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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Elle s'appelle Ruby

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/31/04/20217764.jpg

Titre original : Ruby Sparks

Film américain sorti le 03 octobre 2012

Réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris

Avec Paul Dano, Zoe Kazan, Chris Messina,…

Comédie, Fantastique, Romance,…

Calvin est un romancier à succès, qui peine à trouver un second souffle. Encouragé par son psychiatre à écrire sur la fille de ses rêves, Calvin voit son univers bouleversé par l’apparition littérale de Ruby dans sa vie, amoureuse de lui et exactement comme il l’a écrite et imaginée.

      

Les noms de Jonathan Dayton et de Valerie Faris ne disent peut-être rien de prime abord à l’inconscient collectif. Pourtant leur précédent film  avait rencontré un immense succès et s’était facilement hissé comme l’un des meilleurs longs métrages américains « indépendants » (avec tout ce que ce terme a d’ambigu) de ces dernières années. Toujours rien ? Et si on ajoute qu’il s’agissait de l’histoire d’une mini-miss traversant les Etats-Unis dans un camping-car afin de participer à un concours de beauté ? Immédiatement, le titre de Little Miss Sunshine revient à la mémoire. Un beau succès public suivant un passage triomphal au Festival de Sundance et qui enchaina ensuite sur quelques nominations aux oscars. Après un aussi beau « premier coup » vient inévitablement l’interrogation suivante : « what’s next ? ».

Cette question de l’après-succès est centrale dans leur second film. Le héros, Calvin, est un jeune romancier qui a pondu un « best-seller » précoce lui conférant l’aura bien encombrante et handicapante de « génie artistique ». Une première œuvre tellement brillante, touchante et impressionnante que l’auteur a bien du mal à tenter de se surpasser. Comment faire mieux et différent sans décevoir ? Le fameux cauchemar de la page blanche, en quelques sortes, si ce n’est qu’il est en plus menacé d’être sur le champ cloué au pilori par le public s’il s’avérait que son second ouvrage ne confirmait pas les espoirs qu’il avait placé en lui. Son premier livre était-il un « one shot », une anomalie, un « coup de pot » ou n’est-il que la première étape d’une longue œuvre brillante ?

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/23/47/20193551.jpgDécalage

La première qualité du très beau Elle s’appelait Ruby (au plus doux titre original de Ruby Sparks) est d’abord de mettre en écho cette angoisse qui hante le personnage principal avec la propre semblable situation des deux metteurs en scène. Et la réussite du long métrage dépend de la nécessité simultanée que le personnage principal et les deux réalisateurs ont de parvenir à relever ce défi initial. Autant dire qu’ils réussiront évidemment avec un certain brio, bien que Calvin semble avoir dû souffrir bien plus que ses réalisateurs pour pouvoir y arriver. Dayton et Faris retrouvent à cette occasion le très jeune acteur déjà confirmé Paul Dano. Celui-ci avait joué un rôle secondaire dans Little Miss Sunshine et avait vu sa côte de popularité exploser lorsqu’il était parvenu à tenir tête à Daniel Day Lewis dans There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, ce qui n’est pas une mince affaire même lorsqu’on est une star confirmée (DiCaprio s’y était un peu cassé les dents dans Gangs of New York de Martin Scorsese).

Il partage l’affiche avec Zoe Kazan, actrice que l’on avait aperçue dans un rôle secondaire des Noces Rebelles de Sam Mendes où elle devenait la maitresse de DiCaprio (tiens ! comme tout se recoupe). C’est aussi elle qui écrit le scénario de Ruby Sparks. Autre anecdote : elle est l’actuelle compagne de Paul Dano. Une information « people » qui a un intérêt puisque ce qui se joue encore une fois à l’écran prend à nouveau une résonnance particulière hors champs. Comme si le couple Dano/Kazan tentait d’exorciser ses propres troubles et questionnements par le biais de la fiction. Il y a aussi une honnêteté et une fraicheur qui se dégagent du film grâce à cette complicité et cette entente non feintes. Ruby Sparks prend des allures d’autobiographie déguisée par le fait que l’œuvre soit écrite par l’un des deux membres du couple, transformant ainsi le long métrage en une introspection personnelle sur leur propre relation sentimentale.

