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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Happy Birthday, Mr Bond ! 1/2

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Le 23ème épisode de James Bond, SkyFall, réalisé par Sam Mendes marque aussi l’anniversaire de la plus longue série cinématographique. A l’âge fatidique de 50 ans, soit un beau demi-siècle au rythme soutenu de près d’un film tous les deux ans, il est intéressant de se tourner un temps en arrière avant de se lancer dans l’analyse et la critique de ce nouvel opus. Regarder le passé afin de préparer l’avenir est ici d’autant plus indiqué qu’il s’agit justement de la démarche centrale de SkyFall. Alors je me lance à mon tour dans une rétrospective « bondienne », aux notes évidemment éminemment subjectives, dont voici la première partie :

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/70/94/18990689.jpgJames Bond contre Dr. No de Terence Young (1962)

Un premier épisode qui dispose des qualités inhérentes à son statut d’« opus initial ». On retiendra avant tout le fait qu’il pose quelques-unes des principales bases iconiques du personnage de 007 et de son univers. Après un long casting qui aura vu les producteurs s’intéresser à James Stewart et surtout à Cary Grant pour le rôle de Bond (Alfred Hitchcock sera évidemment courtisé pour la réalisation), c’est l’écossais et inconnu Sean Connery qui est choisi pour le rôle-titre. Ian Fleming, écrivain et créateur du personnage, ne cacha pas sa déception quant à ce choix avant d’être finalement à ce point convaincu par la prestation de Connery qu’il rajoutera à 007 des origines écossaises dans un des derniers romans qu’il écrira avant sa mort. Suave, séducteur, jamais avare en piques humoristiques, mais aussi violent et ténébreux (il exécute froidement un des sbires du Dr. No),… Connery demeure aujourd’hui encore dans l’inconscient cinéphile comme l’incarnation même de l’agent britannique.

En lui-même, le film n’est pas palpitant et n’a pas forcément bien vieilli. On retiendra quelques séquences mythiques comme la fameuse sortie hors de l’océan de la sublime Ursula Andress « vêtue » d’un « deux pièces » magistral qui fit s’évanouir une bonne partie du public masculin. On pourra aussi garder la terrifiante scène de la tarentule, celle du « Dragon » ou encore celle du diner avec le fameux Dr. No incarné par Joseph Wiseman. Première apparition du fameux « gunbarrel », du magnifique thème de Monty Norman, du Walther PPK, de la « reine » des Bond Girls et de l’un des « bad guy » les plus célèbres de la franchise,… Mais Dr. No demeure un thriller gentillet qu’il faut surtout retenir pour LA séquence : l’introduction parfaite du personnage de James Bond dans un casino. Une des séquences préférées des « Bondophiles ». En octobre 1962, Sean Connery entrait dans la légende.

NOTE :  4 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/70/93/18990720.jpgBons Baisers de Russie de Terence Young (1963)

On passe directement à l’apogée de la franchise sans même être passé par quelques étapes intermédiaires. Comme bon nombre de sagas (Star Wars de George Lucas, les Batman de Tim Burton et de Christopher Nolan, Spider-man de Sam Raimi,…), le premier épisode marquait l’introduction d’un univers sans avoir encore l’assurance que le résultat plairait au public. Auréolée d’un immense succès à sa sortie, la production remet ça mais en mettant les petits plats dans les grands. On se retrouve avec un « Bond movie » puissance 1000 doté d’un scénario réaliste de thriller d’espionnage porté par l’une des rares mises en scènes inspirées que comptera la saga. Terence Young demeure en effet le seul « bon » réalisateur de la franchise avant l’arrivée inopinée de Sam Mendes quelques cinquante années plus tard.

Sean Connery s’est définitivement approprié le personnage tandis que l’on introduit encore quelques aspects importants de la mythologie « bondienne » : générique sur fond de femmes dansantes, John Barry à la musique (une patte qui marquera à vif l’identité de la franchise), Q sous les traits de Desmond Llewelyn, les premiers gadgets (la valise multifonctions),… Si la James Bond Girl principale (Daniela Bianchi) est au centre de l’intrigue, puisqu’elle est l’appât d’un piège complexe élaboré par la machiavélique organisation SPECTRE afin de duper les deux Blocs, voler un lecteur  de décryptage et se venger de l’assassin du Dr. No, elle se révèle cependant moins marquante que la précédente. Mais le film se rattrape par une parfaite némésis (la première d’une longue série) en la personne de l’inquiétant et très professionnel Red Grant (Robert Shaw peroxydé, un détail qui semble porter chance aux méchants « bondien »), une méchante potentiellement lesbienne ainsi que par un des alliés les plus sympathiques de la série avec Kerim Bey (incarné par Pedro Armendariz, alors condamné à mort par la maladie).

