Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Film américain sorti le 23 janvier 2013
Réalisé par Kathryn Bigelow
Avec Jessica Chastain, Joel Edgerton, Mark Strong,…
Thriller, Action, Espionnage
Le récit de la traque d’Oussama Ben Laden par une unité des forces spéciales américaines.
Le sacre officiel de Kathryn Bigelow a eu lieu en 2009 après son percutant Démineurs. Avec ce film de guerre soi-disant contre le conflit irakien, la presse cinématographique, qui a une forte tendance à être de gauche en France et démocrate en Amérique, s’était soudain enthousiasmée sur la carrière d’une réalisatrice qu’elle avait souvent balayée du revers de la main. Parce qu’elle serait contre le pouvoir en place (le président républicain George W. Bush, alors haï par une bonne partie du monde), Bigelow devenait soudain digne d’intérêt. Il était grand temps. Car à une époque où les vrais grands réalisateurs de films d’action se font rares (Tony Scott vient de décéder, John McTiernan vient d’entrer en prison, James Cameron a décidé de revenir une fois par décennie,…), laissant la place à des têtards décérébrés (Roland Emmerich, Brett Ratner, Len Wiseman, Paul W.S. Anderson, Robert Rodriguez, John Moore…), le fait qu’une femme puisse très largement battre les hommes sur leur supposé propre terrain a quelque chose de non seulement remarquable mais aussi de salvateur. Bien qu’on la reléguait encore en 2009 au titre peu réjouissant d’« ex de James Cameron », ce qui en dit long sur la mentalité des gens œuvrant dans le milieu du cinéma et de la critique, Bigelow avait pourtant fait un sacré chemin avant sa consécration au Kodak Theater qui fit d’elle la première femme à obtenir l’oscar du meilleur réalisateur après plus de quatre-vingt cérémonies.
Malgré les tièdes accueils répétés de la presse, la plupart des œuvres de Bigelow ont fini par acquérir le statut de grands films aux yeux des cinéphiles. De plus, cette belle femme non dénuée de classe (et, paradoxalement, de couilles) n’a jamais eu peur de toucher à tout. Du film de vampires teinté de « western » (Aux frontières de l’aube) au « buddy movie » policier (le cultissime Point Break), du long métrage d’anticipation (le passionnant Strange Days) aux drames guerriers (Démineurs et l’époustouflant K-19 : le piège des profondeurs), Bigelow a toujours su empoigner des sujets « masculin » et en tirer des portraits d’hommes absolument bouleversants de véracité. Et si son Démineurs (loin d’être parfait) se démarquait de l’ensemble de la production engagée défonçant plus ou moins des portes ouvertes au sujet du conflit irakien, c’est justement parce que son cadre aurait pu être autre sans que cela n’altère son cœur (l’addiction masculine au danger, à la mort et à la guerre). On l’a récompensé parce qu’on croyait qu’elle critiquait l’intervention américaine au Moyen Orient ; mais Bigelow est beaucoup trop maligne pour ne fonder son film que sur un argument aussi fragile que « la guerre, c’est mal ! ».
Bigelow ne sort pas de ce très complexe conflit opposant le Moyen Orient et les Etats-Unis. De même, elle continue encore à s’intéresser à un monde d’hommes (ici, l’espionnage et l’unité d’intervention des « Navy Seals »). A un détail majeur cependant. Après avoir dirigé quelques grands acteurs (Ralph Fiennes, Liam Neeson, Harrison Ford, Sean Penn, Jeremy Renner, Guy Pearce ou encore Patrick Swayze) en donnant à certains quelques-uns de leurs rôles les plus prestigieux, Kathryn Bigelow a confié à une femme le premier rôle de son Zero Dark Thirty (« minuit trente » en langage militaire) ; chose qu’elle n’avait fait que pour Blue Steel en 1990. Et pas à la moindre des actrices puisqu’il s’agit de Jessica Chastain. Cette dernière, inconnue jusqu’en 2011, a été découverte en fanfare avec le chef d’œuvre de Terrence Malick intitulé The Tree of Life. Un film vendu sur le duo Brad Pitt/Sean Penn dans lequel on ne voyait finalement qu’elle (et un peu Brad Pitt aussi, soyons honnête). Ce fut « l’année Chastain » qui vit la sortie très rapprochée de films dans lesquels elle avait joué et qui avaient été souvent repoussés : L’Affaire Rachel Singer de John Madden, La Couleur des Sentiments de Tate Taylor, Killing Fields de Ami Canaan Mann ou encore le Coriolanus de Ralph Fiennes (pourtant toujours inédit en France malgré un casting à tomber par terre ; le DVD devrait sortir le 20 mars prochain). En 2012, elle illuminait les écrans dans le très beau Take Shelter de Jeff Nichols et fascinait par sa beauté de femme fatale dans Des Hommes sans loi de John Hillcoat.
