Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Titre original : The Last Stand
Film américain sorti le 23 janvier 2013
Réalisé par Kim Jee-woon
Avec Arnold Schwarzenegger, Jaimie Alexander, Peter Stomare,…
Action
Un sheriff américain vivant près de la frontière mexicaine tente d’arrêter un chef de cartel de drogues avant que celui-ci ne s’échappe à Mexico.
Pour les fans de péloches burnées à la sauce « eighties », Le Dernier Rempart avait un peu tout du fantasme. En premier lieu parce qu’il signe le retour d’Arnold Schwarzenegger, acteur bodybuildé au charisme disproportionné. Un personnage super-héroïque dont on aurait cru que la physionomie avait été tirée d’un « comics » avant d’être taillé dans de la chair. L’acteur, à l’instar d’un Sylvester Stallone ou d’un Clint Eastwood, s’est forgé un personnage bien à lui qu’il réinterprète dans chacun de ses nouveaux films. Il est mondialement connu pour avoir offert son indéniable présence iconique dans des classiques du cinéma d’action comme Total Recall de Paul Verhoeven, Predator et Last Action Hero de John McTiernan, Commando de Mark L. Lester, Conan le barbare de John Milius et les deux Terminator de James Cameron. Il est aussi réputé pour avoir malheureusement échoué à monter, malgré son statut de star planétaire, quelques-uns des projets les plus excitants de toutes l’histoire du cinéma parmi lesquels on retrouvait un « remake » de La Planète des Singes par James Cameron (qui devint ensuite le film assez plat de Tim Burton), une « nouvelle » adaptation du roman de Richard Matheson « Je suis une légende » (qui devint le « blockbuster » de sinistre mémoire réalisé par Francis Lawrence) ou encore le mythique Crusade de Paul Verhoeven. En parallèle, l’acteur bodybuildé qui ne dispose que d’un répertoire de jeu limité s’est régulièrement compromis dans des grosses productions explosives rarement dignes d’intérêt et jamais mis en scène par autre chose que des artisans serviles et sans audace (dans le meilleur des cas). Dans le troisième opus de Terminator, réalisé par Jonathan Mostow et sorti en 2003, il faisait sa dernière apparition sur le grand écran avant de se lancer dans la politique pour un double mandat de gouverneur de Californie. Depuis, on ne l’avait aperçu que dans de courts caméos plus ou moins judicieux et réjouissants dans les deux Expendables.
Deux petites apparitions destinées à préparer le terrain. Car cela fait deux années que le retour de Schwarzenegger au cinéma était imminent. A l’instar de Stallone, des rumeurs font état du retour des célèbres franchises qu’il a initié en tant qu’acteur. Prisonnier de ces rôles, il est fort probable que son salut ne puisse, sur le long terme, que venir d’eux. C’est un peu comme ça que Stallone était revenu en grâce avec Rocky Balboa et John Rambo, figures ayant à jamais incorporé la mythologie du 7ème art. Un Terminator 5 est donc prévu avec lui sous la houlette de la productrice-mécène Megan Ellison) ; on parle d’un nouveau Predator et d’un second True Lies sans James Cameron (des rumeurs voulaient aussi que Schwarzy interprète un méchant dans sa suite d’Avatar) ;... Néanmoins, le seul projet de suite crédible demeure The Legend of Conan, un film devant montrer le fameux barbare devenu roi vieillissant. Un projet à la Impitoyable pour Schwarzenegger qui attend encore un bon réalisateur ; les fans du personnage rêve d’une hypothétique participation de Paul Verhoeven. En parallèle, et de manière plus concrète, Schwarzenegger reviendra dans les films d’action Ten de David Ayer et The Tomb de Mikael Hafstrom dans lequel il partagera enfin de façon égale l’affiche avec Stallone.
Néanmoins, les cinéphiles ne s’intéressaient pas uniquement au Dernier Rempart pour le retour supposé triomphal de l’acteur d’origine autrichienne dans son premier grand rôle depuis plus de dix ans. La petite surprise qui aiguisait l’appétit tenait aussi dans le nom de son metteur en scène : le sud-coréen Kim Jee-woon. Pour le public américain en train de réserver un accueil glacial au film qui, malgré son budget réduit de 30 millions de dollars, peut clairement être annoncé comme le premier gros « flop » de 2013, ce nom ne signifie pas grand-chose. Jee-woon est le troisième membre de ce brillant trio sud-coréen qui sévit là-bas depuis quelques années et qui est aussi composé du génial Bong Joon-ho (Memories of Murder, The Host) et de Park Chan-wook (Old Boy, Thirst). Pour sa part, Kim Jee-woon est un très brillant formaliste ayant parfois tendance à faire prédominer la forme tape-à-l’œil plutôt que le fond de son récit. Cela fait de lui un cinéaste très inégal balançant une fois sur deux entre le chef d’œuvre mélancolique et ténébreux (A Bittersweet Life, J’ai rencontré le diable) et l’exercice de style récréatif plus ou moins vain et superficiel (l’imparfait Deux Sœurs, le réjouissant mais oubliable Le Bon, La Brute et Le Cinglé). Après avoir réalisé le « revenge movie » définitif avec J’ai rencontré le diable, œuvre d’une tétanisante noirceur ayant dû être éprouvante à concevoir pour Jee-woon, il est assez prévisible que son film suivant soit plus léger et futile.
