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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Les Âmes Vagabondes

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Titre original : The Host

Film américain sorti le 17 août 2013

Réalisé par Andrew Niccol

Avec Saoirse Ronan, Jake Abel, Max Irons,…

Science-fiction, Romance, Drame

La Terre est envahie. L’humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes, mais nos esprits sont contrôlés. Melanie Stryder vient d’être capturée. Elle refuse cependant de laisser place au parasite extraterrestre qui tente de la posséder. Quelque part, caché dans le désert, se trouve un homme qu’elle ne peut pas oublier. L’amour pourra-t-il la sauver ?

      

Qu’on l’apprécie ou non, Stephenie Meyer a réussi son coup. Mormone anonyme il y a encore une poignée d’années, l’américaine s’est soudain rêvée J.K. Rowling et a écrit de son côté une saga romantico-fantastique qui allait faire d’elle une star multimillionnaire (considérons le terme d’« artiste » comme encore bien au-dessus de ce qu’elle a accompli à ce jour). Cette série, nous la connaissons tous maintenant puisqu’il s’agit de la quadrilogie « Twilight ». Une série de « best-sellers » adaptée au cinéma sous la forme de cinq films ayant propulsé au rang d’icônes générationnelles les jeunes acteurs Kristen Stewart et Robert Pattinson qui, depuis quatre ans, se voient harcelés par quelques dizaines de millions de jeunes filles en fleur, naïves et plus ou moins hystériques, à travers le monde. Une armée de groupies qui a érigé les romans de gare de Meyer au statut peu mérité de grande fresque romanesque sur le désir adolescent. Quatre bouquins pour qu’au final une fille inactive, soumise, incapable de faire ses propres choix et coincée entre deux bellâtres, décide bien religieusement de se marier le plus tôt possible tout en ayant conservé sa virginité pour la nuit de noces. Bel exemple féministe pour des livres aussi largement diffusés auprès des jeunes filles de la nouvelle génération !

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/71/61/20540483.jpg Bien sûr, des films furent très vite produits afin de profiter le plus possible de cette hystérie collective mais heureusement passagère. Si le premier épisode avait la gentillette apparence d’un drame « indé », teinté d’un romantisme désuet et d’une chronique adolescente pas forcément désagréable, il montrait déjà les limites de cette histoire à l’eau de rose très ampoulée. Fantastique de pacotille, tiraillement interminable, morale pieuse pour le moins déplorable, apologie du communautarisme,… Les suites allèrent crescendo dans le grandiloquent, alignant des budgets de plus en plus importants pour produire des résultats de plus en plus laids et sans intérêt. Une fois passée cette arnaque de grande envergure, il était donc permis de croire que Meyer allait rester dans son pré carré. Mais c’est mal connaître la bougresse qui a décidé, pendant la rédaction de sa quadrilogie sur l’abstinence sacrée, que réduire à néant plusieurs siècles d’élaborations mythologiques autour d’une figure fantastique aussi iconique et fortement symbolique que le vampire n’était pas suffisant. Elle allait, volontairement ou non, rabaisser le niveau de la science-fiction, cet autre genre plus masculin et adulte, afin de s’attirer un nouveau lectorat et de développer ses thématiques parfois douteuses.

Cela a donné Les Ames Vagabondes (« The Host » en anglais, à ne surtout pas confondre avec l’immense film de monstre de Bong Joon-ho). La recette est peu ou prou la même. Une jeune femme tiraillée entre deux jeunes hommes incarnant l’archétype du beau gosse pour pub de parfum ? Check. Une héroïne emprisonnée et incapable de faire des choix par elle-même ? Check, puisque Melanie Stryder passe la quasi-intégralité de l’histoire à être sous la domination de « supérieurs ». La présence d’une communauté isolée, quasiment archaïque et vivant en harmonie ? Check. On pourrait en faire une liste interminable. Quoiqu’il en soit, l’inévitable adaptation cinématographique qui allait en découler n’avait donc a priori aucun intérêt. Mais Stephenie Meyer, qui s’est autopropulsée « productrice », a plus d’un tour dans son sac afin d’attirer le cinéphile qui s’était pourtant juré qu’on ne l’y reprendrait plus. D’abord, elle a choisi le réalisateur Andrew Niccol pour mettre en scène son « bébé ». Un choix que l’on pourrait croire comme plutôt pertinent et rassurant. Dans les années 90, Niccol s’était fait connaitre en tant que scénariste-réalisateur de films de S.F. minimalistes aux concepts très pertinents toujours parfaitement et intégralement employés.