On pourrait écrire des livres entiers pour relater les raisons qui font de Jessica Chastain l’actrice américaine la plus prometteuse de sa génération (ne brulons pas les étapes, mais on peut déjà penser qu’elle est aussi en ce moment-même l’une des plus talentueuse d’entre toutes). La réunion de deux femmes aussi compétentes suffisait déjà à aiguiser un intérêt pour Zero Dark Thirty. Et d’autant plus quand on a pris connaissance de son sujet : la traque d’Oussama Ben Laden, leader du groupe terroriste Al-Qaida et commanditaire de l’attentat de sinistre mémoire au World Trade Center le 11/09, par des services secrets U.S. prêts à toutes les méthodes pour obtenir réparation et qui s’acharnèrent à le débusquer pendant dix ans. Un sujet difficile à vendre mais qui, par une ironie du sort assez salvatrice, parvint à trouver une solution. Bigelow avait révélé assez tôt l’envie de faire un long métrage sur l’unité d’intervention spéciale des « Navy SEAL ». Mais le contenu réel du film, la traque inaboutie de Ben Laden, n’a été révélé que très peu de temps avant qu’on annonce que celle-ci venait en fait d’avoir pris fin sous la présidence de Barack Obama. Le film, alors intitulé Kill Bin Laden, dû certes être rapidement et diamétralement remanié. Mais le projet passait d’une histoire pessimiste à un récit optimiste relatant une grande victoire américaine plus à même de plaire au public.
Cependant, Zero Dark Thirty est loin d’être un tract de propagande. Des polémiques, le film en a alimenté. Mais bien à ses dépens tant le long métrage fait pourtant preuve d’une intelligence et d’une neutralité assez exemplaires. De l’autre côté de l’Atlantique, quelques acteurs oubliables se sont offusqués d’une soi-disant apologie de la violence (il faut sérieusement penser à consulter un psychologue si on regarde sans sourciller ces séquences d’interrogatoires pourtant éminemment dérangeantes) tandis que des sénateurs ont, au contraire, condamné le film de donner une place trop importante aux tortures perpétrées par les autorités américaines. Et certains détracteurs condamneront encore plus logiquement le film en le désignant comme un « torture porn ». Qui a raison ? Ceux qui y ont vu un plaidoyer de la torture ou bien ceux qui sont ressortis outrés par l’horreur qu’inspire ces mêmes séquences ? Personne évidemment. Bigelow donne à voir des faits sans les juger. Qui en aurait l’audace d’ailleurs ? Oui, il y a eu de la torture et de l’humiliation. Oui, cela est atroce mais, oui, malheureusement, cela a parfois permis d’obtenir des informations cruciales.
Bigelow ne légitime pas l’emploi de la torture. Le fait est que ce n’est malheureusement pas pour rien si cette dernière est utilisée dans la plupart des sociétés de par le monde depuis plusieurs millénaires. Ce qui semble déranger, c’est que Bigelow montre que ces actes n’ont pas été commis par quelques illuminés fous furieux mais par des bureaucrates mentalement stables ; certains ayant même fondé des familles qui les attendent au pays. Ces horreurs ont été perpétrées froidement, sans un moindre autre but que professionnel. Ce qui dérange, c’est que Bigelow montre que, pour faire avancer pendant un temps sa croisade contre le « mal », la si glorieuse et bienveillante Amérique a consciemment choisi d’employer des méthodes antidémocratiques et exécrables bafouant tous les principes sur lesquels sa société est basée (gageons qu’elle n’est sûrement pas la seule). Bigelow ne fait pas l’apologie de la violence, pas plus qu’elle ne condamnait le conflit irakien dans Démineurs. Elle montre qu’il y a eu d’autres méthodes, dont le classique bakchich, pour obtenir des informations. Elle montre aussi que les agents sur le terrain ont malgré tout réussi à parvenir à leurs fins sans avoir à balader un détenu en laisse ou à l’enfermer dans une boite en lui cassant les tympans pendant plusieurs heures.
