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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Le Discours d'un roi

                                                Wild Bunch Distribution

 - Titre original : The King's Speech

  - Film britannique sorti le 02 février 2011

 - Réalisé par Tom Hooper

 - Avec Colin Firth, Helena Bonham Carter, Geoffrey Rush,…

  - Historique, Biopic, Drame

             Le film raconte l'histoire vraie et méconnue du père de l'actuelle Reine Elisabeth. Celui-ci va devenir, contraint et forcé, le Roi George VI, suite à l'abdication de son frère Edouard VII. D'apparence fragile, incapable de s'exprimer en public, considéré par certains comme inapte à la fonction, George VI affrontera son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme et surmontera ses peurs grâce à un thérapeute du langage aux méthodes peu conventionnelles. Sa voix retrouvée, il réussira à convaincre le peuple anglais de déclarer la guerre à Hitler...

Colin Firth & Helena Bonham Carter. Wild Bunch Distribution

            Chaque année c'est la même rengaine, c'est le retour de l'éternel marronnier : LE film « indépendant » qui a fait le tour des festivals (Sundance, Toronto,…) et qui a remporté les suffrages de la presse et du grand public et qui se retrouve ainsi en pole position pour la course aux oscars. Cette fois-ci c'est Le Discours d'un roi qui remporte ce titre cette année ; la question est de savoir s'il est supérieur à la plupart de ces « bolides de compétition » produits semble-t-il dans l'unique but de remporter le plus de trophées. 

            Pour ce point il vaut mieux passer outre ce type de fumisterie, ce film « indépendant » étant produit par la compagnie des Weinstein, sans nul doute les producteurs les plus puissants mais aussi les plus abjects d'Hollywood. Le problème c'est que Le Discours d'un roi s'inscrit dans la lignée peu valorisante des « films à oscars » encensés pendant quelques mois de façon assez aberrante et souvent complètement oubliés quelques mois après. Sujet « prometteur » et « séduisant », performance d'acteurs impressionnantes (très régulièrement l'unique base vraiment solide de ces long-métrages), mise en scène terriblement académique, scénario clichés et balisés... Tout est fait pour plaire puisqu'ils sont produit dans le but de remporter tous les suffrages en prenant le moins de risques possible. Parmi eux on trouve des titres comme The Reader, Precious et des grands gagnants assez embarrassants comme Collision, Shakespeare in Love ou Un Homme d'exception.    

            On saura à la fin de cette semaine si les oscars ont cédé encore une fois aux sirènes du consensuel, du conformisme et de la facilité, mais cependant Le Discours d'un roi est moins catastrophique que les films précédemment cités. C'est très loin d'être un chef d'oeuvre comme on peut l'entendre un peu partout mais le film est suffisamment bien fait et honnête. D'abord parce qu'il a un atout de taille : Colin Firth. Ce film est le « sien ». Il est au top de sa forme, le rôle est passionnant et émouvant, et il l'interprète de façon vraiment magistrale. Il dévore l'écran à chaque seconde et, malgré un rôle éminemment « casse-gueule », il n'en fait jamais des tonnes et ne cède à aucun moment au pathos, préférant une retenue, une intériorité qui est tout à son honneur. Il est accompagné d'une Helena Bonham Carter enfin revenue à sa gloire d'antan, à croire qu'elle a enfin retrouvé le talent d'actrice qu'elle semblait avoir perdu en rencontrant son actuel mari Tim Burton. C'est bien simple, elle n'avait pas été aussi juste et émouvante depuis le Fight Club de David Fincher. Et pour compléter le trio, il y a enfin un Geoffrey Rush impérial, à la fois drôle et touchant.  