Les moments mythiques sont innombrables entre la fusillade dans le camp gitan, la première rencontre entre Bond et Tatiana Romanova (scène refaites régulièrement lors des castings pour le rôle de 007), la longue séquence dans l’Orient Express s’achevant par une phénoménale bagarre à mains nues et en huis clos entre Grant et Bond (immense moment de tension, de violence et de viscéralité qui n’a rien à envier aux Jason Bourne qui ne viendront que quarante ans plus tard), la course-poursuite entre un Bond à pied et un hélicoptère (un des nombreux hommages à l’étendard du genre, La Mort aux trousses d’Hitchcock), la poursuite en bateau ou encore la scène finale avec la chaussure piégée (reprise dans The Dark Knight de Christopher Nolan). Musique parfaite, réalisation inspirée magnifiant les nombreux décors, acteurs au top de leurs formes, scénario ciselé précisément et mêlant parfaitement action, suspense et humour,… Malgré un tournage difficile, le film reçut un aussi grand succès et demeure encore comme le meilleur « Bond movie » mais aussi comme l’un des plus grands thrillers d’espionnages de l’Histoire du cinéma.

NOTE :  9 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/70/85/18990758.jpgGoldfinger de Guy Hamilton (1964)

Le plus connu des films de James Bond. Le plus iconique. Le plus symbolique aussi. Peut-être aussi l’un des plus surestimés. Commençons d’abord par les points positifs. Il s’agit du troisième acte d’introduction du personnage. Les derniers fameux éléments de la mythologie sont instaurés : générique de début désormais chanté (ce sera le cas de tous les James Bond à l’exception d’Au Service Secret de sa Majesté) avec le majestueux « Goldfinger » de Shirley Bassey qui deviendra un standard dans le domaine de la chanson « bondienne » ; l’Aston Martin DB5 gadgétisée dotée du fameux siège éjectable (l’engin reste aussi le standard de la voiture « bondienne »),… Autre bon point avec les célébrissimes antagonistes de l’agent 007 : un mégalo milliardaire blond et gras obsédé par l’or et au nom évocateur de Goldfinger (Gert Fröbe) ; Odd-job, un homme de main asiatique muet, bedonnant et au chapeau bien particulier (incarné par le catcheur sino-américain Harold Sakata).

Les James Bond Girl, toutes blondes pour coller au sujet, sont plus marquantes et plus complexes : l’une meurt recouverte d’or dans l’une des scènes les plus marquantes de la franchise (mollement reprise et actualisée dans Quantum of Solace) ; une autre, au nom tout aussi évocateur de Pussy Galore (« chatte à profusion »), est vraisemblablement lesbienne avant que Bond ne croise son chemin. Si la première heure est un modèle du genre enquillant les moments mémorables comme le prégénérique, la partie de golf contre Goldfinger, la course-poursuite en Aston Martin ou encore la géniale scène du laser « castrateur » (une des rares scènes de suspense abouties de la franchise), la seconde heure se révèle plus plate et monotone. La faute vient probablement du fait que Bond demeure jusqu’à la fin le prisonnier de Goldfinger, ce qui limite ses mouvements et son rayon d’action. Une baisse de rythme pendant laquelle le méchant du film expose et prépare longuement son plan. Un ultime sursaut intervient lors de l’attaque de Fort Knox, la banque la mieux protégée au monde, et surtout avec le dernier combat contre Odd-job. Le « 007 » en guise de décompte final n’est pas non plus à écarter. Par contre la dernière scène voyant l’affrontement entre l’agent secret et Goldfinger dans un avion dépressurisé ne parvient pas à convaincre pleinement le spectateur devant ce film clairement bâtard. L’indigent Guy Hamilton y reprenait effectivement à son compte le travail préparatoire du plus talentueux Terence Young qui avait quitté temporairement le navire.

