Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

Rango

                                              

 - Titre original : Rango

 - Film américain sorti le 23 mars 2011

 - Réalisé par Gore Verbinski

 - Avec les voix de Johnny Depp, Isla Fisher, Abigail Breslin,…

 - Animation, Western, Action, Aventure

                 Alors qu'il mène sa vie sans histoire d'animal de compagnie, Rango, caméléon peu aventurier, est en pleine crise d'identité : à quoi bon avoir des ambitions quand tout ce qu'on vous demande, c'est de vous fondre dans la masse ? Un jour, Rango échoue par hasard dans la petite ville de Poussière, dans l'Ouest sauvage, où de sournoises créatures venues du désert font régner la terreur. Contre toute attente, notre caméléon, qui ne brille pas par son courage, comprend qu'il peut enfin se rendre utile. Dernier espoir des habitants de Poussière, Rango s'improvise shérif et n'a d'autre choix que d'assumer ses nouvelles fonctions. Affrontant des personnages plus extravagants les uns que les autres, Rango va-t-il devenir le héros qu'il se contentait jusque-là d'imiter ?...

Paramount Pictures FranceParamount Pictures France

            Cette année, Pixar pourrait bien se faire voler le titre de « meilleur film d'animation américain de l'année ». Alors que se profile un Cars 2 qui semble, au vue des premières images rappelant James Bond et Jour de Tonnerre, être la production la moins ambitieuse de Pixar (mais sait-on jamais après la claque Toy Story 3), Rango s'impose comme le long-métrage américain qui se rapproche le plus de l'esprit du studio à la lampe bondissante.  

            Ce qu'il faut en premier lieu comprendre par là c'est que Rango n'est pas un film pour enfants. Le film de Verbinski rassure car il montre une vraie volonté de ne pas tirer ce genre méprisé vers le bas ; c'est-à-dire en ne le destinant uniquement que pour les mômes de moins de dix ans. Le film est aussi un pur western. Il en respecte religieusement les codes : entrée dans un saloon glauque, chevauchée sur un coucher de soleil, duel « leonien »,… On est loin d'une parodie « à la Shrek », et les quelques hommages à d'autres grandes oeuvres cinématographiques sont assez subtils et jamais intéressés. Le magnifique design des animaux, avec des têtes sales, difformes, disproportionnées renforcent l'influence du « western spaghetti » réputé pour les portraits réalistes de ses personnages. Mais Rango parvient à détourner quelques-unes de nos attentes grâce à des idées plutôt bienvenues. L'or est ici remplacé par l'eau, ressource se faisant de plus en plus rare, mettant ainsi en péril toute la communauté de « Poussière », et qui est notamment entreposée dans une banque et est l'objet de convoitise de pillard et de prospecteur de tout poil.  

            Malgré le fait que ce soit le premier film d'animation d'ILM, Rango est une réussite visuelle en tout point : décors et lumières sublimes, ce qui n'est pas étonnant quand on sait que le conseiller de la photographie n'est autre que Roger Deakins ; textures troublantes de réalisme, les animateurs n'ayant pas choisi la facilité avec tous ces pelages, plumes et autres écailles ;... Ces images sont aussi dopées par la mise en scène très dynamique et inventive de Gore Verbinski, qui parvient lors de certaines séquences à dépasser le niveau d'intensité des plus grands moments de Pirates des Caraïbes. Et malgré une structure linéaire, fortement inspirée du parcours classique de tout héros en devenir devant accomplir une quête, Rango ne laisse aucun temps mort et les quelques « passages obligés » sont tout à fait à leur place.   

            Car l'un des atouts du dernier film de Verbinski est le scénario de John Logan (Gladiator, Le Dernier Samouraï, Aviator, et le prochain James Bond entre autres). En effet, en plus d'une subtile écriture des personnages, celui du caméléon mal dans sa peau en particulier, l'histoire tisse en arrière-plan une métaphore sur le cinéma et le statut du « héros providentiel ». Le film se regarde comme une quête dont l'objectif serait de répondre à cette délicate question : qui suis-je ? Lézard névrosé et solitaire au départ, Rango, dont le nom est un hommage au western Django, devient par la suite, grâce à ses qualités d'acteur, un shérif mythomane avant de réaliser sa quête en traversant la route afin de voir ce qu'il y a « au-delà » et en rencontrant « l'esprit de l'Ouest » (séquence d'ailleurs hallucinante et d'une beauté assez époustouflante pour un film d'animation tout public).  

            Rango est une gigantesque mise en abime. C'est d'abord un portrait de l'art cinématographique par le biais du parcours du héros qui met constamment en scène sa vie, tel un film, et en réutilisant divers clichés ou références venant du western. C'est aussi une formidable et dense analyse de la figure du héros et des diverses étapes  nécessaires pour atteindre ce statut. Il y a presque quelque chose de mystique, d'indicible qui se dégage de l'atmosphère de Rango. Cela est renforcé par quelques séquences surréalistes ; deux surtout, avec la scène du rêve et surtout le passage entourant la rencontre entre le héros et « l'esprit de l'Ouest ». Le reste du récit est aussi parsemé d'images étranges comme cet oeil géant, ayant pour fonction un gag un peu gratuit, ou encore ces plans au ralenti lors de la chute du bocal où se trouve le caméléon au début du film.  

            Mais malgré cela, Rango demeure aussi un divertissement « grand public » dans le sens le plus honorable du terme. L'humour n'est pas absent du récit même si cela ne constitue pas sa plus grande force. L'histoire arrive à faire éprouver tout un panel de sensations au spectateur et alterne les moments de réflexion et de contemplation avec des scènes de bravoures qui n'ont strictement rien à envier aux films « live ». Les duels sont prenants, parfaitement mis en scène, mais le morceau qui remporte la palme reste une poursuite assez dantesque qui est un savant mélange entre la séquence finale de Star Wars : Un nouvel espoir, la « chevauchée des Walkyries » dans Apocalypse Now et de la séquence du camion dans Les Aventuriers de l'Arche Perdue. Rien que ça. A cela il faut aussi ajouter un casting vocal bien talentueux qui s'en donne à coeur joie, dont un Bill Nighty terrifiant en serpent criminel tout droit sorti de l'enfer. Et ajoutons la très réjouissante performance de Johnny Depp, qui aura donc joué dans deux grands films en dix ans (le second étant Public Enemies) et qui rachète les affronts qu'ils nous avaient fait avec Alice au pays des merveilles ou encore The Tourist.  

            Le dernier film de Gore Verbinski tient donc toutes ses promesses et comble pleinement toutes nos attentes, voire les dépassent même. Film intelligent qui analyse la figure du mythe et du héros, vrai western, quête initiatique et identitaire parfaitement écrite et interprétée, d'une beauté assez renversante, Rango est probablement ce qui se fait de mieux dans le domaine de l'animation outre-Atlantique. Une belle anomalie au milieu de productions Dreamworks souvent très fades et calibrées ainsi que d'une multitude de suites souvent peu enthousiasmantes.                         

NOTE à 08 / 10 

Paramount Pictures FranceParamount Pictures France

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article