Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américano-britannique sorti le 14 janvier 2009
- Réalisé par Danny Boyle
- avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto
- Comédie, Romance
Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les taudis de Mumbai, est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l'émission Qui veut gagner des millions ? Il n'est plus qu'à une question de la victoire lorsque la police l'arrête sur un soupçon de tricherie. Sommé de justifier ses bonnes réponses, Jamal explique d'où lui viennent ses connaissances et raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille et même celle de cette fille dont il est tombé amoureux et qu'il a perdue. Mais comment ce jeune est-il parvenu en finale d'une émission de télévision ?
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Le film est à l'image du personnage principal : parti de rien, film indépendant au budget très restreint, qui faillit ne pas sortir en salle, et qui se retrouve maintenant adulé par le public, la critique et qui est en bonne position, après avoir reçu quatre Golden Globes, pour la course aux Oscars.
Si Danny Boyle ne peut, pas encore, être considéré comme un grand réalisateur, il a au moins le mérite de s'essayer à tous les genres et d'être un metteur en scène atypique. Visuellement il explose littéralement dans ce film, avec une mise en scène clipesque, habituelle chez lui, et qui correspond parfaitement au style bollywoodien auquel le film prétend s'inspirer. Cette mise en scène est à son apogée lors de la poursuite dans les bidonvilles, bourrées d'effets visuels, jusqu'à l'écoeurement parfois, mais qui reste un grand moment du film. Les scènes du jeu télévisé sont à l'inverse, étonnamment sobres puisqu'elles reproduisent au plan près ceux de l'émission.
Comme une ultime faute de goût Danny Boyle finit son film sur une scène de danse, qui en effet rend hommage au meilleur (ou au pire) de Bollywood, mais est un hommage totalement inutile et qui ne correspond absolument pas à la tonalité générale du film, ou peut-être de la fin.L'idée de départ du film est assez originale, même si elle finit par être trop systématique, c'est-à-dire qu'à chaque question il y a un flash back qui retrace, dans l'ordre chronologique en plus, la vie tragique de Jamal Malik, car contrairement à ce que certains prétendent, ce film, même s'il contient des scènes légères, n'a rien de comique. Sur certains aspects il est plus proche de Charles Dickens et son « Oliver Twist » et du picaresque. Le film est d'un réalisme assez cru, mais pas autant que La cité de la joie de Roland Joffé, par le fait que Slumdog millionaire se concentre plus sur l'histoire d'amour que sur une description des conditions de vie rudes dans les bidonvilles indiens. Le défaut majeur du film est surtout sa prévisibilité, la fin se devine très rapidement et les événements, surtout dans la dernière demi-heure, finissent par être véritablement clichés, notamment lorsque le frère de Jamal, Adele Malik, décide de se racheter une conduite dans une scène quasi-christique.
Mais Slumdog millionaire ne possède pas que des défauts. Les acteurs sont excellents, surtout l'inconnu Dev Patel, une véritable révélation et jouant tout en finesse. Mais le personnage le plus intéressant, et donc le plus surprenant, est celui de l'animateur Prern Kumar, joué par l'excellent Anil Kapoor, tout simplement parce que, sous les caméras il apparaît comme un type cool, sympathique, comique et malmenant gentiment les concurrents. Plus Jamal s'approche de l'ultime question, plus Kumar se met à soutenir celui auquel il ne donnait aucune chance, celui qui pourtant va devenir un symbole pour la majorité de la population indienne, celui qui n'avait rien et qui est sur le point de devenir millionaire. Derrière les caméras Kumar enlève son masque, il conseillera d'abord à Jamel d'arréter au bout de quelques questions, puis il lui donnera plus tard une réponse qui s'avèrera fausse, non pas parce qu'il voulait l'aider et qu'il s'est trompé, mais juste pour voir si Jamal trichait. On retiendra cette phrase qu'il dit au jeune candidat : « Si tu arrives jusqu'au bout, tu sera riche. Mais pas autant que moi ». Cette phrase, portée par un ton mélancolique, souligne parfaitement les grandes différences sociales en Inde, et notamment le système des castes.
Slumdog millionaire est suffisamment bien mené pour offrir quelques scènes intenses, même lors de la fameuse scène où Jamal doit répondre à la dernière question, cette scène si prévisible pourtant, réserve quelques frissons de plaisir pour le spectateur qui accepte de jouer le jeu.
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