NOTE :  6 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/70/83/18990822.jpgOpération Tonnerre de Terence Young (1965)

Terence Young revient aux affaires pour son dernier épisode « bondien ». Le niveau est donc relevé pour cette aventure dans l’ensemble très sous-marine. L’épisode est en quelques sortes la suite de Bon Baisers de Russie (bien que 007 ait déjà son Aston Martin), alors que Goldfinger avait fait fi de toute cohérence en écartant complètement cette nouvelle organisation SPECTRE que le second épisode de Young venait d’introduire. Ce groupe de criminel élabore un plan complexe visant à voler deux bombes nucléaires lors d’un essai aérien puis à faire chanter les diverses puissances mondiales afin de leur extorquer une somme d’argent colossale. Quelques petites particularités sont à noter dans cet épisode. Bond commence d’abord l’aventure en rééducation après une blessure qu’il reçoit au cours du prégénérique. C’est aussi le seul épisode où l’on voit les huit autres « 00 ».

Opération Tonnerre est aussi le premier épisode à introduire une vraie méchante en la personne de la rousse incendiaire Fiona Volpe (Luciana Paluzzi à la plastique assez étourdissante). Tout le film transpire l’exotisme et le divertissement de haut vol (premier épisode en Cinémascope). On retrouve les gadgets, le « bad-guy » difforme (l’excellent Adolfo Celi et son cache-œil), les décors de rêves, les Bond Girls en bikini (le cadre s’y prête bien),… A noter que l’une des Bond girl secondaire apparait déjà dans Bons Baisers de Russie et que la Bond Girl principale est Claudine Augier, soit la première actrice française à hériter du poste. Loin d’être une potiche, elle se retrouve au centre même de l’intrigue et joue un rôle capital dans son dénouement. Les séquences d’action sont aussi présentes mais on retiendra surtout la longue bataille sous-marine finale qui constituait à l’époque une prouesse technique sans précédente. Il n’y a donc pas grand-chose à ajouter si ce n’est qu’Opération Tonnerre est un excellent cru que la magnifique composition de John Barry ne fait que relever. Il reste encore aujourd’hui le « Bond movie » ayant remporté le plus grand succès au box-office. A cause de problèmes de droit initiaux, le film ayant été prévu au départ comme la première aventure « bondienne », Opération Tonnerre sera remaké en 1983, toujours avec le vieillissant Sean Connery dans le rôle-titre, sous le titre de Jamais plus Jamais d’Irvin Kershner (considéré comme un épisode à part de la franchise).

NOTE :  7,5 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/62/91/36/18991367.jpgOn ne vit que deux fois de Lewis Gilbert (1967)

Young passe la main à Lewis Gilbert pour cet épisode scénarisé par Roald Dahl (l’auteur de Charlie et la Chocolaterie et de James et la Grosse Pêche). Connery commence visiblement à se lasser du rôle mais parvient encore à convaincre dans le rôle de 007. L’exotisme est encore de mise pour cet épisode qui se déroule presqu’exclusivement au Japon. On pourra toujours rire maintenant de cette peinture occidentale un peu caricaturale de l’Extrême Orient où l’on croise évidemment des « sumos », des « ninjas », des geishas à chaque coin de rue. Mais l’emballage est encore une fois des plus réussis entre une somptueuse composition de John Barry, une chanson magnifique de Nancy Sinatra, une réalisation plutôt correcte et surtout les décors de Ken Adam (chef décorateur de Stanley Kubrick) qui signa quelques-uns des plus beaux plateaux de la franchise et de l’Histoire du cinéma. Sa base à l’intérieur d’un volcan reste l’un des éléments les plus marquants de ce Bond résolument plus fantaisiste. Les gadgets sont encore de la partie avec la « petite Nellie », un mini-hélicoptère réservant de nombreuses surprises. Le patron de Bond, M, se balade maintenant en sous-marin, 007 visite une école de ninjas, se déguise en japonais et va se marier avec une « fille au visage porcin ».

