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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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L'Illusionniste

                                                    

 - Film français sorti le 16 juin 2010

 - Réalisé par Sylvain Chomet

 - Avec Jean-Claude Donda, Edith Rankin

 - Animation

            A la fin des années 50, une révolution agite l'univers du music-hall : le succès phénoménal du rock, dont les jeunes vedettes attirent les foules, tandis que les numéros traditionnels - acrobates, jongleurs, ventriloques - sont jugés démodés. Notre héros, l'illusionniste, ne peut que constater qu'il appartient désormais à une catégorie d'artistes en voie de disparition. Les propositions de contrats se faisant de plus en plus rares, il est contraint de quitter les grandes salles parisiennes et part avec ses colombes et son lapin tenter sa chance à Londres. Mais la situation est la même au Royaume-Uni : il se résigne alors à se produire dans des petits théâtres, des garden-parties, des cafés, puis dans le pub d'un village de la côte ouest de l'Ecosse, où il rencontre Alice, une jeune fille innocente qui va changer sa vie à jamais...


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            Après quelques semaines assez dénués de sorties un tant soit peu intéressantes, L'Illusionniste arrive comme une bouffée d'air frais. Pour plusieurs raisons. D'abord c'est un film d'animation français, ce qui est suffisamment rare pour ne pas passer à côté. Il est en plus franchement réussi. Et enfin il est adapté à partir d'un scénario vieux de cinquante ans de Jacques Tati et qui n'a jamais pu être porté à l'écran. Convaincu par la femme de ce dernier, Sylvain Chomet a accepté de le réaliser par le biais du dessin animé, le meilleur support pour ce script selon elle.

            Si L'Illusionniste était assez attendu c'est certes parce qu'il a été souvent repoussé mais aussi parce que Sylvain Chomet a réalisé en 2003 Les Triplettes de Belleville. Et bonne nouvelle, L'Illusionniste répond à presque toutes les attentes qu'on avait placé dans le projet. D'un point de vue esthétique d'abord. Le film de Chomet, fait de manière « artisanale » c'est-à-dire en 2D, révèle une finesse et une simplicité dans le dessin qui le rend immédiatement séduisant. Les décors sont à la fois détaillés, assez réalistes pour paraitre suffisamment crédibles tout en gardant une certaine fantaisie inhérente au sujet et au héros du film. Que ce soit les landes écossaises cachées dans un brouillard mystérieux, région que Chomet connait d'ailleurs plutôt bien, ou les paysages et les décors rétros de la ville d'Edimbourg, l'atmosphère que dégage le long-métrage n'est justement pas sans rappeler celle que dégageaient les comédies et les drames français de la fin des années 50. En plus de la simplicité du dessin, l'universalité du film de Chomet vient aussi du peu de dialogue, les personnages baragouinant un anglais et un français volontairement incompréhensible dont n'émergent que quelques mots aidant à comprendre l'intention. De même ce peu de dialogue amène Chomet à favoriser un comique d'image comme avec les séquences mettant en scène le lapin du magicien. Ce comique est évidemment celui de Tati mais aussi celui d'acteur comme Chaplin ou Buster Keaton ; c'est en cela que L'Illusionniste peut rappeler la première demi-heure de Wall-E qui, loin d'être muette, était dénué de tout dialogue.

            Cependant L'Illusionniste n'est pas vraiment un film principalement destiné aux enfants. D'abord pour son rythme et sa mise en scène. Le long-métrage étant assez lent mais surtout réalisé de manière un peu trop classique et statique (trois ou quatre travelings sur ces une heure quarante et qui semblent malheureusement bien trop décalés par rapport au reste). Certes ce parti pris est un hommage aux films de l'époque mais il entraine quelques baisses de régime lorsque la trame fait un peu du surplace. Le jeune public pourra aussi être désarçonné par l'humour qui y est relativement peu présent et pas forcément des plus « efficaces » (dans le sens qu'il est plus dans le non-dit et l'imagé que dans le gag direct, les clins d'oeil, etc... d'un film comme Shrek ou des autres productions animé du type de celles produites par Dreamworks). Et le film de Chomet est avant tout un long-métrage nostalgique qui s'intéresse principalement à la vieillesse, ce qui le rapproche assez de la mélancolie de Là-haut. Il illustre aussi sur le passage, parfois difficile, d'une génération à une autre. D'un côté Tatischeff, le vieux magicien clairement identifié comme Tati lui-même que ce soit par son physique, ses attitudes, sa démarche... Chomet pousse ce parallélisme à un tel point que, dans une formidable mise en abime, il fera entrer son héros dans une salle de cinéma où il verra son vrai double à l'écran lors d'une projection de Mon Oncle. Ce magicien peine à continuer son métier passé de mode face à un nouveau public plus passionné par le rock (le groupe Britoons qui singe allègrement les Beatles). C'est donc le récit d'un homme qui lutte pour ne pas être jeté de la société et qui s'acharne à s'adapter à ce monde qu'il ne comprend plus et qui ne le comprend plus.

            Sans jamais tomber dans un passéisme qui en ferait un film uniquement pour le troisième âge, L'Illusionniste garde au contraire une certaine forme d'espoir. Certes le magicien n'aura pas droit à son retour triomphal, à sa « résurrection » et il écrira même vers la fin du long-métrage à sa protégée que les magiciens n'existent pas. Mais cet espoir s'incarne dans le personnage d'Alice qui va évoluer aux côtés du magicien dont elle semble fascinée. Venant d'un village perdu dans la lande écossaise, elle s'affirme peu à peu comme une citadine modèle après son déménagement à Edimbourg. Elle cherche d'abord à ressembler aux mannequins qu'elle croise dans les magasins et elle y parviendra à un tel point qu'elle deviendra un modèle pour les nouvelles arrivantes (scène sublime où la situation est enfin renversée : Alice après avoir admiré et envié de nombreuses femmes chics est enfin à son tour regardé avec envie par une jeune fille qui vient visiblement de la campagne). La dernière étape pour elle sera de se dégager de l'aile protectrice du magicien pour enfin vivre sa propre vie et quitter ce monde de l'enfance où elle restait émerveillée par la magie et qui pensait, jusqu'au mot décisif de Tatischeff, que les magiciens existaient vraiment. Elle décide de vivre avec quelqu'un d'aussi jeune qu'elle, s'émancipant enfin de sa relation père/fille avec Tatischeff, laissant seul ce dernier qui accepte de partir pour la laisser libre mais symbolisant surtout ce passage définitif d'une nouvelle génération.

            L'Illusionniste est donc un film réussi qui, sous son apparence de simplicité sur la forme mais aussi sur la trame principale, parvient à dégager des thématiques vraiment matures et mélancoliques sans jamais se départir d'une certaine forme d'optimisme doublé d'une bande son des plus élégantes composée par Chomet lui-même. A l'inverse de ce que croit le personnage principal, L'Illusionniste nous prouve que les magiciens existent bien.

* * * * *                                                                                                   

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S
SeotonsJ'aime bien ce blog !
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S
SeotonsAh je suis tombé par hasard sur ce blog, il est vraiment sympa !
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