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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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World Invasion : Battle Los Angeles

                                              

 - Titre original : Battle : Los Angeles

 - Film américain sorti le 16 mars 2011

 - Réalisé par Jonathan Liebesman

 - Avec Aaron Eckhart, Michelle Rodriguez, Ramon Rodriguez,…

 - Science-fiction, Aventure, Action

 

               Au camp Pendleton, base militaire située à proximité de Los Angeles, un groupe de Marines, dirigé par le sergent Michael Nantz, est appelé à riposter immédiatement à l'une des nombreuses attaques qui touchent les littoraux à travers le monde. Le sergent Nantz et ses hommes vont mener une bataille acharnée contre un ennemi mystérieux qui est déterminé à s'emparer de l'approvisionnement en eau et à détruire tout sur son passage...

Sony Pictures Releasing FranceAaron Eckhart. Sony Pictures Releasing France

            Les aliens sont définitivement de retour sur Terre, enfin surtout en Amérique. Après le désastreux Skyline et le très touchant Paul, c'est au tour de ce Battle Los Angeles de débarquer sur les écrans du monde entier à coup de promos, de « buzz » divers et de bandes annonces furieusement efficaces. Si ces dernières ne laissaient pas le moindre doute sur le niveau du produit fini, on était en droit d'attendre un film-concept sympathique et divertissant qui transposerait au cinéma l'expérience d'un intense FPS. Las, le long-métrage de Jonathan Liebesman, réalisateur de Massacre à la tronçonneuse : Le Commencement c'est dire s'il ne fallait pas trop se faire d'illusions sur l'audace et la qualité du film, est pire que tout ce que l'on pouvait prévoir.  

            En fait, c'est bien simple, il n'y a presque rien à sauver de ce torchon visuel. D'abord parce qu'il souffre furieusement de la comparaison avec la plupart des productions de ce type, et même des moins enviables. Oscillant entre la noirceur de La Guerre des Mondes façon Spielberg sans en avoir l'intensité et l'horreur, le défouloir à la Starship Troopers de Verhoeven ou d'un FPS (auquel le film de Liebesman ne fait absolument pas le poids en termes d'immersion), le concept caméra à l'épaule que l'on retrouvait déjà dans les films de Greengrass et Cloverfield,... World Invasion empreinte à droite et à gauche, sans aucune personnalité et sans jamais atteindre le niveau de ses prédécesseurs. Pire, sa volonté d'être « premier degré » le fait passer pour extrêmement prétentieux et agaçant, là où Roland Emmerich et Michael Bay utilise un second degré et un « humour » parfois salutaire. Se voulant comme le « film d'invasion extraterrestre ultime », World Invasion finit surtout par apparaitre comme un gros pétard mouillé qui se prend pour plus important qu'il ne l'est vraiment. Mais s'il ne se limitait qu'à ça, les dégâts ne seraient pas si importants.  

            Mais le carnage vient avant tout (mais pas seulement) du « scénario ». Les guillemets sont nécessaires puisque deux choix s'offrent à nous : soit il n’y a pas eu de scénariste pour ce film, soit celui-ci a fait preuve d'un impressionnant « non-talent ». Car ce dernier aurait tout aussi bien pu découper quelques passages d'anciens scripts avant de les assembler pour obtenir des dialogues et des situations pareilles. Et il faut se dire qu'il aurait à chaque fois pris les passages les plus mauvais et les plus éculés. Alors tous les clichés sont présents dans ce film. La liste serait bien trop longue à faire mais en voici quelques exemples : le héros est un vieux sergent solitaire et désabusé qui en a gros sur la conscience ; il se retrouve confronté à son opposé le plus complet, un jeune sergent marié tout droit sorti de l'école ; l'éternel soldate mexicaine (figure reprise « ad nauseam » depuis Aliens de James Cameron, que Liebesman repompe aussi allégrement en reprenant carrément des plans à l'identique) ; l'éternel puceau qui se fait gentiment moquer par ses compagnons ; le soldat qui allait se marier avant que la bataille n'éclate ;... Et ici il ne s'agit que des personnages stéréotypés.   

