Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Film français sorti le 27 février 2013
Réalisé par Eric Rochant
Avec Jean Dujardin, Cécile de France, Tim Roth,…
Espionnage, Thriller
Grégory Lioubov, un officier des services secrets russes est envoyé à Monaco afin de surveiller les agissements d’un puissant homme d’affaires. Dans le cadre de cette mission, son équipe recrute Alice, une surdouée de la finance. Soupçonnant sa trahison, Grégory va rompre la règle d’or et entrer en contact avec Alice, son agent infiltré. Nait entre eux une passion impossible qui va inexorablement précipiter leur chute.
Le cinéma français populaire a perdu de sa superbe depuis le début des années 80. Auparavant, le public pouvait se satisfaire à l’aide de tout un panel de choix allant de la comédie au polar policier et du film de guerre au drame romanesque. Mais après quelques années de maturation, le mythe de la Nouvelle Vague finit par l’emporter à la fin de la décennie 1970 en entrainant une scission bêtement binaire de la production cinématographique hexagonale. D’un côté, les films de divertissement qui, hors rares exceptions, sont presque tout le temps des comédies à gros budget mal écrites et mal filmées car la majorité de l’argent alloué à leurs productions va directement dans la poche des acteurs-stars choisis par les chaines de TV finançant ce genre de films surtout prévus pour passer en « prime time » deux ans après leur sortie. De l’autre, les films « d’auteurs » qui sont à 90% des drames d’appartements réalisés par de jeunes réalisateurs (dont ce sont les premiers et généralement uniques films) et n’ayant pourtant pas une assez longue carrière leur permettant de développer un style propre qui justifierait leur titre d’« auteur ». Des films qui, au contraire, se retrouvent projetés dans une poignée de salles parisienne régulièrement vides et qui peinent à recouvrir leurs budgets pourtant très menus.
Le choix pour le spectateur français souhaitant soutenir la production bien de chez lui est donc très limité et rares sont les tentatives de nouveautés qui aboutissent à un résultat concluant. On pourrait parler de cette vague de films de genre que le monde entier nous envie mais qui peine à trouver son public local avec une distribution médiocre (à laquelle il faut ajouter une fabrication rendue inégale à cause de moyens financiers réduits au minimum). De temps à autre, des tentatives de spectacle populaire et ambitieux voient parfois le jour par le biais de cinéastes comme Jacques Audiard ou Florent Emilio Siri mais elles ne remportent pas toujours le succès qu’elles méritent. En cela, le Möbius d’Eric Rochant était alléchant. Le metteur en scène français s’était plusieurs fois révélé capable de faire un cinéma de genre qui ne soit pas embarrassant, à l’image du très « fun » Total Western, et avait particulièrement fait forte impression lors de la sortie de son film Les Patriotes. Le voir revenir sur les écrans avec une grosse production tournée en plusieurs langues avec un casting accrocheur et mettant en scène une histoire d’amour impossible sur fond d’espionnage international avait de quoi mettre l’eau à la bouche.
Hélas, Möbius n’est pas un film au niveau d’une œuvre d’Alfred Hitchcock ou d’Henri Verneuil. On serait beaucoup plus proche du sympathique mais très inégal Espion(s) de Nicolas Saada. Dans la balance entre les deux genres cinématographiques que mêlent Möbius, c’est le drame qui le remporte largement sur l’intrigue d’espionnage. Il n’y a bien qu’une très courte bagarre dans un ascenseur, assez claustrophobe et prenante, pour apporter un sursaut bienvenu à cette histoire d’amour filmée très sobrement. On sera surpris par le fait que quelques séquences marchent du tonnerre comme la première rencontre entre l’espion russe Gregory Lioubov (Jean Dujardin) et sa source Alice (Cécile de France) ou encore la scène de leur conversation téléphonique. Mais c’est souvent trop peu pour rehausser un film qui possède aussi ses moments ratés. Etonnement, les scènes de sexe supposées être des instants cruciaux dans le film (les seuls moments où les deux personnages principaux peuvent relâcher les sentiments qu’ils ont l’un pour l’autre sans être gênés par un regard) sont assez froides et quelconques, sans réelle alchimie. Autre surprise, positive celle-là, la vision d’un Jean Dujardin parlant anglais et russe ne tire pas le film vers le bas puisqu’il déclame ses courtes, et au final assez rares, phrases avec une vraie conviction.
Ce n’est pas forcément le cas de Tim Roth qui parait s’ennuyer constamment. Cécile de France, quant à elle, doit jongler avec des scènes casse-gueule et s’en tire plus ou moins avec les honneurs ; mais il faut reconnaitre que sa tâche n’est pas rendue aisée par l’écriture de ses dialogues parfois grotesques. Le reste, notamment tout ce qui concerne la mission (alambiquée et toujours remise à l’arrière-plan), s’oublie très vite et est régulièrement plombé par une bande originale grandiloquente à base de chœurs russes caricaturaux détonnant complètement avec les scènes qu’ils illustrent. L’intrigue abuse souvent de ficelles voyantes pour obliger ses personnages, notamment celui incarné par Dujardin, à parler dans la langue de Molière. C’est l’une des limites au choix de l’acteur de The Artist dans le rôle du héros. Ce dernier a vraisemblablement été choisi parce qu’il est l’une des très rares têtes d’affiches françaises à pouvoir supporter un tel projet hors des frontières de notre pays. Mais s’il arrive à dire ses répliques en langues étrangères de manière plutôt convaincante, on peine malgré tout à croire aux origines et à la nationalité russe de son personnage. Cette variation sympathique mais pâlichonne des Enchainés d’Hitchcock aurait clairement gagné à être interprétée par des acteurs d’une moindre renommée. Mais ce sont les aléas des grosses productions qui ont dû peser sur le projet d’Eric Rochant qui accouche au final d’une louable souris. On se consolera avec une dernière scène à la fois tendre et touchante.
NOTE : 5 / 10