Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Midnight in Paris
- Film américain sorti le 11 mai 2011
- Réalisé par Woody Allen
- Avec Owen Wilson, Rachel McAdams, Michael Sheen,
- Comédie, Romance
Un jeune couple d'américains dont le mariage est prévu à l'automne se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer, tout particulièrement sur le jeune homme amoureux de la Ville-lumière et qui aspire à une autre vie que la sienne...
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Toujours aussi prolifique, Woody Allen sort son nouveau film quelques mois seulement après avoir dévoilé sur les écrans son assez médiocre Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu. Projet assez médiatisé à cause d'un casting de stars dont l'actuelle première dame de France, Carla Bruni Sarkozy, et dont le tournage s'est déroulé l'été dernier dans la plus romantique des capitales. Comme souvent, le film a été présenté hors compétition au Festival de Cannes.
Rien de bien nouveau malheureusement. Mais cependant ce Minuit à Paris est d'une qualité nettement supérieure à son précédent long-métrage. Woody Allen, dont la carrière est en dents de scie depuis plusieurs années, navigue en effet entre oeuvres prétentieuses et paresseuses et films anecdotiques divertissants. Minuit à Paris fait partie sans aucun doute de la seconde catégorie, ce qui est déjà bien même si l'on était en droit d'espérer quelque chose de plus abouti et marquant. D'abord le nouveau film de Woody Allen se base sur une idée assez originale : Gil, un scénariste californien plein d'illusions sur Paris, se retrouve sans cesse plongé à partir de minuit dans les années 20, période qu'il adore et qu'il considère comme la plus glorieuse de tous les temps. Le film est alors une analyse de la fameuse expression « c'était mieux avant », de la mélancolie et donc du fantasme d'une époque que l'on n'a pas connue mais que l'on « voit » comme bien meilleure et lucide que celle dans laquelle on vit.
Cela permet ainsi d'excuser le réalisateur d'utiliser une esthétique de carte postale. Il prend d'ailleurs tout le monde au dépourvu en livrant dès le départ deux minutes de cartes postales kitsch, comme pour s'en débarrasser immédiatement en plus de jouer sur le côté désuet et forcément ridicule de ces images. La photographie est donc très propre et travaillée ; les scènes nocturnes sont mêmes assez réussies et fascinantes (le directeur de la photographie étant quand même celui du chef d'oeuvre crépusculaire de David Fincher, Se7en). La limite que l'on peut toutefois trouver est qu'Allen esthétise jusqu'à l'écoeurement ces années 20 (logique car issues du fantasme du héros) mais aussi le présent que celui-ci rejette, nous amenant ainsi à ne pas comprendre cette répulsion. Cependant on peut encore une fois lui trouver une excuse par le biais de la démonstration qu'entend faire Allen grâce au personnage jouée par Marion Cotillard.
En effet cette dernière vit au cours de ces années 20 mais ne rêve que de vivre dans « la plus grande période de Paris », c'est-à-dire la Belle Epoque. De même, ceux vivant durant ces années regrettent l'époque des Lumières. Ou comment montrer l'éternelle insatisfaction de l'homme et la subjectivité de toutes ces conceptions. Au lieu de profiter de ce que l'on a, on regrette une époque passée à laquelle on ne pourra jamais avoir accès. Ainsi, une période n'est jamais plus belle qu'une autre et il faut comprendre qu'un jour on regrettera notre propre « monde ». Le personnage principal a ainsi été aveuglé par « l'amour qu'il porte à ce fantasme », expression qu'emploie sa future femme au début du long-métrage. Le film prend ensuite une autre dimension par la caractérisation du héros. Celui-ci est un scénariste reconnu, qui n'est pas satisfait de ses dernières oeuvres et qui est inadapté au système hollywoodien. Une forme d'autoportrait du cinéaste en quelques sortes.
Gil souhaite aller vers un art plus abouti et libre. Comme bon nombre de personnages de la filmographie d'Allen, il se retrouve en panne d'inspiration et doute de son propre talent. Cette possibilité de jouer avec le temps lui permet alors de se mesurer à ces pairs qu'il vénère. Grâce à leur avis et leurs personnalités, Gil va pouvoir progresser, améliorer son oeuvre et devenir un écrivain accompli. Il trouvera sa muse inaccessible en la personne d'Adriana (Marion Cotillard, créditée d'ailleurs en tant que « Muse Adriana ») et vivra en plus un dilemme amoureux qui se conclura de belle manière dans une très touchante scène finale. Cela donne aussi l'occasion à Allen de s'amuser lors de quelques séquences avec ces célèbres figures artistiques. Ces moments humoristiques sont néanmoins de qualité très variable et on ne retiendra surtout que les disputes du couple Fitzgerald et un caméo plutôt jouissif d'Adrien Brody en Salvador Dali obsédé par « le rhinocéros ».
Par contre Woody Allen retombe dans ses travers avec les séquences plus « terre-à-terre » décrivant encore une fois les travers d'une famille riche et artificielle. Certaines scènes sont même les redites identiques d'anciennes séquences parsemant la filmographie du réalisateur new-yorkais. Et malgré tout son charme, Rachel McAdams n'arrive pas à rendre ces scènes attachantes ou caustiques. A l'inverse, Owen Wilson livre une brillante composition et se révèle comme l'un des meilleurs ersatz du cinéaste, en plus de se montrer éminemment sobre et attachant. Michael Sheen, après s'être compris dans des navets comme le Alice au Pays des merveilles de Burton et la série Twilight, montre de nouveau quel grand acteur il peut être malgré son rôle ingrat, et classique chez Allen, de « petit snobinard séducteur qui sait tout ». Le casting « frenchy » est par contre terriblement sous-exploité. Mis à part Cotillard, car très connue aux Etats-Unis depuis La Môme, la plupart des acteurs français n'apparaissent qu'une poignée de minutes. C'est le cas de Léa Seydoux malgré le sort important qui lui réserve Allen. C'est aussi le cas de Gad Elmaleh qui n'a droit qu'à une réplique et à une poignée de plans. Et ne parlons pas de la présence de la première dame de France Carla Bruni, purement anecdotique et qui ressemble en tout point à un coup de pub (pourquoi, pour un rôle aussi réduit, ne pas avoir pris une simple actrice ?).
Le nouveau film de Woody Allen, sans être vraiment indécent, demeure terriblement anecdotique. Malgré le fait que le film renoue avec cette veine fantastique qui avait souvent réussi à Allen, l'humour ne fait plus très souvent mouche au sein de cette partition que l'on connait par coeur. Les acteurs ne brillent pas tous, à l'exception très notable d'un Owen Wilson au sommet de sa forme, la mise en scène ne prend aucun risque,... En bref, Minuit à Paris est un film trop propret, sage pour vraiment marquer les esprits. Woody Allen a décidé de livrer un petit film par an plutôt qu'un gros tous les trois-quatre ans. Pas sûr que cela donne envie de voir la prochaine version romaine de cette même histoire d'écrivain bourgeois dépressif en panne dinspiration.
NOTE à 6 / 10
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