Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américain sorti le 18 août 2010
- Réalisé par Sylvester Stallone
- Avec Sylvester Stallone, Jason Statham, Jet Li,
- Action
Ce ne sont ni des mercenaires, ni des agents secrets. Ils choisissent eux-mêmes leurs missions et n'obéissent à aucun gouvernement. Ils ne le font ni pour l'argent, ni pour la gloire, mais parce qu'ils aident les cas désespérés. Depuis dix ans, Izzy Hands, de la CIA, est sur les traces du chef de ces hommes, Barney Ross. Parce qu'ils ne sont aux ordres de personne, il devient urgent de les empêcher d'agir. Eliminer un général sud-américain n'est pas le genre de « job » que Barney Ross accepte, mais lorsqu'il découvre les atrocités commises sur des enfants, il ne peut refuser. Avec son équipe d'experts, Ross débarque sur l'île paradisiaque où sévit le tyran. Lorsque l'embuscade se referme sur eux, il comprend que dans son équipe, il y a un traitre. Après avoir échappé de justesse à la mort, ils reviennent aux Etats-Unis, où chaque membre de l'équipe est attendu. Il faudra que chacun atteigne les sommets de son art pour en sortir et démasquer celui qui a trahi...
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Sylvester Stallone a bien ressuscité après avoir lui-même sauvé les deux franchises qui l'avaient popularisé avec Rocky Balboa en 2007 et John Rambo l'année suivante, clôturant les sagas d'une façon plus qu'honorable et émouvante. Revenu sur le devant de la scène et enfin réhabilité par la critique et le grand public, Stallone s'est ensuite lancé dans un projet rendant hommage au cinéma d'action bis des années 80 et réunissant la fine-fleur des acteurs les plus « badass » de l'époque. Le résultat est Expendables : Unité spéciale.
Si le dernier film de Stallone est aussi agréable à regarder c'est parce qu'il tient beaucoup plus du fantasme et du plaisir coupable que du simple film d'action bourrin. Nul doute que le film n'aurait absolument aucun intérêt sans le casting inédit dont il dispose tant les nombreux défauts s'accumulent. Le point faible principal vient d'abord de son scénario, rachitique au possible et rempli d'incohérences, de raccourcis et de manichéisme. Les personnages sont écrits à la truelle, la plupart d'entre eux se limitant à une caractéristique : Yin Yang, interprété par Jet Li, sert surtout à faire quelques pirouettes et à valoriser la pratique des arts martiaux ; Lee Christmas, joué par Jason Statham, se caractérise avant tout par son aptitude à bien manier les lames ;... Les différents personnages se divisent évidemment en deux célèbres clans : celui des gentils et celui des très méchants. Le seul qui varie un peu est celui de Gunnar Jensen, à qui Dolph Lundgren prête ses traits, mais ses retournements de veste ne sont pas très cohérents ; et leur explication par un traumatisme ou une perte de repère dû à l'étrangeté du « métier » qu'il pratique n'est pas très convaincante, surtout que l'ultime rebondissement à son sujet annihile toute crédibilité.
Mais le carnage n'est pas que scénaristique puisque même techniquement Expendables a de nombreuses défauts. En termes de mise en scène, Stallone n'arrive pas à assurer durant les scènes d'actions et cède à la mode actuelle de la caméra secouée et du montage trop rapide. Le résultat à l'écran est évidemment sans surprise, les scènes d'action sont dans l'ensemble complètement illisibles, notamment les poursuites en voitures. L'autre élément peu convaincant visuellement est la très médiocre qualité des effets spéciaux (numériques seraient plus exacts). Pour les expliquer on se retrouve face à deux théories. Cela peut être la volonté de Stallone afin de renforcer le côté « cheap » et décontracté d'Expendables qui se veut un hommage au cinéma bis d'action des années 80. Cependant les films de cette époque, s'ils avaient beaucoup de trucages pas toujours très convaincants, ne possédaient pas d'effets de synthèse. Mais la seconde hypothèse, très plausible malheureusement, est que, au vu de son casting de célébrités, une grande partie du budget soit allé directement dans la poche des acteurs engagés. Jusque là on a l'impression qu'Expendables est un énorme nanar. Mais deux éléments le sauvent très largement : l'humour et la nostalgie.
La première bonne idée de Stallone est justement de rire de son intrigue maigrichonne, de ses facilités. Le film se veut volontairement foutraque et se moque de ses incohérences probablement volontaires. De même Expendables ne se montre pas avare en « punchlines » cinglantes et mémorables entre ces gros bras qui s'en mettent plein la figure pendant une heure quarante. Le moment ultime étant atteint avec la fameuse scène, très attendue, de la confrontation Stallone - Willis - Schwarzenegger dans une chapelle, où chacun se moque des autres et font de nombreuses références à leurs carrières respectives et à leurs rivalités en tant que « rois du cinéma d'action ». Même dans ses fulgurances gores le film ne se prend jamais au sérieux en en rajoutant une couche qui rend les exécutions assez comiques et presque acceptables visuellement. Démarche nécessaire quand on assiste lors de la dernière demi-heure à un quasi-génocide.
Le second élément, la nostalgie d'une époque, est le plus important pour Expendables, le film ayant d'abord été conçu comme un hommage, un dernier tour de piste pour cette génération d'acteurs mal-aimés. Ce que l'on peut d'abord reconnaitre au film de Stallone, c'est une certaine audace : ce casting n'étant déjà à la base pas très « bankable ». De plus, en cette période où les têtes d'affiche sont plus stéréotypés et « factices » les unes que les autres, Stallone prend un risque, payant, en faisant de ces gueules cassées et de ce que l'on considère comme des « ringards » (Dolph Lundgren n'enchainant quasiment que des « direct to DVD » aux scénarios inconsistants) les héros d'un film « grand public ». Et malgré toute cette violence, le coeur même d'Expendables se révèle véritablement dans les séquences plus émotionnelles comme le touchant monologue d'un Mickey Rourke brisé en quête de rédemption, écho à son rôle dans The Wrestler. La « romance » entre Lee Christmas (Jason Statham) et Lacey (Charisma Carpenter), aussi clichée soit-elle, est révélatrice de la condition de ces artistes : rejetés, critiqué,... Avec ce film finalement, plus qu'un tour de piste, Stallone leur offre finalement une sorte de résurrection.
Malgré son côté foutrement jouissif et fun, Expendables ne vaut donc avant tout que par son casting tant le film semble réalisé à la va-vite. Mais cependant, le film de Stallone reste un émouvant témoignage d'une époque et un baroud d'honneur pour de nombreux acteurs de films d'action qui ont été banni des sphères fréquentables du septième art. Toute proportion gardée, Expendables est en fin de compte un peu au film d'action bourrin ce qu'Impitoyable fut au western : une remise en question crépusculaire d'un genre et des personnages qui s'y cotoient.
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