Par contre, l’esprit « bon enfant » de l’ensemble ne se retrouva pas lors de son tournage, assez calamiteux, éprouvant pour les acteurs principaux et jonché d’accidents plus ou moins graves. Bien que sa tonalité diffère encore un peu plus de celles opus précédent de part sa légèreté de traitement, On ne vit que deux fois poursuit l’aventure alors générale de 007 contre le SPECTRE. Le film de Gilbert en constitue une étape importante puisqu’il révèle pour la première fois le visage de son grand chef, Ernst Stavro Blofeld, sous les traits de Donald Pleasence. Le film réserve quant à lui de nombreux beaux morceaux comme la « mort » de 007 au début du film, la poursuite en voiture dans les rues de Tokyo, la bataille aérienne, le final explosif dans le volcan ou encore la mort d’Aki que l’on croit être la Bond Girl principale et qui décède d’une drôle de manière à la fin du deuxième tiers d’On ne vit que deux fois. Le film montre aussi le meilleur allié de 007 en la personne de Tanaka, très sympathique et combatif chef des services secrets nippons incarné par Tetsuro Tamba.

NOTE :  7 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/70/82/18991380.jpgAu service secret de sa Majesté de Peter Hunt (1969)

L’épisode de Hunt est l’un des rares OFNI de la franchise avec Permis de tuer et SkyFall. Un film qui respecte les codes d’un « Bond movie » sans en être pleinement un. Cet épisode est considéré par bon nombre de fans comme le meilleur de la série. La raison est qu’il relate d’abord l’une des aventures les plus singulières de 007 puisqu’il rencontre pendant sa mission Tracy di Vincenzo, jeune femme rebelle et un peu perdue qu’il sauve de la noyade et dont il va tomber complètement amoureux. Si l’épisode fait bien suite à On ne vit que deux fois (007 débute le film en recherchant Blofeld qui est parvenu à s’enfuir de son volcan), il est bien difficile de considérer le Bond d’Au service secret de sa Majesté comme la continuation logique de celui d’On ne vit que deux fois. Moins fanfaron, plus jeune, de nouveau plus apte à la violence,…

Ce changement de caractère et cette cassure au niveau de l’ambiance vient avant tout à ce premier changement d’interprète principal. Sean Connery, devenu star international et quelque peu fatigué du rôle, laisse sa place au complètement inconnu et assez fade George Lazenby. L’incomplète réussite du long métrage, qui aurait dû s’imposer comme la pierre angulaire de la franchise, lui incombe en partie. A cela vient s’ajouter la mise en scène classique et efficace de Peter Hunt qui ne parvient jamais à surélever son très noir sujet. Les morceaux de bravoure demeurent présents malgré le rythme plus long et lancinant du film. On retiendra surtout la fabuleuse course poursuite nocturne en ski ainsi que l’assaut final de la base de Blofeld qui s’achève avec une bagarre à bobsleigh absolument enivrante. De nouveau plus proche de l’ambiance des bouquins de Fleming, Au service secret de sa Majesté n’en oublie pas les codes instaurés dans les films précédents. Malgré son amour pour Tracy, Bond ira voir occasionnellement (pour le bien de la mission) quelques autres demoiselles (il sera servi à ce niveau-là), emploiera quelques gadgets, détruira la base secrète du méchant,… John Barry livre sa meilleure partition « bondienne » ; cette dernière sera agrémentée d’une bouleversante chanson de Louis Armstrong (« We have all the time in the world »).

Plus humain, on apprend quelques menus détails sur son passé et sa famille, le 007 de Lazenby déplut immédiatement au public de l’époque. Et c’est bien dommage quant on voit qu’il s’agissait surtout de la première tentative d’humanisation d’une saga qui va pendant un temps aller dans la pantalonnade. Une volonté d’apporter de la noirceur et un peu de psychologie à une franchise qu’on croit à tort destinée aux enfants. Timothy Dalton s’y emploiera à son tour sans non plus rencontrer de succès avant que Daniel Craig parvienne à accomplir ce que deux de ses prédécesseurs ont échoué. Le film ne remporta pas le succès des épisodes précédents, en grande partie parce que nombreux étaient les spectateurs qui n’apprécièrent pas cette tonalité très sombre et ce final bouleversant dénué d’happy-end qui tranchaient diamétralement avec l’ère Connery. Le film n’est pas dénué de défauts : un montage presque épileptique lors des scènes d’action, précurseur de la franchise Bourne ; des effets spéciaux et des inserts assez hasardeux ; Lazenby qui se fait voler la vedette par Telly Savalas (Blofeld) et Diana Rigg (Tracy, une des meilleures Bond Girl aux côté d’Eva Green, de Carole Bouquet et de Barbara Bach) ;… Mais la beauté de son script et des séquences filmées en font l’un des épisodes les plus marquants de la saga et surtout l’un des plus tragiques.

