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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Largo Winch II

                                           

 - Titre original : Largo Winch II

 - Film français sorti le 16 février 2011

 - Réalisé par Jérôme Salle

 - Avec Tomer Sisley, Sharon Stone, Ulrich Tukur,…

 - Aventure, Action

            Propulsé à la tête du groupe W après le décès de son père adoptif, Largo Winch décide, à la surprise générale, de le mettre en vente afin de créer une ambitieuse fondation humanitaire. Mais le jour de la signature, il se retrouve accusé de crimes contre l'humanité par un mystérieux témoin. Pour prouver son innocence, Largo devra retourner sur les traces de sa vie passée, au coeur de la jungle birmane...

Mamee Napakpapha Nakprasitte & Tomer Sisley. Wild Bunch DistributionSharon Stone & Tomer Sisley. Wild Bunch Distribution

            On ne le dira jamais assez, l'un des exercices cinématographique les plus risqués et à la mode ces dernières années est l'adaptation à l'écran d'une bande dessinée. La France pouvait se targuer de n'en avoir réussi presqu'aucune mais le premier épisode de Largo Winch faisait figure d'exception. Pas vraiment un film marquant mais un « James Bond » à la française assez divertissant et efficace. Cependant une suite n'était pas du tout nécessaire ou souhaitable mais si les intentions et les ambitions étaient demeurées intactes, le spectacle pouvait être de nouveau assuré de façon honnête.  

            Las, ce second opus, toujours réalisé par Jérôme Salle et avec encore une fois Tomer Sisley en rôle-titre, est loin d'atteindre le niveau du premier coup d'essai sorti il y a deux ans.  Cinq minutes après le début du film on peut déjà flairer la catastrophe : on se retrouve face à une course poursuite en voiture tout droit tiré du pré-générique du dernier James Bond, Quantum of Solace. Cadrage en gros plan, caméra secouée, montage terriblement « cut » : le résultat est tout simplement illisible et serait digne de figurer aux côtés des plus mauvaises scènes d'action de la « méthode Greengrass ». Et c'est bien regrettable car si elle avait été correctement mis en scène, Largo Winch II aurait pu se targuer d'avoir l'une des plus impressionnantes séquences d'action du cinéma français de ces dernières années. Et ce sera le cas pour la quasi-totalité des scènes de bravoure du film de Salle. Bagarre incompréhensible, fusillade bâclée,... Ratage à tous les niveaux à l'exception d'une séquence assez impressionnante de parachutisme (plus de plans larges probablement à cause des conditions de tournages).  

            Autre grand défaut de Largo Winch II : son scénario. Difficile d'en dire beaucoup de mal puisqu'on l'a déjà oublié cinq minutes après la fin de la projection. Trame inintéressante, personnages secondaires sans charisme (même Ulrich Tukur est honteusement sous exploité),  absence cruelle d'émotion et d'humour et retournements de situation trop revus (certains personnages gentils devenant méchants et vice-versa). Si l'interprétation des acteurs ne fait cependant pas défaut, le vrai problème venant de l'écriture des personnages, l'un des aspects les plus embarrassants de ce Largo Winch II est la présence de la « has been » Sharon Stone. Actrice sublime, des plus prometteuses à une époque révolue depuis longtemps où elle jouait chez Verhoeven et Scorsese, elle a « brisé » sa carrière en enquillant de nombreux navets et autres films embarrassants ces dix dernières années (du type Catwoman ou Basic Instinct 2).   

Probablement « réduit » à jouer dans une production européenne, cette dernière devant être bien contente de pouvoir se targuer de disposer d'une star pareille à son casting, en l'échange d'un chèque probablement conséquent, Sharon Stone semble avoir oublié qu'elle n'a plus vingt ans (et elle a essayé de les retrouver visiblement vu les ravages de la chirurgie esthétique). Evidemment elle nous refait Catherine Tramell pendant près de deux heures, croisant et décroisant les jambes lors de chaque séquence de dialogue dans des tenues « sexy » digne d'une midinette qui aurait (très) mauvais goût. Le résultat est tellement ridicule, voire embarrassant, qu'on finit par s'interroger s'il n'y a pas du second degré derrière tout ça. Sa première apparition ne laisse aucunement place au doute : elle est en tenue légère dans une chambre d'hôtel d'où sort un minet de vingt-cinq ans avec qui elle vient vraisemblablement de coucher (la même blague sera quand même reprise au moins trois fois).  

            Entre Sharon Stone qui se croit dans Basic Instinct, un metteur en scène qui repompe les scènes d'actions des séries « James Bond » et « Jason Bourne », et un scénario qui lorgne un temps sur Rambo, The Dark Knight pour un évènement « inattendu » à la fin du deuxième tiers du long-métrage et de n'importe quel « blockbuster » fade pour sa structure, Largo Winch II a un peu tous les éléments contre lui. On peut toujours essayer de lui trouver quelques circonstances atténuantes qui justifieraient son visionnage : quelques beaux paysages, quelques seconds rôles un peu amusants, une scène d'action impressionnante quoiqu'un peu revue entre « James Bond » et Point Break. Mais le véritable sauveur du long-métrage demeure Tomer Sisley, acteur aux antipodes du Largo Winch de la BD, décrié avant la sortie du long-métrage par les fans (un peu comme l'actuel James Bond, Daniel Craig) avant d'être reconnu comme l'incarnation la plus réussie du personnage. Sisley allie une certaine classe avec un physique d'« actionner » crédible. A la fois émouvant et sobre, c'est le contrepoint total de ce long-métrage pompeux, mal foutu, prétentieux, friqué et vide.  

            Vrai déception donc, surtout après les promesses d'un premier épisode plutôt jouissif, Largo Winch II symbolise surtout un genre assez détestable qu'est le « blockbuster bling-bling ». Plein de stars, plein d'argent pour aveugler le spectateur afin que celui n'ait rien à redire en le détournant de l'absence totale de scénario et de cohérence. Pour le coup, un troisième épisode est encore moins souhaitable. Mieux vaut en rester là, le résultat étant suffisamment embarrassant à certains moments et semblant confirmer que l'efficacité américaine est difficilement transposable en France.   

NOTE à 3,5 / 10

Tomer Sisley. Wild Bunch DistributionWild Bunch Distribution

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