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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Paperboy

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Titre original : The Paperboy

Film américain sorti le 17 octobre 2012

Réalisé par Lee Daniels

Avec Matthew McConaughey, Zac Efron, Nicole Kidman,…

Thriller

En 1969, à Lately en Floride, Ward Jansen, reporter au Miami Times, revient dans sa ville natale, accompagné de son partenaire d’écriture Yardley Acheman. Venus à la demande de Charlotte, femme énigmatique qui entretient une correspondance avec des détenus dans le couloir de la mort, ils vont enquêter sur le cas Hillary Van Wetter, un chasseur d’alligators qui risque d’être exécuté sans preuves concluantes. Persuadés de tenir l’article qui relancera leur carrière, ils sillonnent la région, conduits par Jack Jansen, le jeune frère de Ward, livreur du journal local à ses heures perdues. Fasciné par la troublante Charlotte, Jack les emmène de la prison de Moat County jusqu’aux marais, où les secrets se font de plus en plus lourds. L’enquête avance au cœur de cette Floride moite et écrasante, et révèle que parfois, la poursuite de la vérité peut être source de bien des maux…

      

Le film précédent de Lee Daniels avait impressionné une presse et une élite cinéphile « bobo » promptes à s’enthousiasmer sur tout et n’importe quoi du moment que cela montre bien la misère de l’homme moyen, voire mieux, de l’homme pauvre. Un assez bon moyen pour que celles-ci se rassurent de leurs conditions de « membres supérieurs et aisés » de la société. Le monde est cruel mais pas pour eux. Ouf ! Regardons alors avec un mélange de pitié bienveillante, de faux-airs outrés et de mépris condescendant ces êtres malheureux et démunis dépeints dans ces grandes œuvres d’arts. Dans ce domaine, Daniels avait fait très fort avec l’insupportablement putassier et racoleur Precious ; film indépendant pas vraiment honnête mais élaboré dans le but de créer un « buzz » éphémère et de rafler quelques récompenses au cours de divers festivals et réceptions avant de sombrer dans un oubli heureusement irrémédiable.

Qui peut encore prétendre que Precious est un poignant drame mémorable ? Plus grand monde. Mais ils étaient bien plus nombreux au moment de sa sortie. Preuve donc d’un emballement pour le moins passager qui avait vu la consécration exagérément précoce de Lee Daniels comme grand réalisateur. L’Amérique est coutumière de ce genre de mauvaises surprises cinématographiques. On se souvient encore de Tom Hooper, réalisateur du sympathique mais fort oubliable et classique Le Discours d’un roi, qui fut consacré en grande pompe devant un David Fincher qui venait pourtant de livrer avec The Social Network son plus grand film. Mais il est peu probable qu’Hooper réitère ce coup-là tant le metteur en scène oscarisé semble livrer comme prochain film une comédie musicale d’une laideur assez inégalée. Ces dernières années, ces œuvres et artistes surestimées le temps de quelques mois furent pléthores.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/68/96/20088619.jpgÉpreuve

Lee Daniels en est probablement l’un des plus exécrables. D’abord parce que son Precious était une sorte de drame « tire-larmes » assez grossier, pendant U.S. de nos propres produits embarrassants, pseudo-voyeuristes et très léger en mise en scène tels La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli ou Polisse de Maïwenn. Surtout parce qu’en plus d’être une œuvre surfaite, elle se complaisait dans un misérabilisme nauséabond, moins réaliste que scandaleusement commercial. Son héroïne principale enquillait toutes les tares outrancièrement pathétiques : une fille obèse, pauvre, laide, analphabète, violée par son père, humiliée par sa mère violente (jouée évidemment par une comique dans son premier grand rôle dramatique), ayant des rêves impossibles et kitchissimes de princesses et étant mère à un très jeune âge d’un enfant trisomique (dont le père est celui de l’héroïne)… Il n’en fallut pas plus pour que la presse internationale, assez friande de ce genre de productions de toute évidence destinées à flatter l’égo et la conscience sociale des journalistes, s’emballe et porte sur un piédestal à la fois ce film dont plus grand monde se souvient (ou alors en mal), cette jeune actrice qu’on ne revoit plus et surtout ce nouveau jeune réalisateur « prodige ».

Le moment est donc venu de voir si Daniels confirme les espoirs que l’on avait placé en lui de façon peut être un peu rapide. Jonathan Dayton et Valerie Faris, metteurs en scène de Little Miss Sunshine, premier succès « indé » plutôt mérité pour le coup, s’étaient tout récemment retrouvés dans la même situation et avait brillamment su embrayer sur une nouvelle œuvre tout aussi aboutie et réjouissante avec Elle s’appelle Ruby. Daniels devait ainsi prouver sa véritable valeur avec Paperboy, adaptation cinématographique d’un roman de Peter Dexter qui avait un temps intéressé Pedro Almodovar puis Paul Verhoeven, désormais excommunié d’Hollywood. Lee Daniels avait même eu droit à une sélection en Compétition Officielle au dernier Festival de Cannes pour présenter en fanfare et au monde son nouvel ouvrage (ce qui est quand même encore mieux que de faire mousser celui de Sundance).