            En effet il faut y ajouter les innombrables situations déjà vus plus de mille fois quand elles ne sont pas totalement incohérentes (l'armée est certaine à un moment que ces êtres venus de l'espace ne disposent pas de vaisseaux volants...). A cela, il faut aussi rajouter un patriotisme abject, écoeurant et surtout omniprésent ; il est évident que l'armée américaine et les Marines ont mis des billes dans la production du film. Si World Invasion échoue sur tous les niveaux il y a bien un truc qu'il a parfaitement réussi : être un clip publicitaire pour l'armée. On n'en finit pas d'avoir des discours larmoyants sur le sacrifice, le devoir de défendre sa patrie, le refus de battre en retraite, le tout bien surligné par les éternels airs de trompettes. Et ajoutons qu'évidemment, les soldats trouveront sur le chemin des civils, histoire d'alourdir une trame déjà bien agaçante, et que parmi eux se trouve un garçon qui est en admiration totale envers le corps des Marines qui « ne recule jamais » (ce qui nous vaut une série de scénettes lamentables à coup de trompette et de remarques du type « Fils, tu es le marine le plus courageux que j'ai jamais rencontré »).  

            Mais si vous pensez qu'au bout d'une heure et demie, World Invasion vous a tout fait, attendez de voir la fin. Après avoir passé deux jours à se faire massacrer par des aliens pas très futés et peu inventif (pour coloniser la planète, ils exterminent la main d'oeuvre... comme les humains d'après un pseudo-expert américain en histoire coloniale visiblement) et avoir été commandé par un sergent qu'ils n'aiment pas, ou alors uniquement quand il leur sauve la peau, les soldats arrivent enfin à rentrer à la base après avoir, par une stratégie brillante à base de missiles, mis en panne toute la flotte aérienne. Il est temps pour eux d'avoir un repos bien mérité. Mais les Marines « n'abandonnent jamais » et le sergent se dirige vers une table pleine de munitions pour remplir ses diverses mitraillettes. Et évidemment, toujours surligné par cette agaçante trompette, les autres soldats le suivent comme des moutons, sans manger, prenant « moultes » pistolets et lance-roquettes pour massacrer les aliens parsemant le reste du monde. « God Bless America ».  

            Bon, et niveau action alors ? Parce que c'est quand même pour ça à la base qu'on va voir World Invasion. On est suffisamment grand pour faire abstraction de ce patriotisme vulgaire et de l'absence de trame, du moment que l'on obtient ce pour quoi on est venu. Alors oui, ça explose de partout et ça fait beaucoup de bruit. Mais encore faudrait-il qu'on arrive à discerner un plan sur deux. Liebesman reprend donc cette idée de mise en scène établie par Il faut sauver le soldat Ryan qui veut que depuis quinze ans, toutes les séquences de guerre sont filmées caméra à l'épaule. Quand on a le talent d'un Spielberg, ces scènes gardent une parfaite lisibilité en plus d'ajouter un effet d'immersion des plus intenses. Mais quand on a le niveau d'un Liebesman, ces mêmes images sont tellement secouées que l'on n'arrive pas à discerner la plupart des actions des divers personnages et l'absence de mise en scène détruit toute notion d'espace (on ne sait pas jamais où se trouve les personnages, mais il est peu probable que cette perte de repère soit voulue, ou alors elle dessert largement le long-métrage puisque l'on abandonne très vite l'affaire). A certains moments on n'est pas loin de côtoyer le niveau de la scène finale nocturne de Green Zone.   

            Hormis donc quelques rares passages, en fait l'arrivée par hélico dans un Los Angeles bombardé et la séquence de l'autoroute, où le film fait preuve d'une certaine efficacité, World Invasion est dans l'ensemble une belle fumisterie qui se cachait sous un concept qui avait pourtant tout du plaisir coupable jubilatoire et destructeur. On se retrouve donc face à une oeuvre prétentieuse alors qu'elle est pourtant bien vide et qui est avant tout un « clip » de propagande républicain ainsi qu'un hommage dégoulinant et larmoyant aux fameux Marines. On pourra toujours essayer de sauver Aaron Eckart qui donne tout ce qu'il a pour un rôle ingrat et cliché. Mais dans l'ensemble, le film est une véritable catastrophe qui montre bien qu'il ne faut jamais se fier à un buzz monté de toute pièce. 

NOTE à 2,5 / 10

Sony Pictures Releasing FranceSony Pictures Releasing France

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