Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Never Let Me Go
- Film britannique sorti le 02 mars 2011
- Réalisé par Mark Romanek
- Avec Carey Mulligan, Andrew Garfield, Keira Knightley,
- Drame, Romance
Depuis l'enfance, Kathy, Ruth et Tommy sont les pensionnaires d'une école en apparence idyllique, une institution coupée du monde où seuls comptent leur éducation et leur bien-être. Devenus jeunes adultes, leur vie bascule : ils découvrent un inquiétant secret qui va bouleverser jusqu'à leurs amours, leurs amitié, leur perception de tout ce qu'ils ont vécu jusqu'à présent...
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Adaptation d'un « best-seller » de l'écrivain Kazuo Ishiguro, Never Let Me Go est d'abord ce que l'on peut appeler un « drôle de mélange ». De prime abord, le film a tout du drame romantique un peu quelconque. Mais très vite et de façon assez insidieuse, on commence à remarquer des éléments assez déroutants et fantastiques qui ne collent pas à notre réalité.
C'est l'un des principaux intérêts du film de Mark Romanek. Il est complètement inclassable. Ne vendant pas la mèche immédiatement, à la différence d'une bande annonce absolument atroce, Romanek laisse planer un temps le doute sur un élément capital de l'histoire, ne distillant que quelques éléments (phrases ou allusions) faisant référence à une réalité des plus surprenante. Car le monde dans lequel évolue les trois personnages principaux n'est rien de moins qu'une uchronie où une avancée majeure de médecine aurait été accomplie dès les années 60-70. En cela Never Let Me Go est un film de science-fiction assez atypique. Pas de débauche d'effets spéciaux, d'images futuristes ou fantastiques. L'histoire se déroule dans une société qui pourrait être la nôtre mais qui en diverge sur certains aspects. Mais comme tout bon film de S.F., Never Let Me Go est évidemment avant tout un portrait de notre monde et de nous-même.
La grande question qui sous-tend tout le film est celle-ci : qu'est-ce qui définit l'être humain ? Car les héros découvrent en grandissant qu'ils ne sont que des « clones » à partir de personnes anonymes dont on peut supposer qu'ils ne faisaient pas parti de la haute société. Ils sont considérés comme de simples outils de médecine, condamnés à donner docilement leurs organes vitaux jusqu'à ce qu'ils meurent. Endoctrinés dès leurs naissances, leur faisant croire que c'est l'unique but de leur existence, ces « clones » (même si ce terme n'est à aucun moment employé dans le film) refusent ou sont incapable, physiquement mais aussi psychologiquement vraisemblablement, de se rebeller contre leur sort. Tout juste peuvent-ils encore espérer une « issue de secours » illusoire pour essayer de survivre un peu plus longtemps que les autres. Cette léthargie, qui est plus sous-entendue qu'explicitée, dessert légèrement le long-métrage, et notamment son rythme. On attend un réveil, un sursaut qui ne viendra finalement pas, les protagonistes s'abandonnant constamment à leur destin.
Cependant cette inertie constante des personnages renforce l'idée d'un destin imbattable, d'une sorte de pouvoir supérieur et inflexible qui contrôle le futur et les faits et gestes du trio principal. Ce pessimisme, ce refus d'agir, influe sur le jeu des comédiens et particulièrement de Carey Mulligan, dont le rôle demande une interprétation assez intériorisée et en retrait (elle est celle qui s'est fait voler le garçon qu'elle aimait par sa meilleure amie). Mais elle peine à certains moments à faire passer les émotions que ressent son personnage. A l'inverse, ce type de rôle sobre sied mieux à Keira Knightley et à Andrew Garfield (définitivement l'un des jeunes acteurs américains les plus prometteurs de sa génération). Ce dernier livre une prestation assez bouleversante et ses dernières scènes sont d'une puissance certaine, notamment son gigantesque cri de rage, ultime acte de révolte contre son sort, après avoir entendu la remarque assassine de l'ancienne directrice de leur pensionnat, se demandant si ces « pauvres créatures » disposaient dune âme.
Car ce qu'il y a de foncièrement « choquant » dans ce monde parallèle, ce n'est pas tant l'absence de réactivité de ces êtres « artificiels » mais plutôt l'absence de contestation, de critique de cette pratique par les « vrais » humains. Ce clonage est donc une pratique établie depuis plusieurs décennies et qui semble avoir fait « ses preuves », allant jusqu'à éteindre toute velléité de contradiction. Comme le dit l'ancienne directrice de Hailsham, les gens ne voudront plus renoncer à de nombreuses années supplémentaires de vie et à la guérison de maladies autrefois incurables. En découle alors un paradoxe assez troublant. Ces clones, dont on cherche à savoir s'ils ont un soupçon d'âme et dont on a limité la personnalité à un simple prénom, sont visiblement capables de créer, de désirer, d'aimer alors que les « vrais » humains semblent avoir perdu toute trace d'humanité et de compassion. Derrière cette façade propre et bien intentionné (certains clones ont pour tâche d'aider psychologiquement les futurs opérés), se cache donc un monde monstrueux, impersonnel, où l'on « élève » des semblables afin de leur prendre de force leurs organes vitaux, tel des outils dont on se débarrasse une fois qu'ils ont assuré leurs fonctions.
Ainsi, le second film de Mark Romanek se révèle assez troublant. Mélange entre romance, drame et science-fiction, Never Let Me Go questionne la nature même de l'Homme : qu'est-ce qui constitue ce que l'on appelle l'âme ? Il s'agit aussi d'une quête d'identité, où les héros partent à la recherche du double à partir duquel ils ont été modelés. S'il fait parfois défaut en termes d'émotions, Never Let Mo Go et propose un trio de jeunes acteurs talentueux et demeure suffisamment atypique, brassant de nombreux thèmes riches, pour qu'il mérite le coup d'oeil en salle.
NOTE à 07 / 10
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