Une fois sorti de la salle de projection de Paperboy, difficile de penser que l’escroquerie Lee Daniels durera encore longtemps. Il fut le véritable canard boiteux de la Compétition aux yeux d’une « intelligencia » qu’on ne saurait, pour une fois, pleinement désapprouver. En premier lieu parce que le film de Daniels n’avait un peu rien à faire là-bas avec son pitch de série B très sommaire. Du cinéma « bis » et « de genre », il y en a toujours eu à Cannes bien qu’il ait souvent été bêtement rejeté par une « élite » préférant s’extasier sur le dernier film noir et blanc d’une obscure relique de la Nouvelle Vague ou sur le dernier drame misérabiliste d’un réalisateur d’Europe de l’Est connu que de cette dernière. On se souvient notamment de Drive de Nicolas Winding Refn, de Pulp Fiction de Quentin Tarantino ou encore du récent Des Hommes sans loi de John Hillcoat. Mais ces derniers avaient pour eux un point de départ initial « de genre » mais accompagné d’un traitement bien plus sérieux et bien plus riche que ce que le matériau ou l’histoire originale ne laissait transparaitre.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/20/55/20092296.jpgPulp Fiction

Or Paperboy est une histoire « pulp », c’est-à-dire sans réel intérêt ou importance, racontée dans un premier degré assez décourageant. Paperboy invente le genre du « film de gare », pendant cinématographique des fameux « romans de gare », ces livres sans grande conséquence qu’on achète dans une station afin de le lire pendant le trajet en train avant de le jeter une fois que l’on est arrivé à destination. On regarde Paperboy et puis on l’oublie aussitôt. Le film a autant d’intérêt qu’un journal « people ». Il n’est qu’une succession d’intrigues dignes de ragots salaces ou vendeurs dans laquelle on mélange un peu de violence « choquante » et un soupçon de sexualité débridée afin d’obtenir un produit marketing à l’apparence subversive et libre. Passé le cul, le sang, la sueur, les « fuck » et autre « nigger », il n’y a pas grand-chose de vraiment consistant à se mettre sous la dent.

Il y avait pourtant matière, notamment au regard du contexte historique du long métrage, à savoir le Sud profond pendant la période de la lutte des Droits civiques. Si le réalisateur noir Lee Daniels semble vouloir placer la question du racisme et du ségrégationnisme au centre de sa filmographie (elle est présente dans Precious et le sera aussi vraisemblablement dans son troisième film actuellement en tournage, The Butler, sur Cecil Gaines, majordome noir à la Maison Blanche de 1950 à 1980), il sous-traite ici étonnement ce point de l’intrigue. Cet aspect est vraisemblablement ce qui avait dû intéresser Verhoeven dans cette histoire à l’apparence puérile et vulgaire mais au fond assez « poil-à-gratter » ; ce genre de schéma était déjà visible dans quelques-unes de ses grandes œuvres comme Robocop, Showgirls ou encore Starship Troopers.

Pourtant Daniels délaisse continuellement en arrière-plan, avant de ne la faire réapparaitre plus que sporadiquement, l’unique chose à peu près réussie et intéressante dans Paperboy : la relation entre le jeune blanc Jack (Zack Efron, vraiment pas mauvais) et la nourrice noire de sa famille. Une relation assez touchante et symptomatique d’un changement de perception et de rapport que refuse encore de voir la vieille génération blanche. Cette révolution des mœurs est aussi traitée par le biais du frère ainé Ward (Matthew McConaughey, impeccable comme toujours) et de son collègue de travail afro-américain, mais il faut bien admettre que cela est clairement moins convaincant. D’autant plus que Daniels tente d’y greffer le tabou de l’homosexualité alors en train de se briser, et qu’il ne réussit aucunement à avoir un discours pertinent sur les deux sujets, préférant s’adonner à une poignée de séquences qui se vautrent dans la provoc’ à deux balles.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/20/55/20092294.jpgAfro-américains contre ‘White Trash’

Que reste-t-il à part cette laborieuse et très superficielle analyse des rapports Blancs/Noirs dans l’Amérique des « sixties » ? Un vague thriller moite vaguement combiné au film d’enquête et au film juridique. On y croise des « rednecks » chasseurs d’alligators paumés au fin fond des marécages, de jeunes « yéyés » ayant de faux airs de James Dean, des journalistes suintant et des MILFs « white trash » complètement refaites. Paperboy prend alors un faux-air de Killer Joe. Tout le monde est pourri, même les plus aimables d’apparences, et chacun recèle de noirs secrets. Tous vont être abominablement punis après avoir trop tourné autour de la figure maléfique incarnée par le mauvais John Cusack, ce dernier tentant de recopier ce surjeu délirant et autodestructeur de Nicolas Cage (la coupe de cheveux débile est même incluse).