La reconstitution minutieuse de cette histoire hisse Zero Dark Thirty au niveau des modèles du genre que sont Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula, le The Social Network ainsi que le Zodiac de David Fincher. C’est une grande fresque sur l’Amérique que nous propose Bigelow ; un cadeau qu’elle a dû composer avec des pincettes tant cette Histoire-là est très récente. Mais cela confirme l’admirable capacité du cinéma américain à s’emparer le plus tôt possible des sujets touchant sa société afin de les analyser dans de grands films faisant offices de catharsis populaires. Car ce n’est pas tant d’une femme que de l’Amérique dont parle Bigelow à travers son dernier long métrage. A travers Maya (Jessica Chastain), c’est tout un pays et une population qui se lance éperdument dans la traque d’un homme ayant causé son malheur. Une quête afin de panser cette terrible blessure causée par ce 11 septembre 2001 qui vit à la fois un évènement historique majeur, la première attaque étrangère sur le sol américain depuis Pearl Harbor, et une tragédie symbolique de grande ampleur (deux tours s’effondrant en direct à la télévision et faisant 3000 morts). Une humiliation abominable qui avait vu une contestation officielle et imprévue de la première puissance mondiale. Douze ans après la chute de l’URSS, les Etats-Unis sont à nouveau en guerre. Zero Dark Thirty prend l’attentat comme point de départ, en refusant judicieusement de montrer ces images archi connues pour se focaliser sur un montage sonore à la fois anti-spectaculaire et glaçant qui nous fait entrer violemment dans le bain.
Zero Dark Thirty étant un grand film, il réussit parfaitement à rapporter le parcours de son personnage principal à un état d’esprit social. La charmante Maya est d’abord cette jeune Amérique qui, à l’aube du XXIème siècle, ne sait pas trop quoi faire. Moins qu’une humaine pour lequel on pourrait éprouver de l’empathie, Maya est avant tout un symbole, une allégorie. On ne sait rien de son parcours antérieur, ce qui la rend particulièrement mystérieuse et fascinante. Elle a la vie devant elle et le monde qui l’attend. Pourtant, sa première apparition se fait au côté de l’analyste Dan (Jason Clark) en pleine séance de torture à l’encontre d’un détenu. Que vient-elle faire là ? A priori, c’est un accident. Un concours de circonstances qui l’a fait atterrir dans ce « bordel » qu’est le Pakistan. Ce n’est apparemment pas elle qui a choisi d’avoir affaire à Ben Laden. Mais petit à petit, elle va devenir obsédée par cette traque avant d’en être personnellement affectée. De là, cette chasse à l’homme dérive lentement du terrain professionnel au domaine de la vie privée. Ben Laden passe aux yeux de Maya du statut de « vague menace à neutraliser » à celui d’« ennemi à abattre » ; de même qu’il n’était qu’un énergumène potentiellement dangereux parmi tant d’autres pour les Etats-Unis avant de devenir son « ennemi public n°1 » après le 11/09.
Tous les films-dossiers relatant une longue enquête comme Zodiac, Les Hommes du Président ou encore le magnifique Memories of Murder de Bong Joon-ho sont avant tout les peintures d’obsessions qui gangrènent l’esprit des personnages principaux. Ces héros pourchassent des fantômes sans visage, exactement comme dans La Taupe, le dernier chef d’œuvre de Thomas Alfredson. Zero Dark Thirty est dans ce même ordre d’idées puisqu’il ne montre jamais le visage d’Oussama Ben Laden, y compris lors de l’assaut au cours de l’opération Geronimo, laissant planer le doute sur le succès de l’opération qui ne dépend au final que de la confirmation faite par Maya. La scène de « face-à-face » renvoie d’ailleurs immédiatement à une autre séquence vers la fin de Zodiac, lorsque Robert Graysmith (Jake Gyllenhaal), après quinze années d’une traque ayant failli briser son ménage, décide de regarder droit dans les yeux son suspect principal dont il est convaincu de la culpabilité. Deux séquences d’une très grande force qui concentrent à la fois le moteur ayant poussé ces détectives, leur satisfaction d’être parvenu à leurs fins mais aussi cette déception teintée de tristesse lorsqu’ils réalisent du même coup que toute une page de leur vie vient irrémédiablement de se tourner.
