Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

Les Marches du Pouvoir

                                    

 - Titre original : The Ides of March

 - Film américain sorti le 26 octobre 2011

 - Réalisé par George Clooney

 - Avec Ryan Gosling, George Clooney, Philip Seymour Hoffman,…

 - Drame

                Stephen Meyers est le jeune mais déjà très expérimenté conseiller de campagne du gouverneur Morris, qui se prépare pour les élections à la présidence américaine. Idéaliste et décidé à faire honnêtement tout ce qu’il peut pour faire gagner celui qu’il considère sincèrement comme le meilleur candidat, Stephen s’engage totalement. Pourtant, face aux manipulations et aux coups tordus qui se multiplient vite, Stephen va devoir faire évoluer sa façon de travailler et de voir les choses. Entre tentations et désillusions, les arcanes du pouvoir le transforment…

                Peu d’acteurs américains arrivent à passer le cap de la réalisation. Le plus emblématique reste Clint Eastwood avec plus de trente ans de carrière derrière lui, bien qu’il ait fallu un certain temps pour que la presse spécialisée le prenne au sérieux. Dernièrement il y a eu Ben Affleck, dont le talent d’acteurs était assez incertain et qui a été immédiatement perçu comme le probable héritier de Clint, et Sean Penn, bien que ce dernier ne le fasse pas de façon continue. Un quatrième s’est aussi ajouté il y a quelques années : George Clooney. Il avait frappé un assez grand coup avec Confessions d’un homme dangereux puis son passionnant Good Night and Good Luck. Après un long-métrage plus oubliable en 2008, intitulé Jeux de Dupes, il revient en cette fin 2011 avec un film politique et engagé comme il les aime : Les Marches du Pouvoir. 

                Adapté d’une pièce de théâtre, ce qui n’est pas forcément évident quand on regarde le film, Les Marches du Pouvoir dévoile les coulisses peu glorieuses de la politique américaine en retraçant les magouilles et autres coups bas qui alimentent une élection aux primaires. Et histoire de ne pas permettre à ses opposants de l’accuser de diffamations ou de sous-entendus insultants, Clooney place son histoire dans son propre camp (il est un fervent démocrate). Le film, quelques temps repoussé car le tournage devait se dérouler pendant la campagne présidentielle de 2008, tombe finalement assez à pic, soit presqu’un an tout juste avant les prochaines élections aux Etats-Unis qui ne vont pas tarder à pleinement occuper l’actualité politique pendant les prochains mois. Quoi de mieux pour George Clooney que de faire apparaitre son film engagé et politique, sous des airs de thriller, comme tout à fait actuel ? 

                Ce n’est une surprise pour personne, Clooney éprouve une certaine nostalgie pour les années 70 et l’époque du Nouvel Hollywood. Une « décennie » où les réalisateurs se sont investi la mission de faire des films forts qui fassent réfléchir les spectateurs, bien qu’à cette même époque ces derniers ne se bousculaient pas souvent aux portillons. C’est ce type de cinéma que Clooney entend « ressusciter », assez proche du classique Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula. Première chose que l’on ne peut reprocher à Clooney : il sait sans aucun doute se servir d’une caméra. Les Marches du Pouvoir n’en est qu’une nouvelle preuve. Mieux, ses films se basent sur des scénarios assez fouillés permettant de rendre accessible des sujets, des domaines ou des périodes qui ne le sont pourtant pas au départ pour le spectateur lambda, d’autant plus qu’en celui-ci n’est pas Américain. 

                Pour ce film, il retrouve quelques uns de ses collaborateurs comme Grant Heslov (scénariste de Good Night…, réalisateur des Chèvres du Pentagone ou encore producteur d’Intolérable Cruauté ou de The American dans lesquels jouait Clooney), son monteur habituel Stephen Mirrione, l’acteur Jeffrey Wright (Syriana) dans le rôle secondaire d’un sénateur républicain… Mais à sa petite équipe habituelle s’ajoutent quelques nouveaux venus. L’un d’entre eux est loin d’être une tête inconnue puisqu’il s’agit de l’excellent Ryan Gosling dont c’est le quatrième film cette année, et sa troisième apparition sur grand écran en moins de deux mois après Crazy Stupid Love et l’étourdissant Drive de Nicolas Winding Refn (et préparez vous à le revoir puisqu’il sera dans le casting cinq étoiles du Gangster Squad de Ruben Fleischer, le prochain Refn intitulé Only God Forgives, The Place Beyond Pine de Derek Cianfrance qui l’avait brillamment dirigé dans Blue Valentine, et enfin dans l’un des prochains films du soudainement prolifique Terrence Malick intitulé Lawless).  

                Encore une fois, bien qu’il n’ait plus vraiment besoin de le prouver, Gosling se montre certain de son talent et illumine de son charisme chaque séquence où il apparait, d’autant plus qu’il est quasiment de tous les plans. Plus bavard que dans Drive, mais surtout plus roublard qu’il n’y parait, son personnage suit un parcours assez passionnant. D’abord génie idéaliste de la communication, il perd petit à petit ses illusions et ses certitudes avant de se retrouver dos au mur. Et pour survivre il va falloir faire un choix : faire des compromis ou aller jusqu’au bout. Quitte à blesser quelques personnes au passage. Clooney, bien que son rôle soit central dans l’histoire puisqu’il interprète le candidat démocrate que soutient Gosling, fait le bon choix de rester en retrait afin de ne pas desservir son long-métrage en le faisant passer pour trop « égocentrique ». Il en est en effet le metteur en scène, le producteur et le scénariste… en être l’acteur principal aurait peut-être été un peu trop et aurait détourné le film de son but initial : divertir intelligemment. 

                Les acteurs secondaires ne déméritent cependant pas, le casting étant déjà, à la base, assez royal, entre Philip Seymour Hoffman, Marisa Tomei, le trouble Paul Giamatti et la jolie Evan Rachel Wood. Le rythme est des plus maîtrisé et le récit est peu avare en rebondissements captivants. Si Les Marches du Pouvoir n’est clairement pas le meilleur film de Clooney, il confirme néanmoins sa maitrise de la caméra et de la narration. Il dresse aussi un portrait désabusé de ce milieu corrompu privilégiant toujours la réussite individuelle au bien commun alors qu’il devrait faire l’inverse. Un milieu où tout n’est qu’ombres, secrets, stratégies, manipulations et apparences. Un milieu où la réussite est aussi fulgurante que la chute qui s’en suivra automatiquement. Un milieu où les ambitions personnelles entrent violemment en contact avec celles des autres. Un milieu où les opportunistes prennent la place d’autres opportunistes qui se cachent derrière un discours fallacieux sur l’honneur et la confiance (une scène vers la fin montre Gosling prenant la place de son « mentor » tout en ne voyant pas que son propre bras droit pourrait bien devenir comme lui). Les Marches du Pouvoir est une chronique sur la déception et la perte des illusions dans une période où la nation américaine se remet en question. Son long-métrage est une belle et sombre nouvelle pierre qui s’ajoute à la longue série des thrillers politiques réussis. Clooney ne tardera pas à revenir sur les écrans puisqu’il sera la tête d’affiche de The Descendants d’Alexander Payne dont on dit que sa performance en fait l’un des favoris pour les oscars. 

NOTE à 07 / 10

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article