NOTE :  7,5 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/70/81/18991399.jpgLes Diamants sont éternels de Guy Hamilton (1971)

Branle-bas-de-combat après la déception au box-office du précédent opus. Les producteurs, terrifiés à l’idée de flinguer une aussi lucrative licence, font un demi-tour quasi immédiat. On remercie le jeune Lazenby et on sort le carnet de chèques pour ramener une nouvelle fois Sean Connery pour ce qui constitue sans problème comme son « Bond » de trop. Bedonnant et portant une moumoute plus très discrète, Connery cachetonne comme jamais, balançant un nombre incalculable de vannes plus ou moins drôles et passant son temps à être doublé. Sa participation est minimale mais permet de retrouver illusoirement le Bond d’antan. Le personnage y perd encore en cohérence. Difficile de voir le lien entre ce James Bond et celui de Lazenby ; difficile même de le raccorder aux premiers Sean Connery. On raye Tracy de notre mémoire : Bond poursuit bien Blofeld (incarné par un acteur secondaire d’On ne vit que deux fois) mais pas vraiment dans une optique de vengeance personnelle.

Niveau ambiance, on fanfaronne. L’agent 007 ne sera plus sérieux avant une dizaine d’années avec Rien que pour vos yeux, et c’est encore très discutable. Bond rencontre au cours de son aventure l’unique Bond Girl principale rousse, incarnée par Jill St John qui compose un personnage de potiche à la ramasse assez amusant. On retourne dans le « bling-bling » et la démesure (Blofeld possède un satellite qui tire un laser à l’aide de diamants). Dans cette aventure chtarbée mais un brin laborieuse (à l’image de la performance de Connery), on assiste à un paquet de séquences « what the fuck » dignes d’une parodie d’OSS 117 par Michel Hazanavicius : 007 étrangle une femme avec son soutien-gorge et rencontre une demoiselle au doux nom d’Abondance Delaqueue ; 007 affronte un couple d’hommes de main gays (un combat s’achevant dans une ultime séquence délirante par son je-m’en-foutisme et son jusqu’auboutisme dans la bouffonnerie) ; 007 conduit un engin lunaire dans le désert d’Arizona ; 007 se fait incinérer ; Blofeld se travestit en vieille femme ; une femme noire en cage se transforme en gorille ;… D’un strict point de vue objectif, ce film est un carnage qui va plonger le personnage dans une quinze années de farces de plus ou moins bons goûts. Le Bond de Fleming ne réapparaitra pas avant 1987 avec Tuer n’est pas jouer. Pourquoi une telle note favorable alors ? Par nostalgie, cet épisode étant l’un des premiers que j’ai vu et est donc l’un de ceux que j’ai le plus visionné. Et puis ce serait mentir que de dire que l’on ne se marre pas pendant la projection. Et la chanson de Bassey et la musique de Barry sont d’une classe folle.

NOTE :  6 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/70/80/18991421.jpgVivre et Laisser Mourir de Guy Hamilton (1973)

Le carnet de chèques ne suffit plus. Connery décroche définitivement du rôle, sans aucun regret, et ne le reprendra qu’avec Jamais plus jamais, tel un ultime pied-de-nez aux producteurs de la série officielle. On oublie en effet souvent de dire que, même si Connery restera à jamais « l’incarnation » de James Bond, l’acteur écossais se montre encore aujourd’hui assez réticent et pas forcément très enthousiaste lorsqu’il s’agit de parler ou de se remémorer ce rôle qui faillit vampiriser sa carrière. La question de la relève se pose à nouveau. Si George Lazenby avait été un choix couillu infructueux, les producteurs espèrent dorénavant miser sur la sureté. Alors que la presse considère déjà que le personnage de 007 au cinéma est définitivement mort après le départ de Connery (une des nombreuses annonces nécrologiques qui émaillent l’évolution de la série), les producteurs engagent Roger Moore. Ce dernier est pourtant plus âgé que Connery mais dispose d’un physique plus juvénile. Il est connu en Europe pour avoir tenu le rôle principal de la série « Le Saint » et l’un des deux rôles-titres d’« Amicalement Vôtre » aux côtés de Tony Curtis. Choix rassurant parce qu’il était déjà l’un des plus sérieux compétiteurs pour le personnage lors du casting de Dr. No.

