Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : The Eagle
- Film britannique sorti le 04 mai 2011
- Réalisé par Kevin Macdonald
- Avec Channing Tatum, Jamie Bell, Donald Sutherland,
- Drame, Péplum
En 140 après J.-C., l'empire romain s'étend jusqu'à l'actuelle Angleterre. Marcus Aquila, un jeune centurion, est bien décidé à restaurer l'honneur de son père, disparu mystérieusement vingt ans plus tôt avec la Neuvième Légion qu'il commandait dans le nord de l'île. On ne retrouva rien, ni des cinq milles hommes, ni de leur emblème, un Aigle d'or. Après ce drame, l'empereur Hadrien ordonna la construction d'un mur pour séparer le nord, aux mains de tribus insoumises, du reste du territoire. Pour ces Romains, le mur d'Hadrien devint une frontière, l'extrême limite du monde connu. Apprenant par une rumeur que l'Aigle aurait été vu dans un temple tribal des terres du nord, Marcus décide de s'y rendre avec Esca, son esclave. Mais au-delà du mur d'Hadrien, dans les contrées inconnues et sauvages, difficile de savoir qui est à la merci de l'autre, et de révélations en découvertes, Marcus va devoir affronter les plus redoutables dangers pour avoir une chance de trouver la vérité...
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Kevin Macdonald est un des « jeunes » réalisateurs américains les plus prometteurs apparus au cours de la décennie précédente depuis La Mort suspendue, les documentaires Un Jour en septembre et Mon meilleur ennemi, et évidemment le très marquant Dernier roi d'Ecosse. Après un thriller politique un poil décevant, intitulé Jeux de Pouvoir, il revient avec un péplum, genre pourtant plus très en vogue à Hollywood ces derniers temps, et sur un même sujet qu'un film assez récent, Centurion de Neil Marshall.
Malheureusement, et c'est ce que laissait présager sa sortie sans cesse repoussée, le film n'est pas du niveau d'un Gladiator. En effet, le résultat final se révèle assez décevant par rapport au talent de Macdonald. Les raisons en sont assez diverses mais n'ont heureusement souvent pas de rapport direct avec le réalisateur. La principale faiblesse vient d'un scénario très balisé, jamais novateur ou surprenant. Les rebondissements sont prévisibles plusieurs minutes à l'avance et laisse le spectateur en terrain (trop) connu. Le paroxysme est atteint lors d'un final en total décalage avec le reste du récit et largement dispensable puisqu'il semble avoir été rajouté à la dernière minute par les producteurs. Certains protagonistes ne sont pas assez approfondis, se limitant de temps à autre à un statut de « personnages-fonctions » ; celui incarné par Tahar Rahim est par exemple trop réduit au titre de « méchant du film » (oui il en fallait bien un). Le héros est évidemment traumatisé par un évènement passé et cherche à « aller au-delà » et à retrouver l'honneur perdu de sa famille, ce qui donne lieu à un nombre incalculable de tirades plus ou moins émouvantes et élogieuses sur l'honneur, le courage et la loyauté.
Une quête très classique donc qui pâtit encore plus de l'absence de charisme et de jeu de l'acteur principal Channing Tatum. Ressemblant plus à un mannequin ou à une icône gay, il n'arrive pas à faire ressentir une seule émotion. Toujours bien rasé et coiffé, il n'est crédible qu'à de très rares moments. A l'inverse, son partenaire dévore littéralement l'écran. Il s'agit de Jamie Bell, le futur Tintin dans le film de Spielberg. Ce n'est pas une nouveauté pour ceux qui ont vu Billy Elliot, King Kong ou Les Insurgés mais L'Aigle de la Neuvième Légion le montre cette fois plus nuancé et sombre que d'habitude. Et si son personnage est largement survolé, Tahar Rahim livre une prestation assez réussie et marquante. Mais le film de Kevin Macdonald se montre cependant assez surprenant de par sa mise en scène et l'atmosphère qui s'y dégage. En effet, si certaines séquences de batailles sont parfois illisibles, la faute à une caméra trop secouée et à un montage trop rapide, L'Aigle de la Neuvième Légion est dans l'ensemble un vrai bijou esthétique. Les paysages écossais sont constamment sublimés par la photographie très travaillée d'Anthony Dod Mantle et il s'en dégage une ambiance parfois à la limite du fantastique (les premiers plans du film notamment ainsi que la scène se déroulant sur le lieu d'une ancienne bataille).