Malgré sa durée très conséquente de 2h45, Zero Dark Thirty captive grâce à son étourdissante précision dans sa reconstitution historique, son rythme effréné porté par un montage impeccable et sa brillante réalisation inventive. Son personnage principal vole régulièrement la vedette au reste du casting, Chastain s’en tirant à merveille avec un rôle assez difficile lui demandant une certaine retenue tout en restant capable d’exprimer par un simple regard un enchevêtrement complexe de sentiments multiples. Mais les autres acteurs n’ont pas à rougir entre un paradoxalement sympathique Jason Clarke, le toujours plaisant Kyle Chandler (King Kong, Super 8, Argo), le super charismatique Mark Strong (Kick-ass, La Taupe, John Carter et le prochain Welcome to the Punch), James Gandolfini (True Romance, la série « Les Sopranos », Cogan - Killing Them Softly) ou encore Joel Edgerton (Animal Kingdom, Warrior). On a même droit à une rapide apparition de Frank Grillo, acteur qui monte et dont la phénoménale présence avait déjà été remarquée dans des pépites comme le déjà cité Warrior et le ténébreux Le Territoire des Loups. Un casting presqu’intégralement composé d’hommes afin de renforcer le caractère « alien » de Maya.
Elle est en décalage avec les autres mais cela renforce davantage la spécificité de ses aptitudes. Si elle s’est retrouvée au milieu des hommes, c’est parce qu’elle est capable de leur tenir tête et de devenir aussi violente qu’eux (elle n’hésite pas à employer les mêmes méthodes que son tortionnaire de mentor). Ce décalage se fait aussi par le jeune âge de ce protagoniste que ses supérieurs regardent avec circonspection bien qu’elle soit très vite caractérisée comme une « tueuse » (« a killer »). Mais sa particularité est surtout de n’avoir aucune vie privée à côté de son travail. Elle n’est vouée qu’à cette tâche qui devient l’unique moteur d’exaltation et d’avancée dans sa vie foncièrement vide. En cela, Maya rejoint un certain nombre de héros de la filmographie de Bigelow. Le policier Johnny Utah (Keanu Reeves) dans Point Break découvrait un exutoire en infiltrant le milieu du surf. Dans Strange Days, la population friquée d’un monde au bord de l’effondrement à la veille de l’an 2000 se délectait à se réfugier dans des simulations la plongeant dans des situations extrêmes ou excitantes afin de s’évader d’un quotidien morbide, ennuyeux et déprimant. Dans Démineurs, le sergent William James (Jeremy Renner) préférait risquer indéfiniment sa vie sur le terrain en jouant à la roulette russe avec des bombes artisanales plutôt que d’avoir une existence tranquille d’Américain moyen. Maya fuit toute insertion sociale (ami, petit ami, famille, une maison bien à elle, un travail honnête et pépère) pour se réfugier éperdument dans cette traque lui conférant sa dose nécessaire d’adrénaline.