Daniels ajoute une pincée de sorcellerie, élément fantasmagorique typique du lieu dans lequel se déroule le long métrage, et un peu (vraiment très peu) d’humour, les rires étant surtout causés au détriment du film. La totalité du casting a le droit à son moment d’abaissement. Même Matthew McConaughey qu’on croyait exempt d’un tel traitement pendant près d’une heure et demie de long métrage, se retrouve humilié dans une posture embarrassante. Sa tendre relation avec son frère cadet est aussi tout juste esquissée pendant le dernier quart d’heure, ce qui est bien dommageable. Cusack n’a quant à lui besoin de personne pour être ridicule. Nicole Kidman en prend plein son grade avec abnégation comme si elle avait eu le vain espoir pendant le tournage d’obtenir de grandes récompenses et de belles acclamations après autant de sacrifices et de souffrances.

Si la transformation en pouffe vulgaire refaite au bistouri est assez effrayante de véracité (elle est loin la Nicole Kidman d’Eyes Wide Shut), l’écriture de son personnage de fascinante tentatrice est clairement à côté de la plaque. Jamais on ne comprend la fascination du jeune Jack pour elle ; un Verhoeven n’aurait sûrement pas réduit cette femme, en outre potentiellement riche, à un si petit statut. Dans un élan sadomasochiste louable, Kidman accepte d’être enlaidie, humiliée, ridiculisée, soumise à jouer des séquences d’une rare débilité. Dès la vingtième minute, elle se lance dans une parodie, grotesque à l’extrême, de la célébrissime séquence d’interrogatoire de Basic Instinct (une sorte de rapport sexuel à distance à base de décroisements de cuisses, de craquages de bas et de cris d’orgasme rauques, attention au fou rire !).

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/68/96/20088614.jpgGueule d’ange

Mais le plus serviable dans tout ce casting reste le jeune Zack Efron. Bien piégé par cette image de « jeune premier pour gamines » qu’il se trimballe après avoir été la star des ringards High School Musical, Efron tente ici de jouer la carte du minet ternissant son image de gendre idéal et propre sur lui. Une stratégie très ancienne qui fut (et est encore) utilisée par Tom Cruise (par le biais de rôles dans Né un quatre juillet d’Oliver Stone, Entretien avec un vampire de Neil Jordan, Collatéral de Michael Mann ou encore La Guerre des Mondes de Steven Spielberg), Brad Pitt (avec sa participation dans Se7en et Fight Club de David Fincher ou encore The Tree of Life de Terrence Malick), Leonardo DiCaprio (qui ne fait que ça depuis le Titanic de James Cameron entre Les Infiltrés de Martin Scorsese, Blood Diamond d’Edward Zwick ainsi que le prochain Django Unchained de Quentin Tarantino) ou encore tout récemment Robert Pattinson avec Cosmopolis de David Cronenberg.

Ici, il accomplit sans rechigner le moindre fantasme du réalisateur. En slip blanc pendant la moitié du film, montrant presqu’impudiquement son anatomie de rêve aux spectatrices et à son réalisateur, il se fait pisser dessus par Kidman avant de parvenir à enfin la sauter (le film, pourtant voyeuriste et racoleur, se targue de ne pas l’être et coupe ouvertement la scène),… Il y incarne un jeune conducteur qui finit miraculeusement grand écrivain, bien qu’on ne le voie pas écrire une seule ligne pendant tout le long métrage. Néanmoins, une telle bonne volonté de la part d’Efron fait plaisir à voir. Dommage que ce ne soit que pour un film mineur atrocement vain et inintéressant. Au milieu de ce gloubi boulga d’images laides, granuleuses, saturées de couleurs, souvent surexposées (seul moyen qu’a trouvé Daniels pour représenter la chaleur de la région), montées n’importe comment et représentant de manière minable le bayou qui constitue pourtant l’un des plus mystérieux paysages américains, on peut au moins se rassurer en se disant qu’un jeune acteur, autrefois moqué par un public adulte, vient peut être d’éclore et d’entrer dans la cour des grands.

Reste à savoir s’il parviendra à s’y faire une place ou s’il se fera éjecter sans plus de ménagement par la concurrence. En l’état, on peut regretter que le réalisateur n’ait pas semblé avoir plus de considération pour Efron que s’il avait été un simple morceau de viande à écorner. Daniels ne le méritait vraiment pas tant son film est médiocre et sans aucune finalité logique. On passe la projection à se demander où le metteur en scène veut nous emmener avant de nous rendre qu’il nous a baladé pendant deux heures pour nous amener nulle part. Aussi mauvais et puéril soit-il, Paperboy ne détériorera malencontreusement pas tout de suite la carrière de Daniels. Toujours auréolé de son « buzz » post-Precious, il a eu le temps de se lancer dans l’ambitieux The Butler en réunissant rien de moins que le casting suivant : Forest Whitaker, Alan Rickman, Robin Williams, Jane Fonda, Oprah Winfrey, Vanessa Redgrave ainsi que Melissa Leo. De son propre aveu, il s’agirait du projet pour lequel il s’est le moins investi au préalable. Espérons qu’il saura aussi se départir de son habituelle esbroufe visuelle et de son incompétence crasse pour tout ce qui touche à la technique cinématographique afin de livrer ne serait-ce qu’un film académique qui ne saborde pas son passionnant sujet.

NOTE :  2,5 / 10

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/68/96/20088596.jpg

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