C'est en cela que se démarque le long-métrage de Macdonald : L'Aigle de la Neuvième Légion ne réemploie pas tant les codes du péplum et préfère favoriser une forme de minimalisme et de lenteur. A l'exception d'une courte bataille au début, le film ne possède que peu de moments épiques et de grande ampleur. A côté d'une certaine ambiance fantastique, le film de Macdonald emprunte aussi beaucoup au western. Le premier assaut ressemble plus à une version « antique » d'Alamo qu'à la séquence d'ouverture de Gladiator. De même, les Pictes peinturlurés sont très proches physiquement des Indiens d'Amérique du Nord. De façon plus large, le film est en fait une métaphore de toute situation de colonisation, d'occupation. D'où un rapprochement intelligent avec le western rappelant les rapports très tendus entre les Américains et les Amérindiens. Mais le film dispose ainsi d'un sous-texte politique, parfois asséné un peu lourdement, mais qui amène le film à essayer d'être un peu plus qu'un simple film d'aventure.
Kevin Macdonald revendique d'ailleurs une analogie volontaire avec l'intervention américaine en Irak ou en Afghanistan, analogie qui est entre autres renforcée par le côté « G.I. » de Tatum. Contrairement à bon nombre de films américains sur ce type de sujet, L'Aigle de la Neuvième Légion s'attarde aussi assez judicieusement sur le point de vue des « colonisés », montrant ainsi leurs souffrances face à la perte de leur identité, de leurs traditions par le rouleau compresseur impérial que rien ou presque ne semble arrêter. Macdonald dresse alors un constat assez pessimiste sur l'incompréhension entre les peuples ; d'ailleurs le fait de faire ressembler les Pictes à des Indiens américains ne fait qu'amplifier l'idée d'un décalage entre eux et les Romains. Ils apparaissent comme une sorte d'anomalie bien plus éloignée et incompréhensible encore que la figure du « barbare » classique telle qu'on la voit dans la bataille d'introduction. Cet éloignement presque anachronique sous-entend l'idée d'une compréhension quasi impossible : l'autre est trop différent pour une possible entente.
Le rapport entre soumis et conquérant est au coeur du film. En effet, comme tout « road movie » qui se respecte, le péplum de Macdonald réunit deux personnages complètement opposés qui vont être obligés de passer outre leurs différences pour arriver au bout de leur quête commune. D'un côté donc, le centurion valeureux et civilisé ; de l'autre l'esclave breton dont la famille a été décimée par les Romains. Obligé d'obéir de par son statut d'esclave alors qu'il déteste tout ce que représente son maître. Pendant tout ce voyage la tension est constamment maintenue par cette question : une fois perdue dans la nature, sans aucune trace de civilisation et reléguant alors les personnages à un même statut, l'esclave va-t-il trahir son maître et inverser le rapport de force ? La réponse est évidemment oui et amène ainsi le héros à devoir changer de point de vue, à s'identifier à ceux qu'il méprisait et combattait autrefois. Un basculement nécessaire pour réaliser pleinement l'échec d'une telle entreprise impérialiste.
Assez brutal et inattendu sur la forme, surtout pour une production de ce type, mais pas assez surprenant dans le fond, L'Aigle de la Neuvième Légion est donc une oeuvre en demi-teinte. Plutôt réussie et envoutante lors de moments contemplatifs ou de tension, agaçante lorsqu'elle s'acharne à obtenir une crédibilité par son message politique « subversif », et ennuyeuse lors des scènes de corps-à-corps incompréhensibles. Le nouveau film de Macdonald déçoit car il est en dessous des talents du réalisateur et du niveau de l'équipe réunie qui promettait bien plus. Reste une aventure divertissante et « exotique » mais qui n'aura vraisemblablement aucun impact sur le genre. Dans la catégorie « rencontre du troisième type » avec des barbares, le Valhalla Rising de Refn était un poil plus abouti et prenant.
NOTE à 6 / 10
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