Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Somewhere
- Film américain sorti le 05 janvier 2011
- Réalisé par Sofia Coppola
- Avec Stephen Dorff, Elle Fanning, Chris Pontius,
Johnny Marco, auteur à la réputation sulfureuse vit à l'hôtel du Château Marmont à Los Angeles. Il va recevoir une visite inattendue : sa fille de onze ans.
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Malgré sa position contraignante de « fille de », Sofia Coppola a réussi à s'imposer comme l'une des plus importantes réalisatrices actuelles et l'une des rares, avec Kathryn Bigelow, à ne pas hésiter à varier les genres. Son plus grand coup de maître est le plutôt brillant Lost in Translation avec un excellent Bill Murray et qui révéla Scarlett Johansson. Souvent soutenue par le public et très régulièrement acclamée par la critique, Sofia Coppola commence cependant à montrer de sérieux signes de fatigue avec son quatrième film intitulé Somewhere et récompensé d'un Lion d'Or au Festival de Venise par l'ex de la cinéaste, le pas-très-intègre Quentin Tarantino.
Il est un peu difficile de savoir par où commencer cette critique tant ce long-métrage est vide. Alors disons d'abord que cette lenteur et cette vacuité sont « revendiquées », ce qui est bien pratique pour excuser le film d'être barbant et qui, s'il n'est que d'une heure et demie, donne l'impression d'en durer le double. En effet ce vide, cette artificialité se veut le centre même de Somewhere ; le film suivant un acteur qui ne sait plus trop où il en est, qui remet en question ses choix et sa vie et qui s'ennuie à mourir dans cet hôtel extrêmement « select » qu'est le Château Marmont. Dans un sens on peut considérer le dernier film de Sofia Coppola comme étant terriblement efficace par son côté pervers. Le spectateur ressent parfaitement devant celui-ci ce sentiment de lassitude qu'éprouve le personnage principal. Mais n'est-ce justement pas en fin de compte l'aveu déchec de ce film ? De ne pas réussir un seul instant à intéresser le spectateur aux affres et questions que se pose Johnny Marco ? Peut-on justifier l'ennui, l'absence d'audace, de rythme, de scénario dans un film sous prétexte que celui-ci relate l'abattement d'une star égocentrique, superficielle et quelconque (surtout quand le spectateur paye parfois jusqu'à huit-dix euros sa place) ?
La réponse est évidemment non car cela reviendrait à encenser une sorte de « solution de facilité » afin de justifier un manque de travail et d'inspiration flagrant masqué sous les oripeaux d'un sujet vaguement mélancolique, « hype », dépressif et déjà de nombreuses fois mis en scène. On peut se souvenir du long-métrage des frères Coen, sorti l'année précédente et dont le titre est A Serious Man, qui racontait la crise existentielle de Larry Gopnik traversant une succession d'épreuves l'amenant à remettre en question sa propre vie, et qui arrivait à faire rire et à captiver le spectateur malgré son récit introspectif au rythme assez lent sur un homme ordinaire tournant en rond. Mais à la différence du film des frères Coen, Somewhere ne présente aucune évolution de son personnage principal. Tout juste peut-on voir vers la fin une séquence à peine touchante où Johnny Marco révèle à son ex-femme qu'il n'est rien et où l'on comprend que l'arrivée de sa fille lui a changé sa vision des choses. Ce que l'on avait compris et prévu dès les dix premières minutes du long-métrage. Donc un petit air de « tout ça pour ça » devant cette pseudo-rédemption, le personnage étant si peu sympathique qu'au bout d'un moment on finit par se désintéresser de son sort.
Quelques bons points cependant rehaussent très légèrement le film. Il y a d'abord une belle photographie, chatoyante et lumineuse, que l'on doit à Harris Savides qui avait déjà travaillé sur American Gangster, Elephant ou encore Zodiac ; on regrettera juste que la mise en scène soit aussi statique. D'ailleurs s'il y a bien une seule personne dans cette équipe à avoir réussi à capter l'ambiance de Los Angeles, c'est lui. Ambition de Coppola-fille qui fait évidemment écho à sa volonté, lors de Lost in Translation, de faire un portrait de la capitale japonaise. Le reste du film se déroulant en huis-clos dans cet hôtel pour riches, et l'unique intermède ayant lieu dans un autre palace à Milan, on peut donc dire que Somewhere échoue vraiment à illustrer l'atmosphère si spécifique de la ville (il vaut mieux en rester aux films de Mann bien supérieur à ce niveau-là). Mais ce qui sauve le film du naufrage intégral reste les deux acteurs principaux. D'un côté il y a le retour plutôt réussi de Stephen Dorff qui, malgré son personnage inintéressant au possible, se démène tant qu'il peut pour lui apporter un peu d'épaisseur et d'humanité. Mais de l'autre côté il y a surtout Elle Fanning qui fait preuve d'un naturel, d'une grande spontanéité qui fait parfois défaut à sa soeur aînée, Dakota.
En effet, plus que tous les petits « caméos » gratuits et pas souvent réussis (notamment celui de Benicio del Toro), c'est elle qui est le véritable intérêt de Somewhere. C'est à elle que l'on doit les séquences les plus émouvantes, comme cette scène où elle se lance dans une gracieuse chorégraphie en patins à glace, et qui illumine par sa joie de vivre quelques instants du film semblant être pris au vif. Pendant négatif de son père, c'est elle qui le tirera vers le haut et soignera sa dépression, ainsi que ses propres blessures cachées (la crainte d'être abandonnée par ses parents). D'une façon évidente, c'est un ersatz du personnage incarné par Johansson dans Lost in Translation. Plus qu'un film sur l'ennui, Somewhere se révèle alors comme un film sur la paternité et la peur qu'elle engendre ; à noter que c'est aussi le premier film que Sofia Coppola réalise après être devenue maman ce qui n'est évidemment pas anodin.
Mais ce qui aurait pu être un film profondément personnel sur la grande angoisse qu'a traversé sa réalisatrice se révèle être en fin de compte un long-métrage poseur, sans rythme, sur un homme artificiel et soporifique. Sofia Coppola tente bien de distiller un peu d'humour dans son récit, mais celui-ci tombe presque constamment à plat et dessert le long-métrage par son inefficacité (blague récurrente sur les multiples conquêtes de Johnny ou encore son aptitude à s'endormir aux mauvais moments. Les séquences sont parfois tirées à l'extrême et souvent en leur défaveurs, et certaines n'ont semble-t-il aucune utilité : il y a, par exemple, deux scènes d'affilées de « pole dance », plutôt embarrassantes et en temps réel, totalement gratuites si ce n'est permettre de placer deux chansons entières du groupe « Phoenix », dont l'un des membres, Thomas Mars, se trouve être le mari de Sofia Coppola.
Donc malgré quelques séquences (un plan zoomant lentement sur la tête de Johnny alors recouverte d'un moulage oppressant et qui, une fois enlevé et bien maquillé, le montre très vieux pour son prochain film ; une autre séquence assez marrante montrant une cérémonie de récompenses très ringarde) perdues au milieu de scénettes plus « anodines » mais lourdement symboliques (voir le premier et dernier plan), Somewhere est un film plat, convenu et presque nombriliste à certains moments.
NOTE à 03 / 10
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