Comme le récent film d’animation de Mamoru Hosoda, Les Enfants Loups, le long métrage de Dayton et de Faris part d’un postulat fantastique. Bien que formellement plus décalé et absurde que le film d’Hosoda, Ruby Sparks traite aussi son idée de la façon la plus crédible et la plus sérieuse possible. Comme un bon nombre de films de Steven Spielberg ou de M. Night Shyamalan, l’élément fantastique fait une soudaine irruption perturbatrice dans un monde normal où les jours se suivent et se ressemblent. Mais pas de débauche irréaliste encore une fois comme dans n’importe quel « blockbuster », cet élément décalé n’a en fait véritablement d’impact que sur la cellule familiale principale, et ici surtout sur le héros de l’histoire. Un élément fantastique qui doit permettre à ce dernier, une fois en contact avec celui-ci, de comprendre ses erreurs passées et de lui donner l’occasion de s’améliorer en conséquence.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/31/04/20198064.jpgDomination

Car malgré ces apparences lunaires et ces airs « à la Buster Keaton » qu’emprunte Paul Dano, Calvin est loin d’être un être touchant et agréable à vivre. Il apparait d’abord comme un jeune écrivain paumé, victime de son succès trop prématuré, et angoissé par ces « autres » ne souhaitant que se ruer sur lui pour obtenir des autographes et étant plus aveuglés par son aura de « célébrité » que par sa propre personnalité. A un tel point que le jeune écrivain se retrouve à suivre une psychanalyse. De jeune homme timide sympathique et très maladroit, Calvin va lentement changer aux yeux du spectateur pour devenir un tyran paranoïaque lorsqu’il découvrira le comportement odieux que prend peu à peu l’écrivain envers sa muse/création/petite amie.

Un être autoritaire notamment pour de fausses bonnes raisons. Il craint d’abord légitimement que son entourage ne découvre la nature pour le moins surréaliste de cette femme sortie tout droit d’un rêve et ne réagisse maladroitement en sa présence. Il a aussi une peur panique que la seule personne hors de sa famille qui l’aime vraiment pour ce qu’il est n’aille voir ailleurs et « l’abandonne », comme son ancien grand amour pour qui il voue une rancune terrible (mais comme le montrera le film, le véritable fautif n’est évidemment jamais celui qui est désigné dès le départ). Autoritaire enfin, et surtout, parce que Ruby est sa création et qu’elle ne peut donc que lui obéir tant que celui-ci n’aura pas décidé de la libérer, c’est-à-dire lorsqu’il aura pris la décision d’arrêter d’écrire ou de réécrire son portrait et donc une fois qu’il aura accepté de finir définitivement son second roman.

Si Ruby Sparks est une comédie romantique à la fois enjouée, inventive et dynamique, qui respecte les codes du genre à la lettre pour satisfaire au mieux son public, il n’est cependant pas dénué d’une certaine noirceur inhérente à son sujet. Car le film de Davis et Faris parle, de manière détournée et fantasmagorique certes, de soumission et de domination. Les deux réalisateurs dressent le portrait d’un couple faussement idyllique où l’homme forcerait la femme à répondre à ses moindres besoins et à être modelée par lui jusqu’à en perdre sa vie et sa personnalité,… Sans le savoir, Ruby est l’esclave de Calvin qui ne peut s’empêcher de changer sa « femme de rêve » pour la faire correspondre à ce qu’il a envie et pour sauver illusoirement son couple plutôt que de comprendre qu’il lui faut pour cela avant tout se changer lui-même. Cette problématique atteint une forme de climax émotionnel au cours d’une séquence aussi belle que dramatique, voire tragique dans ce qu’elle sous-entend, et qui voit le détraquement de Ruby par un Calvin démiurge et ivre de pouvoir. Et de même que le frêle et inconnu Paul Dano était parvenu à bout de son partenaire cannibale Day Lewis, Zoe Kazan met un point d’honneur à ne pas se laisser effacer par son conjoint maintenant plus reconnu. Elle livre une aussi réjouissante interprétation, sinon plus, que Dano.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/23/47/20193549.jpgSuccès

