjoue légèrement, notamment par son accent, son personnage furieusement iconique de bandit un peu lâche mais aussi attachant (la dernière scène à son sujet est par ailleurs très émouvante). La jeune Saoirse Ronan, déjà très impressionnante dans le Lovely Bones de Peter Jackson,  livre une performance impressionnante avec cet unique jeune personnage féminin qui va se révéler surprenante et surtout nécessaire à la dynamique du groupe, qui commencera à communiquer à travers elle. Mais c'est surtout le formidable Ed Harris qui remporte le morceau dans son rôle d'Américain traumatisé par un évènement qu'il préfère taire. C'est bien simple, il livre une des plus intenses interprétations de sa carrière ; c'est dire si le bonhomme est bon dans le film de Weir.  

            On peut aussi noter la présence de Mark Strong durant les vingt premières minutes et qui incarne un prisonnier qui se persuade, pour survivre, qu'il va s'évader mais qui n'ose jamais le faire. Un rôle qui le change un peu des éternels méchants qu'il jouait l'année précédente dans Kick-Ass, Sherlock Holmes et le très mauvais Robin des Bois. Le film est traversé de passages et d'images assez marquants comme cette scène où le groupe d'homme se met à disputer de la nourriture à une meute de loup ou encore ce moment où la troupe bien affaibli, arrivant enfin aux portes de la Mongolie, réalise que le pays est lui aussi devenu communiste et qu'il doit encore continuer un long chemin pour être vraiment sauvé. De même, la mort de certains personnages est toujours filmée de façon respectueuse, sans pathos et parfois même de façon très poétique (le premier mort glacé par la neige de la toundra). On peut par contre regretter la fin très faiblarde du film, bâclée même, comme si Weir ne savait pas trop comment achever son récit, faisant un parallèle très fragile et pas des plus fins entre le parcours de ces hommes et le combat pour la liberté des pays de l'Est dominé par la dictature communiste de l'URSS.  

            Sans être son oeuvre la plus marquante ou la plus aboutie, Les Chemins de la liberté est une belle réussite de la part de Weir. Si l'on pouvait être amené à en attendre un peu plus après une aussi longue absence, le film avec lequel Weir revient demeure rempli de qualités de mise en scène et d'interprétations marquantes. Un film à la fois humaniste, captivant et magnifique qui n'a vraiment de fausse note que ses cinq dernières minutes et quelques difficultés d'attachement à certains personnages.    

NOTE à 7,5 / 10 

Saoirse Ronan. Metropolitan FilmExportMetropolitan FilmExport 

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