Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film français sorti le 08 septembre 2010
- Réalisé par Xavier Beauvois
- Avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin,
- Drame
Durant les années 1990, dans un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s'installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour...
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Grand favori pour la Palme d'or lors du dernier Festival de Cannes et grande surprise de la Sélection au point de bénéficier de critiques pour le moins dithyrambiques, Des Hommes et des Dieux est reparti avec le Grand Prix. Le film de Xavier Beauvois est arrivé sur les écrans en ce début de septembre, période pourtant peu favorable d'un point de vue du box office, et qui pourtant est en passe de réaliser un très beau succès public. Certes la concurrence n'est actuellement pas très rude et malgré le fait que le film ne soit pas exempt de défauts, mais il est assez agréable de noter qu'une production française un tant soit peu exigeante et correctement réalisée réussisse à cartonner sur son propre territoire où les grands succès hexagonaux se limitent avant tout à la comédie (souvent) ratée.
Bénéficiant du label « inspiré de faits réels », lui conférant une aura assez sérieuse, le film de Beauvois retrace comme on le sait, à moins d'avoir échappé au rabâchage médiatique, une « tragédie annoncée » ; même si le film se garde constamment de révéler l'issue finale avant la dernière scène. Comme intimidé face à son sujet dramatique, le film de Beauvois s'enferme parfois un peu trop dans une austérité et une solennité qui peut rebuter. Le film n'est pas non plus avare en très longs silences et en séquences solennelles de prières, nécessaires effectivement pour bien retranscrire l'atmosphère et le quotidien de ce monastère. Cependant certaines d'entre elles auraient mieux valu être coupées ou raccourcies. Au niveau des défauts, on peut aussi regretter une mise en scène trop statique et frileuse, souvent en plans fixes ce qui a une fâcheuse tendance à plomber le rythme. L'absence d'une bande originale autre que les chants liturgiques et un morceau du « Lac des cygnes » de Tchaïkovski par le biais d'une radio (très belle scène d'ailleurs quoiqu'un peu facile) renforce cette austérité et cette volonté d'un traitement réaliste du sujet de la part de Beauvois.
Ce n'est donc pas d'un point de vue strictement technique et esthétique que Des Hommes et des Dieux est un film plutôt réussi. Mais le long-métrage de Xavier Beauvois a comme qualité première d'avoir un traitement scénaristique intelligent, véhiculant de nombreuses thématiques et illustrant brillamment les dilemmes qui se posent à l'esprit de ces moines menacés, hésitant sur le choix qu'ils doivent faire et qui influencera le cours de leurs existance. Beauvois privilégie donc les longs gros plan afin de capter les regards qui en disent long et de lire la peur sur les visages de ces moines. Mais si le fil conducteur du récit est la résolution de ce dilemme (rester et mourir ou fuir et abandonner pour vivre), Beauvois s'intéresse aussi sur la relation qu'entretiennent ces moines avec la population musulmane, à la fois pacifique et bénéfique pour les deux « camps ». Des Hommes et des Dieux veut avant tout être un film qui prône un message de tolérance à une époque où ces deux religions sont plus que caricaturées.
Mais si le Des Hommes et des Dieux marche aussi bien, notamment auprès du public qui est en train de lui faire un triomphe, ce n'est pas tant par son sujet grave mais par ses acteurs qui se donnent complètement au film. Chaque acteur arrive à rendre son personnage différent et attachant et aucun de ces huit moines n'est laissé en retrait par rapport aux autres. C'est aussi en cela que le film est bon puisque chaque acteur apporte sa propre personnalité dans le moine qu'il interprète (ce qui rend par exemple le personnage joué par Michael Lonsdale particulièrement attachant). Sujet oblige, les acteurs évitent le sur-jeu et semblent souvent perdu dans leur méditation, privilégiant les gestes et les regards pour faire passer des émotions plutôt que par la parole.
Du film de Xavier Beauvois se dégage une harmonie, un sentiment d'apaisement. Mais cette impression de calme sert surtout à annoncer implicitement l'arrivée inévitable de la tempête. Une menace qui se rapproche de plus en plus au fil des séquences d'exécutions, souvent hors champs. Régulièrement cachées, éclipsées car cette communauté fermée refuse un temps de voir la réalité des choses. Choix judicieux du metteur en scène puisqu'il entraine les spectateurs à observer les évènements de manière distancié, ne les amenant que doucement à réaliser l'ampleur et la dangerosité de ce qui se prépare. Enfin, l'une des dernières qualités de Des Hommes et des Dieux, et pas des moindre, c'est qu'il ne prend jamais parti et ne stéréotype ni la communauté monastique ni la communauté musulmane.
Jamais Beauvois ne critique l'engagement religieux de ces moines qui doutent, et il refuse encore plus de faire de Des Hommes et des Dieux un film pour catholiques. En s'intéressant moins à la question de la foi que sur la notion de sacrifice et de tolérance, Beauvois fait de son long-métrage certes trop austère, épuré et parfois répétitif, un film profondément humain et universel. C'est d'ailleurs la clé de son grand succès public aujourd'hui.
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