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/71/61/20332042.jpg Cela a donné quelques belles pépites comme le visionnaire Truman Show de Peter Weir ou encore son propre Bienvenue à Gattaca, petit bijoux de S.F. comme on en a eu très peu pendant la décennie 90 (Strange Days de Kathryn Bigelow et Matrix des Wachowski exceptés). Après une comédie réussie, S1m0ne et un passionnant, quoique trop didactique, Lord of War, qui décortiquait l’univers trouble des ventes d’armes et permettait à Nicolas Cage de livrer une de ses très belles performances dont il a le secret, Niccol s’était fait plus discret avant de revenir avec Time Out, au concept futuriste génial mais à l’exécution pour le moins très décevante. Erreur de parcours ou premier pas vers la tombe ? Ce choix de le mettre à la tête de l’adaptation des Ames Vagabondes effrayait mais rassurait aussi. Dépeindre la destinée de personnages seuls contre tous, piégés dans un monde ou un système quasi immuable et dictatorial, a été la principale constante de sa filmographie : le gentil Truman (génial Jim Carrey), piégé depuis sa naissance dans un jeu de télé réalité grandeur nature et qui essaye de reprendre le contrôle de son destin (Truman Show) ; le chétif et imparfait Vincent Freeman (Ethan Hawke) qui tente de partir dans l’espace alors que la société ne permet plus d’ascension sociale qu’aux êtres génétiquement parfaits (Bienvenue à Gattaca) ; le réalisateur Viktor Taransky (Al Pacino), ostracisé par le tout Hollywood, qui essaye de revenir en force avec une actrice nouvelle génération (S1m0ne) ; le cynique antihéros Yuri Orlov (Nicolas Cage) dont la profession « illégale » le force à vivre en marge ; le « robin des bois » des temps moderne Will Salas (Justin Timberlake) qui parvient à déstabiliser l’ordre établi visant la suprématie des plus riches pouvant s’acheter une vie éternelle ; et même le pauvre Viktor Navorski (Tom Hanks), enfermé plusieurs mois dans un aéroport new-yorkais à cause d’un complexe problème de droit international (Le Terminal de Steven Spielberg dont Niccol a rédigé le script).

L’autre atout alléchant de ces Ames Vagabondes concernait l’actrice principale. Point de complète inconnue puisque le premier rôle a échu à la très talentueuse Saoirse Ronan dont la courte carrière et la très grande implication lors des tournages a déjà de quoi faire pâlir d’envie un certain nombre d’actrices confirmées. Révélée au public dans le mal-aimé Lovely Bones de Peter Jackson, elle a travaillé à deux reprises et de manière admirable avec le grand réalisateur britannique Joe Wright pour le somptueux Reviens-moi (où elle a reçu une nomination à l’oscar de la meilleure actrice dans un second rôle) et l’hypnotique film d’action Hanna. Dans un futur très proche, on la retrouvera dans Byzantium, l’a priori fascinant nouveau film de vampires de Neil Jordan (déjà metteur en scène du magnifique Entretien avec un vampire), et dans le prochain film de Wes Anderson, Grand Budapest Hotel, au casting prodigieux. Le fait qu’elle ait toujours privilégiée des productions plus modestes en se révélant assez exigeante quant à ses choix de carrière était plutôt rassurant. Si elle avait choisi Les Ames Vagabondes, ce ne devait pas être que pour le chèque. Elle devait y trouver un intérêt.

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/71/61/20540480.jpg Mais une fois devant le fait accompli, on ne comprend pas trop quelle motivation autre que pécuniaire l’a incité à choisir un rôle si stérile dont la « schizophrénie » est bêtement transposée à l’écran par une voix off jamais très convaincante. Elle qui avait déjà incarnée les troublantes petites filles combatives dans deux films de Joe Wright, qu’a-t-elle bien pu trouver à cette Melanie Stryder/« Vagabonde » (du nom de l’âme alien qui a pris son contrôle) béate et perpétuellement enchainée ? La pauvre Saoirse Ronan se dépatouille comme elle peut avec ce personnage vide et éminemment casse-gueule puisqu’elle est supposée avoir, pendant la moitié du temps, un air vague lorsque sa propre voix off discute avec elle. Sans surprise, Ronan y livre sa plus pale interprétation à ce jour. Elle est cependant loin d’être le plus gros point noir du projet ; on pourrait même dire qu’elle en représente l’un des rares rayons de soleil. D’autant plus que le « flop » très mérité du film, qui prouve que la « fan-base » de Meyer se concentre surtout sur Twilight, aura l’avantage de l’obliger à se tourner vers des projets plus personnels et lui évitera ainsi de se vendre au gros studio là où à un triomphe populaire mondial l’aurait probablement incité à revenir le plus tôt possible dans un « blockbuster ».