Jee-woon a choisi de faire ses premiers pas américains avec une œuvre de commande relativement bon enfant. Une nouvelle variante du « western », genre qui avait déjà eu une influence sur A Bittersweet Life et surtout sur Le Bon, La Brute et Le Cinglé, teintée d’humour comme Jee-woon en a régulièrement eu l’habitude. Le principe est simplissime : un méchant tente de s’enfuir au Mexique mais une dernière ville américaine est sur son chemin. Et en son sein se trouve un irréductible sheriff prêt à tout pour faire respecter la Loi. Sur ce postulat basique, Jee-woon tire un exercice de style dont le contenu est aussi vide que sa forme est inventive. On ne peut enlever au film ses quelques tentatives d’ironie et de nostalgie qui s’amusent à casser l’image d’« action hero » qu’incarne Schwarzenegger depuis plus de trente ans. Le Dernier Rempart prend très justement comme personnage principal un ancien policier héroïque comme Schwarzy aurait pu en incarner il y a encore quinze ans. Mais celui-ci s’est lassé de toute cette violence et a pris une retraite pantouflarde dans ce petit bled perdu dans le désert censé lui offrir cette vie terriblement ennuyeuse qu’il recherche à présent.
C’est donc un peu contraint et forcé que le sheriff, et en l’occurrence Schwarzenegger lui-même, doit ressortir son colt pour une ultime mais glorieuse fois. Le Dernier Rempart met alors en abime le retour aux affaires de Schwarzy avec celui de ce sheriff obligé à affronter cette violence qui faisait autrefois son exécrable quotidien. Néanmoins, comme tout Américain qui se respecte, le sheriff a un rapport assez ambivalent avec cette violence (un des personnages affectionne tellement les armes qu’il ne peut s’empêcher de leur donner un nom propre à chacune). D’un côté, elle le rebute ; de l’autre, elle lui manque clairement comme le montre la très drôle séquence de tir vers le début du long métrage. Schwarzenegger et son shérif sont faits pour être des « héros » affrontant un mal « physique » dévastateur. Voir le célèbre acteur musclé assis sous son porche en portant des charentaises ne peut être qu’une image décalée un brin absurde. Et on peut assimiler à une renaissance de l’acteur et de son personnage le moment où ceux-ci s’emparent enfin d’un fusil à pompe pour dégommer ces « vilains » qui envahissent cette tranquille petite ville américaine. Reste encore à déterminer si les réflexes sont encore là, ce qui donne naissance à quelques petites piques ou scénettes savoureuses que n’aurait pas renié un Eastwood.
Tout ce qui touche à autre chose qu’à Schwarzenegger apparait régulièrement comme des ficelles plus ou moins grossières (la sous-intrigue romantique entre deux personnages secondaires par exemple). Tous les interprètes de ces individus-fonction s’y montrent plus ou moins convaincants (par contre, tous s’amusent visiblement). Edouardo Noriega est étonnement peu crédible, ce qui est d’autant plus dommage que son choix était apparemment inspiré, tandis que Peter Stomare lui vole allégrement la vedette dans le rôle du bras droit sadique. Jaimie Alexander est crédible tandis que Luis Guzman et Johnny Knoxville (heureusement assez en retrait mais assez drôle dans son rôle de sosie de Song Kang-ho dans Le Bon, La Brute et Le Cinglé) assure le rôle de « side-kick » comique. Si les moments de discussion ne sont clairement pas le point fort du long métrage, celui-ci prend un réel intérêt lorsque les scènes d’action survitaminées démarrent. Et autant le dire, les nombreux moments de bravoure et la dernière demi-heure sont plus qu’honnêtes dans ce domaine. Il est juste dommage que la patte de Jee-woon ne soit réellement perceptible que par quelques mouvements de caméra audacieux et par un brillant découpage spatial lors des fusillades. Le Dernier Rempart est clairement une de ses plus « mauvais » œuvres et n’est pas non plus le meilleur film de Schwarzenegger. Mais le résultat est suffisamment intègre et généreux pour qu’on puisse considérer que le mépris du public à son encontre est injustifié (c’est clairement au-dessus d’un Expendables 2 par exemple). Dommage aussi que les producteurs aient jugé judicieux de sortir ce film de divertissement en plein mois de janvier, période de creux entre le festival de Sundance et la cérémonie des oscars, considérés comme plus « prestigieux ». Espérons que cela n’empêchera pas Jee-woon de s’atteler à Inrang son ambitieux « remake » d’un magnifique dessin animé japonais intitulé Jin-Roh : La brigade des loups. Vu la triste noirceur de son sujet sujet, il ne fait aucun doute que Jee-woon ne se contentera pas cette fois d’une forme léchée.
NOTE : 5.5 / 10