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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Spring Breakers

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/56/90/20462006.jpg

Film américain sorti le 6 mars 2013

Réalisé par Harmony Korine

Avec James Franco, Vanessa Hudgens, Selena Gomez,…

Drame

Pour financer leur Spring Break, quatre filles aussi fauchées que sexy décident de braquer un fast-food. Et ce n’est que le début… Lors d’une fête dans une chambre de motel, la soirée dérape et les filles sont embarquées par la police. En bikini et avec une gueule de bois d’enfer, elles se retrouvent devant le juge, mais contre toute attente leur caution est payée par Alien, un malfrat local qui les prend sous son aile…

      

Le voilà enfin, le gros film « hype » de ce début de 2013. Spring Breakers de Harmony Korine ou tout un programme en soi. Rien que sur le papier, l’idée de base est déjà enthousiasmante pour une grosse frange du public masculin. Pendant une heure et demie, quatre adolescentes en bikini se déhanchent, s’enivrent, sautent, ricanent, se trémoussent, se droguent… Vendu comme un clip MTV à l’intention de la génération YOLO qui espérait un nouveau Projet X débile, le film de Korine est évidemment bien différent de ce que sa promotion forcément racoleuse laisse supposer ; il faut reconnaitre qu’on peut difficilement faire plus aguicheur que l’image de ces minettes pulpeuses tenant des flingues. Sexe, violence, bonne biture, drogue,… Un cocktail parfait pour obtenir un joli succès au box-office auprès des 15-30 ans. L’idée vicieuse du long métrage est de donner la vedette à quatre actrices dont trois au moins ont une « fanbase » presqu’exclusivement composée de jeunes filles en fleurs, naïves et souvent hystériques. A défaut d’être bien neuf, le traquenard est d’une perversion sans borne puisque toutes ces demoiselles se précipitent en salles pour voir leurs idoles sans même s’être penché une seconde sur le sujet ou le passif du réalisateur. Attention aux loups, mesdemoiselles, car ils peuvent prendre bien des formes !

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/26/99/20480064.jpg C’est ainsi que le cinéphile se retrouve dans des situations délirantes comme assister à une projection du dernier film du metteur en scène de Videodrome et de Crash dans une salle composée pour moitié d’adolescentes énamourées et surexcitées de voir Robert Pattinson sur un écran. Même chose pour l’inénarrable Paperboy de Lee Daniels qui avait réussi à obtenir la participation de cet autre chéri de ces dames qu’est Zac Efron. C’est ainsi que, pendant la projection de Cosmopolis, on entendait des exclamations étouffées lorsque Pattinson se faisait faire un toucher rectal après avoir pissé dans sa limousine et avant de prendre une femme de vingt ans son aînée sur la banquette arrière. Que l’on entendait des cris d’indignations, ou des rires selon l’humeur, lorsque Zac Efron acceptait de recevoir le pire des traitements en se faisant notamment uriner dessus par Nicole Kidman, elle-aussi plus âgée de vingt ans. Et c’est maintenant au tour de son ancienne partenaire d’High School Musical, Vanessa Hudgens, et de trois de ses « copines » de briser leurs images de star pré-pubères bien propres sur elles en se lançant éperdument dans un projet « subversif ».

Pour quelqu’un de relativement mature, ce bizutage cinématographique visant à élargir le public d’une star et la faire passer dans la cour des « grands » n’est rarement plus qu’un argument de vente publicitaire qui ne tourne pas souvent à l’avantage de l’acteur ou de l’actrice kamikaze. L’avenir nous le dira mais, apparemment, Pattinson dans Cosmopolis ou Efron dans Paperboy ne semblent pas avoir autant impressionnés dans leurs premiers rôles dramatiques « dégradants » qu’un Leonardo DiCaprio ou un Tom Cruise. Il est probablement à parier que cela ne se révèlera pas payant non plus pour les quatre actrices du film de Korine. Mais la raison vient moins du degré d’« horreurs » (aux yeux d’un public américain puritain) qu’elles font ou subissent que du fait qu’aucune d’elles ne tient vraiment le centre de l’affiche. Aucune des quatre filles ne se révèle attachante et aucune figure de « chef » n’est perceptible dans le quatuor de Spring Breakers. Il ne reste plus qu’à attendre le dévergondage du trio héroïque de la saga Harry Potter, sachant que Daniel Radcliffe a bien amorcé son parcours en se focalisant pour l’instant sur un cinéma d’horreur l’obligeant à varier son public et à se détacher des jeunes fans de la saga littéraire de J.K. Rowling.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/56/90/20440655.jpg Le film de Korine dépasse néanmoins son argument de vente et révèle des qualités autres que la subversion et le traumatisme rétinien de la jeune génération. Cela ne signifie cependant pas qu’il est parfait, loin de là. Mais commençons d’abord par ses qualités. Spring Breakers est un objet d’une très grande beauté formelle aux allures hypnotisante d’un « trip » cinématographique. Ce n’est pas étonnant puisque le chef opérateur du film est le belge Benoît Debie, déjà directeur de la photographie sur Calvaire et Vinyan de Fabrice de Weltz ou encore sur le visuellement étourdissant Enter the Void de Gaspar Noé (clairement le film français le plus ambitieux formellement parlant de ces trente dernières années). Et il est probablement le contributeur majeur dans la réussite relative de Spring Breakers. Son gout pour les lumières fluorescentes et hallucinogènes transparait très clairement dans le film de Korine et il concrétise quelques plans d’une incroyable beauté et complexité, comme ce plan séquence dans une voiture depuis laquelle on assiste à l’intégralité du braquage perpétré par le gang de filles pour partir faire le « spring break ».