L’autre ennui est que Les Ames Vagabondes prouve surtout que le Time Out n’était pas un coup de malchance (un film se reposant paresseusement sur un brillant concept) mais bien le début d’une importante chute artistique pour Andrew Niccol. Il est triste pour quelqu’un qui a commencé si haut de se retrouver à pondre des films aussi vains. Ce minimalisme qui a toujours été la marque de fabrique du réalisateur-scénariste apparait ici comme un manque d’ambition et de personnalité. C’est probablement l’un des longs métrages relatant une invasion extraterrestre à grande échelle qui a le moins d’ampleur. Les villes sont vides et il n’y a bien qu’une dizaine d’humains possédés différents dans tout le long métrage (à l’instar des vampires de Twilight, on les reconnait à leurs lentilles grotesques). Ajoutons que les trois quarts se contentent de faire de la figuration. Pire, ceux-ci ne se fondent jamais dans la masse alors que cela pourrait être un atout évident dans leur éradication des poches de résistance ennemie. Ils portent tous des uniformes blancs qui les font se faire repérer à des kilomètres et voyagent dans de similaires voitures ou hélicoptères argentées. Et même s’ils sont non-violents, ils n’emploient jamais de moyens plus avancés que cela pour repérer leurs adversaires.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/71/95/20139634.jpg Mais au fond tout cela ne parait pas très important puisque les envahisseurs, à l’exception de celui incarné par une Diane Kruger toute sauf imposante, se désintéresse visiblement de ces groupes de survivants qui les volent régulièrement et ne rechignent pas, eux, à les tuer. De même pour Mélanie Stryder dont la fuite enclenche une poursuite généralisée qui est très vite abandonnée. Peut-être espère-t-ils que ces groupes meurent d’eux-mêmes ? C’est du moins l’excuse donnée par le film pour justifier cette ficelle narrative. Or, pour cela, il aurait peut-être fallu montrer la communauté de résistants dans laquelle tombe Melanie comme autre chose qu’un club Med pour spéléologues avisés et aux corps d’Apollon. Tout semble idyllique malgré ce que répètent les personnages. Un manque de danger et de sentiment d’oppression qui fait que l’on se fiche rapidement du sort des personnages et de la lutte molle qu’il y a entre les deux camps. Doublée d’une direction artistique d’une pauvreté sans borne (quelques grandes salles blanches, une poignée de bâtiments impersonnels à la Gattaca, une grotte propre et bien éclairée) qui ferait ressembler le long métrage à un téléfilm à gros budget produit par la chaine « SyFy », Les Ames Vagabondes est à la S.F. ce que Twilight était au fantastique : une relecture infantilisante qui fait mine de renouveler un genre en l’arborant d’un peu courant point de vue féminin, alors qu’il ne fait au final que le rabaisser au rang d’argument « marketing » pour boutonneuses mal dans leur peau.

La première demi-heure est déjà un calvaire par son exposition laborieuse et la description de son univers sans trouvaille qui se contente d’esquisser une invasion planétaire en ne montrant que trois hommes en costumes blancs. Mais son final est à l’image de cette introduction peu prometteuse, tout en amplifiant encore plus les côtés crispants par son absence de climax, sa confrontation grotesque entre l’héroïne et la méchante principale (n’excédant pas trente secondes), son rebondissement cucul souhaitant démontrer le pouvoir de l’« amûûûr », et sa dernière scène inutile qui ne s’inscrit pas du tout dans l’esprit du long métrage et qui tente d’annoncer un vague mais inévitable « happy end » dont tout le monde se fout (en plus de jouer sur un effet de suspense d’une crétinerie sans nom vue la conclusion de la dite-séquence). Le milieu du film est un peu plus réussi puisqu’il ressert logiquement son récit en ne se déroulant que dans l’enceinte de la grotte. Le film devient alors un trio amoureux qui soulève quelques idées ou situations intéressantes dues à la dualité spéciale de son héroïne. Mais ce n’est que passager et on retourne très vite dans le réchauffé. Notons aussi que l’apogée du film est le vol par Mélanie de quelques sprays soigneur, autre ficelle de S.F. très facile ; les envahisseurs ont d’ailleurs une grande croyance dans l’efficacité du désodorisant puisqu’ils s’en servent aussi pour se défendre. Mais passés la lourdeur de ses dialogues éléphantesques, la mollesse de sa mise en scène, l’absence de rythme et l’ennui visible de ses interprètes, Les Ames Vagabondes apparait surtout comme un nouvel ajout à la liste de plus en plus longue des « « blockbusters » américains pantouflards ».

NOTE : 2.5 / 10

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