Et ce même si la quête qu’elle incarne apparait de plus en plus en décalage avec cette société américaine dont elle représentait au départ le besoin précoce de vengeance. Car si Maya incarne les Etats-Unis, ce n’est vraiment que dans la première moitié du long métrage. Petit à petit, son obsession finit par la démarquer de l’intention de ses supérieurs. Au bout de dix ans, Oussama Ben Laden a perdu de la valeur aux yeux des Américains. Au final, à quoi bon s’entêter à le tuer ? Il finira par être remplacé, à l’image de ce « troisième homme » qui change de tête dès que les services secrets U.S. mettent la main sur l’actuel occupant du poste. Comme disait Geoffrey Rush dans le Munichde Steven Spielberg lorsqu’il tentait de montrer le caractère éminemment paradoxal de la mission qu’il a en partie initié et dirigé (faire éliminer les organisateurs de « Septembre Noir ») : « pourquoi couper nos ongles alors qu’ils repoussent ? ». Cette fixette sur Ben Laden tient en partie par le fait qu’il soit à la tête d’Al-Qaida. C’est un symbole à éliminer, au même titre que le fut le World Trade Center. Pas sûr, comme l’indique le dernier plan, que son exécution soit une source de joie. L’aboutissement de l’opération est anachronique car elle est la conclusion, certes logique, d’une mission initiée une décennie auparavant. Depuis, les Etats-Unis ont soigné leurs plaies et sont passés à autre chose. Sauf Maya qui a gardé un même cap.
Cette opposition entre cette jeune fonctionnaire et sa hiérarchie peut se lire de différentes manières. En la défaveur de l’héroïne rousse comme on vient de le voir. Mais aussi de manière plus positive, sans que cela ne s’annihile ou se contredise. Dans un autre drame guerrier, K-19 le piège des profondeurs, la réalisatrice américaine prenait comme héros des soldats russes qui figuraient comme les derniers maillons d’une longue chaine hiérarchique. Ils étaient envoyés en chair à pâtée dans des sous-marins dépassés et dangereux pendant que les hauts dignitaires communistes pouvaient fièrement parader avant de se permettre de juger les résultats de ceux qui ont risqué leur vie pour accomplir leur devoir. Zero Dark Thirty poursuit cet éloge à ce « petit personnel qui fait les grands changements ». Maya peut alors être vu comme un bel exemple : c’est une femme qui dédie sa vie à protéger et à servir son pays. Maya ne fait par contre pas preuve d’abnégation puisque sa vie EST la traque de Ben Laden, d’où son effondrement à la fin de sa « croisade ».
On peut alors faire un rapprochement avec une autre femme qui aurait pu marquer la filmographie de Bigelow. Cette dernière a longtemps caressé l’idée de faire un film sur Jeanne d’Arc ; projet qui lui échappa au profit de Luc Besson, son producteur exécutif, qui en tira un long métrage pour le moins décevant. Maya parait tombée du ciel, sans attache, comme possédée par sa « mission » : combattre l’ennemi de la patrie (les Anglais pour Jeanne ; Ben Laden pour Maya). Elle tient tête aux hommes, les poussent au combat et les dirigent comme l’aurait fait la célèbre Pucelle (Maya n’a pas de relation sexuelle pendant le film et on peut être amené à penser qu’elle n’en a jamais eu puisqu’elle est entrée dans l’univers de l’espionnage après le lycée). Il n’est alors pas saugrenu de penser que Bigelow a enfin réalisé sa version de Jeanne d’Arc par le biais de ce Zero Dark Thirty. Même si elle ne va pas directement sur le champ de bataille, Maya combat indirectement par le biais des « Navy Seal » auxquels elle intime l’ordre de « tuer Ben Laden pour elle ». Néanmoins, Maya disparait logiquement pendant cette dernière demi-heure qui relate presqu’en temps réel l’assaut qui eut raison du leader terroriste. Un morceau de bravoure pour lequel le mot « immersif » a vraisemblablement été inventé. Filmée de manière envoutante (le travail sur la lumière et le son est absolument tétanisant ; Démineursavait déjà confirmé cette aptitude de la cinéaste), la séquence constituerait presque à elle seule la raison pour laquelle on a envie de se précipiter en salle pour revoir le film. Car s’il demeure avant tout un long métrage sur une enquête, Zero Dark Thirty n’est pas dénué de moments sur le terrain d’une très haute tension. Ajoutons à cela qu’Alexandre Desplat livre une B.O. accrocheuse (le morceau musical lors du vol des hélicoptères vers la planque de Ben Laden est pour beaucoup dans l’efficacité de la séquence) et vous pouvez affirmer que le dernier Bigelow est l’un des plus grands films américains depuis The Social Network de David Fincher.
NOTE : 9 / 10