Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

The Housemaid

                                                 

 - Film sud-coréen sorti le 15 septembre 2010

  - Réalisé par Im Sang-soo

 - Avec Jeon Do-yeon, Lee Jung-jae, Youn Yuh-jung,…

 - Thriller, Drame

            Euny est engagée comme aide-gouvernante dans une riche maison bourgeoise. Le mari, Hoon, la prend pour maîtresse. La vie de toute la maison va alors basculer...

Jeon Do-Yeon et Lee Jung-jae. Pretty PicturesJeon Do-Yeon. Pretty Pictures

            On le sait tous, l'exercice du « remake » est l'un des plus risqués dans l'univers du septième art. En plus d'être une démarche assez souvent purement opportuniste, il assez exceptionnel que la seconde version se démarque vraiment de l'original, et il est d'ailleurs encore plus rare que le remake surpasse le premier film. Mais contrairement à ce que bon nombre pense, simplifiant à outrance sûrement pour se donner bonne conscience, le phénomène est bien loin d'être simplement américain. Le réalisateur sud-coréen Im Sang-soo n'a, pour sa part, pas choisi la facilité. Il décide de revisiter, un demi-siècle après sa sortie, La Servante de Kim Ki-young, film considéré comme un grand classique là-bas.  

            A première vue, il n’y a pas de sujet plus inintéressant qu'une histoire de maîtresse qui s'immisce dans un couple et qui y met le bazar tant cela a été (sur)exploité dans un bon nombre de films / livres / oeuvres artistiques en général. Cependant le long-métrage d'Im Sang-soo arrive d'une façon intelligente à se démarquer. D'abord par une mise en scène plutôt baroque, qui tranche d'autant plus avec la froideur des décors (une immense maison moderne pendant près des trois quarts du film). Froideur qui est amplifiée par le fait que l'histoire se déroule en plein hiver et au milieu de paysages souvent enneigés, amenant parfois une atmosphère légèrement surréaliste. Froideur qui se retrouve aussi dans le peu d'émotions qui émerge lors de la première heure du film. The Housemaid se révèle d'ailleurs bien peu torride et assez avare en scènes érotiques ; on retiendra cependant une séquence où les corps des deux amants sont filmés en très gros plans, laissant suggérer l'intensité de leur rapport sexuel. Mais c'est par ce côté renfermé, neutre (avec l'omniprésence du blanc, une absence d'émotions pour accentuer l'aspect impersonnelle de cette famille,...) que ce justifie la mise en scène baroque d'Im Sang-soo. Car elle annonce implicite l'éclatement de toute la folie des personnages qui était jusque là réprimée. 

            L'origine de cet éclatement est évidemment l'arrivée de la servante au sein de cette maison dont les propriétaires lui sont bien supérieurs socialement. C'est aussi ce rapport de force qui fait la particularité de The Housemaid. Le film ne se limite donc pas à une relation amant / maitresse en y ajoutant une relation de type maître / esclave. Car Euny est la victime de Hoon. Elle doit lui obéir car elle est sa servante. On pourrait même se risquer à employer ici le terme d'« esclave ». Et elle ne peut lui résister car elle lui est inférieure socialement, psychologiquement (elle est souvent traité de « naïve comme une enfant ») et de par son sexe. Le problème c'est qu'elle prend vite goût à cette relation dégradante qui débute lorsqu'elle accepte de boire le vin que transporte constamment Hoon. Car l'équilibre est rompu à partir du moment où la servante est autorisée à bénéficier d'un des privilèges des aristocrates. A un tel point qu'Euny va faire basculer le rapport de force et se retrouver en position dominante. Position qu'elle n'aurait jamais dû avoir et qu'elle va avoir en plus l'audace d'assumer. C'est la plus terrible des insultes pour cette famille et le conflit va prendre une tournure de plus en plus violente. 

            La donne a changé à partir non pas de la découverte de la liaison par la femme d'Hoon, Hera, mais du fait qu'Euny soit enceinte, pouvant ainsi prouver cette liaison et faire chanter le maître de maison, en plus de déshonorer toute cette famille qu'elle sert. On y retrouve cette légère touche fantastique car la paternité d'Hoon sur l'enfant qu'elle porte n'est jamais certifiée (la liaison interdite ne se limitant soi-disant que par voie orale). Le film vire alors au thriller puisque le spectateur assiste aux manigances de la famille pour amener Euny à céder sous le poids des pressions. Particulièrement celles de la belle-mère qui cherche à laver l'honneur et de la femme jalouse de Hoon qui cherche à se venger des deux amants (de leur liaison sexuelle mais aussi de l'outrage qu'elle a subit lorsque son mari s'est détourné d'elle pour une « moins-que-rien »). La seconde heure du film se focalise essentiellement sur ce bras-de-fer à la fois psychologique et social. En effet si Euny tient bon, toutes ces valeurs archaïques qui caractérisent l'aristocratie coréenne s'effondreront symboliquement. Au final, le film d'Im Sang-soo n'est qu'à moitié optimiste. Car Euny ne pliera jamais. Cependant son destin demeure tragique et la dernière scène où elle apparait n'est que la conséquence inévitable de cette terrible confrontation. Cette scène, véritablement surréaliste pour le coup, fait écho à la scène d'introduction, qui semblait alors à part du reste du long-métrage, et y rejoint donc la thématique initiale qui était celui de la mort comme spectacle. De cette mésaventure la riche famille y abandonnera sa dernière parcelle d'humanité pour ensuite s'enfermer dans une autarcie ridicule, presque autiste. 

            The Housemaid n'est donc pas vraiment un thriller sulfureux se basant sur l'habituel trio mari / femme / maîtresse, mais est plutôt le portrait d'une aristocratie démente, aberrante et décadente. Un film où la folie trop longtemps contenue n'attend qu'à être libéré dans une explosion de violence et dont les victimes ne seront que « ceux d’en dessous ». Un film baroque donc, dont les images sont magnifiques, l'interprétation impeccable (particulièrement Lee Jung-jae, l'interprète de Hoon, qui est absolument glaçant et autoritaire ainsi que la sublime Jeon Do-Yeon incarnant l'héroïne), mais qui ne se démunie pas de l'humour toujours présent dans les films coréens. Et ce jusque dans la toute dernière scène où le couple d'aristocrates n'aura jamais été aussi inquiétant et grotesque.

* * * * *         

Lee Jung-jae, Seo Woo et Jeon Do-Yeon. Pretty PicturesPretty Pictures

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article