Korine orchestre son récit de manière surprenante : une narration éclatée et un montage ressemblant à ce qu’aurait fait Malick s’il avait soudain eu l’envie, sous l’effet de champignons particuliers, de mettre en scène un film sur cette jeunesse actuelle, à la fois repoussante de par sa vulgarité et terriblement touchante de par sa perdition pour le moins préoccupante. On y retrouve aussi la même utilisation d’une voix-off devant nous faire pénétrer auditivement dans ce gloubi-boulga d’images quasiment fantasmagoriques. A l’instar des Moissons du ciel, de The Tree of Life ou bien de A la Merveille, Spring Breakers suit des personnages se trouvant à la croisée des chemins, confrontés à un « choix » qui déterminera le reste de leurs existences. Dans le cas présent, ce choix qui les anime concerne davantage leur retour du « spring break » que leur « départ ». Doivent-elles aller jusqu’au bout de leur démarche de libération, au risque de basculer du mauvais côté, ou bien doivent-elles revenir tout penaudes sans avoir intégralement accompli ce pour quoi elles étaient venus ? En cela, la finalité du film de Korine est assez fumeuse. Les vingt dernières minutes laissent perplexes quant à leur signification : quel est l’aboutissement pour les personnages principaux ? Quel point de vue Korine a-t-il sur leurs destinées divergentes ? On ne sait pas trop et on finit par penser que, peu importe que l’on se soit réfugié dans le cercle familial et religieux ou bien celui de la criminalité et de la mort en se brulant les ailes jusqu’au bout, cela revient au même pour ces jeunes filles.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/56/90/20440648.jpg Une fin en queue de poisson qui agace d’autant plus que, passé une première moitié assez fascinante, le film s’enlise avec l’arrivée du personnage d’Alien incarné par un James Franco méconnaissable. En l’état, le personnage a tout pour être marquant. Il constitue la fascinante incarnation de cette pulsion autodestructrice mêlant sexe et violence dont les griffes attirent inexorablement les quatre adolescentes bien moins innocentes que leurs apparences de mini-poupées ne laissent transparaitre. A la fois drôle et inquiétant, attachant et pathétique, Alien devient malheureusement le centre de l’intrigue et fait basculer le point de soutenance qui conférait un équilibre au film. A partir de son arrivée, le film change de point de vue en délaissant ses sujets centraux, et finit inévitablement par s’effondrer. Et malheureusement son personnage, malgré sa façade intéressante, se révèle très creux et pas plus attachant que les fillettes. Ce n’est pas la faute d’un Franco très impliqué qui livre une performance impressionnante mais, au final, très statique. Alors que la première moitié du film dévoile une orgie festive et paillarde ayant une tonalité presque mystique, la seconde partie vire doucement mais surement vers un trio amoureux ayant un faux air de Bonnie & Clyde (histoire déjà très « remaké » par le passé).

Cette absence de point de vue, qui se renforce constamment avec, en cours de long métrage, les départs définitifs de personnages que l’on pensait pourtant principaux, n’est pas l’unique problème du film. Spring Breakers est un film moralisateur qui, malgré sa caméra régulièrement voyeuriste, ne peut s’empêcher de juger ses personnages pour finir par conclure que le seul personnage à peu près valable de toute cette affaire est une jeune croyante pure incarnée par Selena Gomez et subtilement prénommée Faith (« la foi »). Si on peut le voir comme le plus féministe des films pour mecs depuis l’immense ShowGirls, Spring Breakers est constamment inférieur au film de Paul Verhoeven. Au niveau de la provocation d’abord car, malgré ses tentatives répétées de mettre en émoi un public prude, la nudité qui y est régulièrement affichée n’émoustillera pas les plus de quinze ans. Peut-être l’effet est-il amplifié en Amérique où le public est bien moins tolérant sur le sujet que les spectateurs européens. Mais en l’état, le racolage et l’érotisme insolemment affichés de Spring Breakers ne vont jamais vraiment plus loin que lors des deux premières minutes.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/56/90/20440651.jpg On y retrouve aussi une scène de piscine dont le caractère débridé fait sourire quand on se remémore celle, complètement mythique et outrancière, de ShowGirls. A l’instar de ce dernier, on pourra blâmer Spring Breakers de véhiculer une mauvaise image de la femme (ce qui est vrai), mais ce serait oublier que l’image de l’homme n’y est pas plus enviable. ShowGirls et Spring Breakers s’apparentent à deux gros doigts d’honneur faits par des cinéastes à l’intention d’une humanité qu’ils considèrent comme exécrable, matérialiste, superficielle, idiote,… Mais la différence majeure tient dans le traitement formel. Là où Paul Verhoeven se révélait jusqu’auboutiste en adoptant une esthétique aussi vulgaire et « bling-bling » que son sujet, dans le cadre d’un film à très gros budget (40 millions de dollars à l’époque), Harmony Korine se protège par une esthétique « arty » à même de plaire aux critiques bobos. On peut d’ores et déjà assurer que Spring Breakers ne risquera pas de se retrouver en compétition pour un Razzie Award et il parvient même à faire sans aucun problème la « une » des « Cahiers du Cinéma ». Et on comprend alors que le véritable but de Spring Breakers est moins d’être un objet provocateur, réellement « punk » et vicelard, que d’être répertorié comme un « film d’auteur » joliment « shooté ». En l’état, il est plutôt réussi, mais bien moins marquant et audacieux que le violent coup de poing en pleine figure que l’on était en droit d’attendre avec un tel synopsis et un tel réalisateur.

NOTE : 6 / 10

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