            Tout comme il est un « film d’acteurs », Le Discours d'un roi est aussi un « film de scénario ». Il dispose déjà d'un sujet en or : le combat d'un homme qui refuse ses responsabilités, en plus de ne pas pouvoir « physiquement » les assumer, et qui se retrouve contraint de devenir roi. Souffrant de troubles d'élocution, faisant de lui la risée de sa famille et de la nation, il va devoir se confronter à cette espèce de « monstre de scène charismatique » qu'était Adolf Hitler. Cependant si l'arrivée imminente et inévitable d'une guerre avec l'Allemagne et la nécessité de trouver un symbole royal derrière qui se rallier sous-tend le récit, ce contraste entre ces deux hommes aux aptitudes opposées n'est malheureusement qu'effleuré. De même, la naissance de la radio et de ce qu'elle a changé dans la façon de communiquer et dans le rapport entre cette figure royale autrefois inaccessible et la population « commune » est aussi un peu trop sous-traitée.  La force du film de Tom Hooper demeure surtout dans ce parcours « thérapeutique » des personnages et dans la façon, très juste, dont ceux-ci sont écrits.  

            C'est donc plus sur la forme que Le Discours d’un roi se révèle assez bancal. D'abord parce que Tom Hooper n'est pas un grand metteur en scène. Sa réalisation est académique, parfois même un peu trop télévisuelle. Pour symboliser le malaise que ressent George VI, Hooper n'a qu'une seule idée de mise en scène : deux types d'échelle de plan uniquement. On passe de l'un à l'autre sans réelle logique d'ailleurs et cela entraine un sentiment de répétition assez agaçant. De même que visuellement c'est trop léché, trop propre, trop classique. A noter aussi qu'Alexandre Desplat livre une partition peu inspirée et variée, surtout quand on la compare à celle qu'il a composé pour le dernier film de Polanski, The Ghost Writer. Du côté des déceptions on peut aussi dire que le récit, classique à l'extrême, souffre de quelques lourdeurs et surtout de quelques longueurs vers le milieu du long-métrage (l'épisode du « j'arrête vos leçons, j'en ai assez ! » étant archi revu et nous faisant bien perdre une vingtaine de minutes).  

            Cependant ces scories peuvent être vite oubliées avec quelques scènes vraiment poignantes. Parmi elles on retiendra la séquence d'introduction mettant en parallèle la préparation d'un animateur radio chevronné et du futur roi terrorisé avant un discours ; la séquence où George improvise une histoire pour ses deux filles ; et bien évidemment la séquence phare qu'est le discours final pour lancer l'Angleterre dans la guerre contre l'Allemagne. Cette dernière, accompagnée de la septième symphonie de Beethoven, rachète à elle seule les tous défauts du film. L'effet est d'ailleurs assez surprenant : le spectateur est tellement inquiet au sujet du bégaiement du roi qu'il n'écoute en rien le contenu du discours ; Hooper rendant cette séquence « hitchcockienne » plutôt que comme un lourd morceau de « pathos » accompagné de violons.   

             Enfin, dans le rayon des qualités, il ne faut pas oublier de mentionner deux seconds rôles de qualité. Il y a d'abord Michael Gambon qui interprète brillamment  et sobrement le père tyrannique et envahissant de George, dont ce dernier n'aura de cesse d'essayer de lui succéder dignement et de lui faire honneur. Et il y a Guy Pearce, un de ces rares acteurs rehaussant automatiquement le niveau des films dans lequel ils jouent, qui incarne le frère de George et qui, sans handicap, se révèle bien plus lâche et faible que ce dernier. Mais le scénario, certes bien trop riche en thématiques ce qui devient pour lui une faiblesse, n'est jamais manichéen et ne condamne à aucun moment l'attitude de ces personnages.  

             Le film de Tom Hooper est loin d'être parfait et a le désavantage de porter le titre agaçant de « production pour les récompenses ». Il n'en demeure pas moins au-dessus de l'ensemble de la production de ce type, malgré une mise en scène académique et peu inspirée, grâce à un scénario d'une grande richesse et souvent d'une belle justesse et surtout grâce à des interprétations époustouflantes (même dans le cas de Timothy Spall qui surjoue légèrement mais de façon plutôt savoureuse son interprétation de Churchill). Ce récit intelligent arrive à faire naître de nombreuses sensations pour le spectateur et peut donc être considéré comme du bon spectacle populaire.  

NOTE à6,5 / 10 

Colin Firth. Wild Bunch DistributionGeoffrey Rush. Wild Bunch Distribution 

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