Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Paul
- Film américano-britannique sorti le 02 mars 2011
- Réalisé par Greg Mottola
- Avec Simon Pegg, Nick Frost, Jason Bateman,
- Comédie, Science-fiction
Depuis soixante ans, Paul, un extraterrestre, vit sur terre et collabore avec le gouvernement américain. Il se cache à l'abri des regards dans une base militaire ultra secrète. Paul est à l'origine de tout ce qu'on a pu imaginer sur les extraterrestres, du merchandising aux scénarios de Rencontres du troisième type, E.T. ou encore X-Files. Hélas pour lui, maintenant que le gouvernement américain lui a soutiré toutes les informations intéressantes sur la vie extraterrestre, il décide de se débarrasser de lui. Paul réussit alors à s'échapper et tombe nez à nez avec deux adulescents fans de science-fiction qui sillonnent les Etats-Unis en camping car. Paul les convainc de l'emmener avec eux et de l'aider à quitter la terre. La tâche s'avère d'autant plus difficile pour ces deux « héros du dimanche » qu'ils sont poursuivis par un agent implacable du FIB assisté de deux pieds nickelés...
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L'équipe réunie était pleine de promesses. Une comédie de science-fiction rendant hommage à tout un pan de la culture geek écrite par et avec Nick Frost et Simon Pegg en personnage principaux, avec Seth Rogen en extraterrestre dévergondé et libre, Jason Bateman et la grande prêtresse de la S.F. (fantasme, un jour, de tout geek) Sigourney « Ripley » Weaver en guest-star, le tout réalisé par le metteur en scène du terriblement touchant Adventureland et du génial SuperGrave. Le tout annonçant la grande confrontation entre l'école britannique « Edgar Wright » et l'école américaine « Judd Apatow ».
Tout d'abord, il faut bien reconnaître quelque chose après le visionnage de Paul : le film n'est pas aussi drôle que ce que l'on était en droit d'attendre. Niveau hilarité et efficacité des gags, Mottola ne parvient pas à atteindre les premières oeuvres d'Edgar Wright (on pense surtout au deux premiers opus de la « Ice and Blood trilogy », Shaun of the Dead et Hot Fuzz, où le duo Pegg / Frost tenait le premier rôle). De même, Mottola n'est pas aussi doué que Wright pour instaurer dans ses récits un rythme déjanté. Paul relève plus du « road movie » que de la poursuite effrénée, si l'on met à part une scène de course de voiture assez bien réalisée vers la fin du long-métrage. Mais cependant, on n'attendait pas de Paul d'avoir une réalisation extrêmement élaborée. Greg Mottola met en scène le plus honnêtement possible le scénario des deux compères et s'efforce de s'effacer derrière le sujet afin de le servir avec une plus grande efficacité.
Mais cependant on ne perd pas tant au change. Certes Paul n'est surement pas le film le plus tordant jamais réalisé mais on devrait plutôt se montrer satisfait que l'équipe de talents réunis n'ait pas souhaité réaliser une « simple et facile » parodie. Paul se révèle être un film assez tendre et émouvant. Les personnages ne sont à aucun moment caricaturaux et jamais on est amené à porter un jugement sur eux. Alors que bon nombre de comédies (notamment française) se complaisent à se moquer de la figure du geek, le duo Pegg / Frost refuse de ridiculiser ces personnes car les comprenant parfaitement (en plus d'en être très certainement). En résulte deux personnages qui refusent de grandir, préférant se réfugier dans leur imaginaire et qui décident de partir sur la trace de ce qui a marqué toute leur enfance au point de façonner leur propre identité.
C'est lors de ce voyage aux Etats-Unis, afin de visiter les hauts lieux de l'ufologie, qu'ils vont rencontrer Paul, caricature complète de l'extraterrestre telle que tout le monde se l'imagine. Et l'idée absolument géniale du scénario se trouve là. Ce personnage cliché (corps maigrichon, très grosse tête avec des yeux globuleux,...) est justement à l'origine de tout cet imaginaire « geek fan de S.F. », au point de donner quelques idées à Spielberg (qui fait un très sympathique caméo vocal) pour améliorer le script de son futur E.T. Paul devient donc une figure presque « mythique », puisqu'à l'origine de tout de par sa légende et ses conseils à différents artiste, voire messianique avec ses pouvoirs.
La religion est justement l'un des grands thèmes de ce film plus osé qu'il n'y parait. Le personnage borgne incarné par Kristen Wiig est une jeune femme timide, cloitrée et aveuglée par l'éducation créationniste de son cinglé de père bouseux obsédé par la Bible. C'est en rencontrant Paul que celle-ci va pouvoir se libérer du carcan étouffant de la religion, qu'elle va pouvoir jurer, fumer des pétards, s'autoriser à la sexualité, vivre... Dans cette représentation du duel entre créationnisme et évolutionnisme, c'est ce dernier qui en sort largement vainqueur, faisant un véritable doigt d'honneur à toute la population de la « Bible Belt ». De même, Paul fait en arrière-plan la critique des préjugés entretenus par des populations bornées et paranoïaques. Les deux héros, de par leur âge et leur proximité, passent régulièrement aux yeux de certains pour des gays. Mais si pour Paul ce n'est pas un problème ou une honte (bien au contraire puisque le peuple dont il fait partie est fondamentalement bi), ce n'est pas le cas de tout le monde. Les deux cowboys ringards qui souhaitent démolir ces deux « homos » sans aucune raison par exemple (mais qui prendront cher par la suite).
Le scénario de Paul est d'ailleurs dans la plus grande tradition des Apatow-Wright (ce qui peut paraitre surprenant puisque ce n'est pas le même type d'humour) c'est-à-dire qu'il ne limite pas ses personnages à des fonctions mais les fait au contraire évoluer et murir. C'était le cas des deux films de Wright avec le duo Frost / Pegg, mais c'est aussi le cas de bons nombre de productions Apatow et des deux précédentes réalisations de Mottola. Mais la fin est nettement plus optimiste, puisque cette évolution se fait de façon moins mélancolique que dans Adventureland et surtout SuperGrave où ce sentiment de perte était particulièrement perceptible. D'ailleurs les dix dernières minutes sont tout simplement jouissives entre les références aux films de Spielberg (Rencontres du troisième type pour le décor ; E.T. dont la fin est assez identique à celle de Paul qui est d'ailleurs pas loin d'être aussi émouvante), le clin d'oeil à Sigourney Weaver qui se prend un poing en pleine poire après qu'un des protagoniste lui ait dit « get away from her, you bitch » (phrase cultissime de Weaver qui ouvrait son duel final avec la « Reine-Mère » dans le film de James Cameron Aliens) et les multiples retournements de situation qui amènent la résolution de tous les enjeux posés par le film.
Paul est donc une belle réussite dont les effets spéciaux n'ont pas à rougir des plus grosses productions actuelles, à mille lieux des produits comiques honteux de notre belle France, et qui palie certains moments pas forcément hilarants par des instants assez touchants ou intenses (quelques scènes de tensions et d'actions assez réussies). Très certainement pas le meilleur film de Mottola, mais la réunion entre tous ces acteurs confirmés est tellement plaisante qu'il est difficile de faire la fine bouche. Le duo Pegg / Frost a mis quatre ans à se reformer sur un projet cinématographique mais la prochaine réunion ne sera pas trop longue à attendre : ils interprèteront les Dupont/d dans l'adaptation évènement de Tintin et le Secret de la Licorne par Steven Spielberg (eh oui, encore lui).
NOTE à 7,5 / 10
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