Derrière les très nombreuses séquences touchantes ou humoristiques du film se dégage ainsi un léger malaise venant des idées sombres qui découlent de cet excellent script. Le traitement comique et fantaisiste permet alors de rendre abordables ces thématiques bien adultes. Une comédie romantique qui n’est pas vaine, c’est-à-dire qui ne se contente pas de raconter une histoire d’amour complètement stéréotypée, voilà ce qu’est Ruby Sparks. Il y a une dimension didactique dans le film de Dayton et de Faris, un brin moralisatrice peut-être, bien que cet aspect soit plutôt judicieusement tempéré pour ne pas paraitre trop ronflant (à la différence du Take Shelter de Jeff Nichols, par exemple, qui se complaisait un peu trop dans sa vision alarmiste de la société américaine).

Mais Ruby Sparks ne perd jamais de vue son objectif premier, à savoir être avant tout une œuvre de divertissement. De ce point de vue, l’œuvre est une belle réussite et parvient sans mal à être plus inventive, rythmée, drôle et émouvante que la totalité des « blockbusters » américains de cette année, John Carter d’Andrew Stanton mis à part et sous réserve encore de quelques probables bonnes surprises tardives comme le SkyFall de Sam Mendes, L’Odyssée de Pi d’Ang Lee ou encore le Bilbo le Hobbit de Peter Jackson. Dans le domaine du faux-film de genre à petit budget, Ruby Sparks réussit et se démarque bien mieux que le récent « frenchy » Camille redouble de Noémie Lvovski. D’abord parce qu’il ne porte pas tout le long cette désagréable impression de « déjà-vu ». Aussi parce qu’il est nettement plus abouti formellement et qu’il ne souffre pas d’un montage trop saccadé, à la différence de Camille redouble qui concluait bien trop vite son récit comme si quelques scènes avaient été soudain malencontreusement écartées du « final cut ». On pourrait même dire l’inverse de Ruby Sparks et que, tout comme Les Enfants Loups de Mamoru Hosoda, le film aurait gagné à être légèrement raccourci au cours de son dernier acte.

Mais comme pour ce dernier, il s’agit de « chipotage » tant l’ensemble est parfaitement cohérent et bien construit. Un film qui ne délaisse pas la forme pour le fond et qui a su s’entourer d’une équipe, et notamment d’un casting, absolument parfait (le rôle, très secondaire au demeurant, d’Antonio Banderas est absolument hilarant). Doté d’une B.O. francophone très classe, d’un scénario original qui exploite intégralement son idée de base et d’une photographie colorée, presque pop, qui contraste judicieusement avec la majorité des productions « indépendantes » se voulant souvent plus réalistes et donc plus ternes voire granuleuses en termes d’images, Ruby Sparks a un peu tout pour plaire à un large public qui souhaite se détendre tout en regardant quelque chose d’intelligent. Un film de divertissement qui n’est ni dégradant ou humiliant pour le spectateur et qui lui offre le maximum qu’il puisse donner, cela se fait malheureusement de plus en plus rare par les temps qui courent. Que ce soit en Amérique (Ghost Rider 2, La Colère des Titans, Battleship, Dark Shadows, le remake de Total Recall, Abraham Lincoln - Chasseur de Vampires, Prometheus) ou bien de l’autre côté de l’Atlantique (Sur la Piste du Marsupilami, Les Seigneurs, Astérix et Obélix au service de sa Majesté, Stars 80).

NOTE :  7,5 / 10

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/69/46/20131728.jpg

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M
Well, I have seen this movie and it is a very light one about the relationships of a struggling writer and the figment of his creation that comes to life. There are a lot of comic moments in the film and I enjoyed it very much.
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