Vivre et laisser mourir remporta un grand succès qui permit à Moore, à l’inverse de Lazenby, de garder sa place d’agent 007 qu’il reprendra six fois jusqu’en 1985. Pourtant le film en lui-même est loin d’être dénué de défauts et s’inscrivait alors sans aucun problème comme l’un des plus faibles épisodes de la franchise. Si quelques scènes demeurent inoubliables comme le quadruple saut à dos de crocodiles, la longue poursuite en hors-bord ou encore la scène du bus impérial, le film n’a clairement aucune once d’identité « bondienne ». D’agent secret classe, froid et sexuellement agressif, fumant la cigarette et buvant de la vodka martini, on passe soudain à un dandy aristocrate plutôt gentillet et désintéressé, ayant aux lèvres un long cigare et sirotant du bourbon. Revirement à 180° pour ce personnage qui semble déjà avoir autant de personnalités différentes que de smokings dans sa penderie. Q est absent, M vient chez 007 lui donner sa mission, Bond n’apparait pas lors du prégénérique,… Autant de cassures au niveau des codes qui s’ajoutent à l’ambiance très américaine du long métrage. En pleine blaxploitation, les producteurs considèrent qu’il est temps d’adapter l’un des romans les plus ambigus, osons « racistes », de Fleming. Si le contenu est très édulcoré, le film vogue sur la vague du « cinéma noir » tout en ajoutant une ambiance vaudou/Nouvelle Orléans.

Parce que Clint Eastwood a récemment remporté un grand succès avec L’Inspecteur Harry de Don Siegel, on donne à Bond un Magnum à la place de son fidèle Walther PPK. Parce que French Connection de William Friedkin a cartonné deux ans auparavant, les producteurs et scénaristes incluent une course poursuite de voitures en vue subjective dans les rues de New York. La jolie Jane Seymour joue les demoiselles en détresses tandis que Yaphet Kotto incarne un parrain de la drogue dans une intrigue qui n’a pas grand-chose du film d’espionnage. Bond y affronte aussi Tee-hee, un homme de main ayant un bras métallique, et le Baron Samedi, sorte d’être immortel et folklorique, avant de rencontrer l’embarrassant shérif Pepper (de loin l’une des plus mauvaises idées de la série). On nage souvent en plein délire régulièrement hors sujet mais, comme l’épisode précédent, je ne peux m’empêcher d’avoir une appréciation nostalgique envers ce film qui fut aussi l’une de mes toutes premières expériences « bondienne ». La B.O. de George Martin est par contre très réussie et l’indépassable chanson de Paul McCartney demeure sans problème le tube « bondien » le plus génial de ces cinquante dernières années.

NOTE :  6 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/70/79/18991469.jpgL’Homme au pistolet d’or de Guy Hamilton (1974)

On ne change pas une équipe qui gagne et on poursuit dans la même lignée. Il s’agit de nouveau d’un Bond plus oriental. A ce titre, bien en a pris aux producteurs tant les voyages aux Etats-Unis ne semblent pas porter chance à Bond (il réitèrera ça avec l’embarrassant Dangereusement Vôtre). C’est ce qui rend cet épisode un peu plus jouissif que le précédent. Mais sans Sean Connery, la franchise semble en pleine recherche de son identité propre ; on pourra facilement se rendre compte que c’est encore un peu le cas aujourd’hui. Pourquoi l’Asie ? Parce que Bruce Lee. Les films de « kung-fu » étant de plus en plus populaires, on envoie 007 faire des arts martiaux à Macao contre quelques sumos japonais. Si on pouvait sourire devant la peinture gentiment clichée du Japon dans On ne vit que deux fois, l’exotisme prend ici la forme d’un « melting-pot » mal dosé.

L’histoire retrouve des accents plus « bondien », notamment par le biais du personnage de « bad guy » incarné par l’inquiétant et charismatique Christopher Lee. Scaramanga, aka l’homme au pistolet d’or, est clairement l’un des méchants les plus savoureux des films de James Bond. Il est malgré tout inscrit dans une intrigue indigne de lui qui ne le met pas assez en valeur. Il est aussi la seconde némésis de Bond : séducteur, froid, professionnel, aimant le luxe et la bonne chair, possédant des gadgets et une voiture particulière,… Il ne lui manquerait, et c’est là toute la différence, que l’amour patriotique de l’Angleterre pour être James Bond. Scaramanga et Lee concentrent à eux-seuls l’un des nombreux problèmes de l’époque Moore. A savoir que l’acteur principal, qui n’est pas le plus grand de tous les acteurs, se fait régulièrement voler la vedette (pour ne pas dire littéralement « bouffer ») par l’interprète incarnant un méchant souvent beaucoup plus intéressant que le héros. Ces méchants ne cesseront de gagner en exubérance avant de redevenir à une échelle plus réaliste avec l’arrivée de Dalton.

L’homme au pistolet d’or se révèle plus avare en beaux morceaux de bravoure. On en retiendra surtout un prégénérique assez psychédélique et bien pensé (malheureusement réutilisé à l’identique dans le final), une poursuite en bagnole dans Macao ainsi qu’un duel entre 007 et Scaramanga (un des rares clins d’œil au western avec le gag malvenu dans Moonraker et surtout le final crépusculaire de SkyFall). Britt Ekland joue une potiche inutile qui contrebalance son écriture lamentable par un humour bienvenu tandis que Maud Adams incarne une demoiselle en détresse plus complexe et intéressante (le personnage de Severine dans le film de Mendes lui rend clairement hommage). Des moments « what the fuck » viennent régulièrement agrémentés le film entre une bagarre générale dans une école d’art martiaux, James Bond qui débarque avec un troisième téton afin de se faire passer pour Scaramanga, la voiture volante de ce dernier, l’interminable nouvelle poursuite en bateau avec le retour bien dispensable de Pepper, le combat de 007 contre deux sumos et l’anti climax final opposant un Bond en robe de chambre et un nain braillard lanceur de bouteilles. Le Bond de Moore y fait très occasionnellement preuve de cruauté (il menace de briser le bras d’une femme ; il avait aussi eu une attitude parfois très trouble avec la Bond girl principale de Vivre et laisser mourir). Blindé de défauts, L’Homme au pistolet d’or reste une aventure « pulp » plutôt divertissante et amusante. La B.O. de Barry est enjouée mais on regrettera l’absence de la chanson initialement prévue d’Alice Cooper.

NOTE :  6 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/70/78/18992113.jpgL’Espion qui m’aimait de Lewis Gilbert (1977)

Clairement le meilleur Bond de Roger Moore. Celui qui syncrétise l’atmosphère détendue, inventive, légère, exotique de ces épisodes sans jamais paraitre trop lourd ou indigeste. Si le film est inventif et pas très réaliste, l’ensemble ne parait jamais hors de propos ou trop décalé (« over the top »). Si Goldfinger, troisième épisode de Connery en tant que Bond, est considéré par beaucoup comme le meilleur de sa période, le troisième Moore montre aussi l’acteur à son apogée. L’agent secret est définitivement débarrassé de la moindre violence, bien qu’une allusion à sa femme décédée apporte un peu de profondeur à cette figure héroïque régulièrement décomplexée (sans oublier une magnifique séquence de lutte qui s’achève par un James Bond tuant froidement un sbire, après l’avoir fait parler, en lui retirant des mains sa propre cravate à laquelle le méchant s’accrochait pour ne pas tomber dans le vide). Le scénario est un lointain « remake » maritime d’On ne vit que deux fois mais se révèle encore une fois assez efficace dans sa façon d’introduire et de développer des personnages tout en proposant un certain nombre de séquences remplies de tension et d’imagination.

L’un des principaux intérêts de ce film est la relation assez particulière et torride que Bond entretient avec la Bond Girl principale, à savoir la très jolie Barbara Bach (dont le patron est incarné par un acteur très secondaire de Bons Baisers de Russie). L’un incarne l’Ouest ; l’autre incarne l’Est. Une belle idée à une époque où la Guerre Froide battait encore son plein mais où la Détente commençait à clairement poindre le bout de son nez. Les Russes ne sont plus forcément les ennemis et peuvent parfois être pris au piège par des mégalomanes cruels et misanthropes. Pire encore, Bond se révèle au cours de l’intrigue comme l’assassin de l’agent secret russe dont était amoureuse la belle espionne. De quoi pimenter une relation ! A cela s’ajoute un beau respect des codes avec un méchant fou aux mains palmées (Curd Jürgens) et surtout un sous-fifre aux dents d’acier répondant au nom de Requin (Richard Kiel, dans l’un des rôles les plus populaires de la franchise). Les gadgets sont de la fête avec une voiture sous-marine et la première utilisation du jet-ski.

Doté d’un des meilleurs prégénériques de la série (le parachute Union-Jack, rien de tel pour réveiller l’ardeur patriotique), de l’une des meilleures chansons et de l’une des meilleures B.O. composée par Marvin Hamlisch, L’Espion qui m’aimait partait dès les dix premières minutes comme l’un des meilleurs « Bond movie », d’autant plus qu’il est sorti à la date éminemment symbolique du 7 août 1977 (07/07/77). Enumérer les morceaux de bravoure de cet opus qui se finit sur une immense bataille dans le plus grand décor intérieur jamais construit serait interminable. Ce Bond est grand : paysages somptueux de l’Egypte et de l’Italie ; beauté des Bond Girl ; cruauté des méchants ; folie des décors ; humour décomplexé ;… L’Espion qui m’aimait est un divertissement de haut vol. Comme disait la tagline de l’époque : « It’s the best. It’s the biggest. It’s Bond… and beyond ».

NOTE :  7,5 / 10

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/62/90/83/18658510.jpgMoonraker de Lewis Gilbert (1979)

Et là c’est la catastrophe. Si de nombreux grands épisodes de Bond sont apparus à la suite d’épisodes calamiteux, l’inverse s’est aussi régulièrement produit. Que s’est-il passé ? Les producteurs ont-ils flanché ? N’ont-ils pu réunir une seconde fois une telle conjoncture ? La date de sortie de L’Espion qui m’aimait, 1977, est bien connue des cinéphiles. Elle est en effet la date de la sortie de deux immenses films qui permirent à un certain genre cinématographique de trouver ses galons auprès d’un très large public. Il s’agit évidemment de La Guerre des Etoiles de George Lucas et de Rencontres du 3ème Type de Steven Spielberg (ce dernier chercha d’ailleurs désespérément d’en réaliser un épisode, en vain, avant de se tourner par défaut vers Indiana Jones). Les producteurs décidèrent soudain d’envoyer Bond dans l’espace avec ce Moonraker. Mauvaise idée de base qui n’est pourtant pas la pire de ce long métrage assez catastrophique.

On pourra toujours arguer que le film joue clairement la carte du second degré et que la partie centrale de Moonraker se suit somme toute assez facilement. Que le prégénérique, avec Jean-Pierre Castaldi et dont la cascade principale sera reprise dans le final du Point Break de Kathryn Bigelow, est assez impressionnant et que la troisième chanson de Shirley Bassey pour la série est plutôt réussie bien qu’en dessous de ses deux précédentes performances. Que Michael Lonsdale est très convaincant en mégalo souhaitant recréer l’humanité selon sa propre vision. Que les paysages de Venise et de Rio sont magiques. Que les décors spatiaux de Ken Adam sont encore une fois magnifiques. Que John Barry compose toujours comme un dieu. Mais le film sombre dans la caricature en transformant 007 en une sorte d’OSS 117-Inspecteur Gadget qui prend tout à la légère. On observe une succession de scènes délirantes qui annihile toute tension sérieuse.

Le scénario ne tient jamais la route et amène des séquences plus ridicules les unes que les autres (l’arrivée de Bond dans une pyramide perdue dans la jungle et remplie d’amazones). Les scènes d’action ne sont jamais sérieuses ni même ludiques. On est consterné devant les tentatives d’humour ringardes élaborées lors des deux course-poursuite en bateau (dont une très embarrassante à Venise). Certaines d’entres elles, comme la bagarre sur les téléphériques de Rio, partent d’une bonne idée mais sont d’une mollesse sidérante au niveau de l’exécution. On sombre dans les clins d’œil jamais subtils envers la franchise mais aussi d’autres films. On fait revenir l’inquiétant Requin pour le transformer en romantique niais et inoffensif. Moonraker est la caricature même de l’époque Roger Moore. La franchise y perd encore en spécificité et est réalisé avec un tel manque d’inspiration et de respect que l’on croit l’esprit Bond irrémédiablement mort. Le tout est parachevé par un final moisi montrant une bataille spatiale à coups de pistolets-laser. Un bon gros navet honteux, juste sauvé si on le regarde au 10ème degré.

NOTE :  2,5 / 10

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