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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Evil Dead

Film américain sorti le 1 mai 2013

Réalisé par Fede Alvarez

Avec Jane Levy, Shiloh Fernandez, Lou Taylor Pucci,…

Epouvante-horreur

Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois. Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix. Les plus épouvantables des forces vont se déchainer sur eux…

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Bande annonce non censurée

Il n’aura échappé à personne que la mode à Hollywood est au « remake » des classiques des années 1980. Une sorte de passade regrettable révélant un manque d’inspiration évident au sein de la ville des anges, tout en démontrant un cynisme et un opportunisme de plus en plus prégnants chez les producteurs. Puisque la nostalgie est de rigueur, tentons de capitaliser sur les succès d’antan. Ces derniers ont vu leur aura grandir, malgré des accueils publics et critiques qui pouvaient laisser à désirer, et pouvoir s’attribuer le titre et l’histoire de ces célèbres longs métrages permet de se garantir un certain nombre de spectateurs qui, pour la plupart, chérissent ces films. Peu importe que leurs « remakes » soient d’incontestables ratages s’essuyant les pieds sur leurs modèles comme s’ils s’agissaient de vulgaires paillassons, ces spectateurs ne résisteront pas à l’envie de voir ces relectures, et ce, même si leur but est de pouvoir ensuite légitimement leur tailler un costard. On peut dresser une liste longue comme le bras regroupant tous ces ouvrages repompant maladroitement les thèmes et les effets de mise en scène provenant d’œuvres bien plus ambitieuses et abouties. La plupart sont des catastrophes : Conan par Marcus Nispel, Total Recall de Len Wiseman, Nightmare on Elm Street de Samuel Bayer, Piranhas 3D d’Alexandre Aja, Predators de Nimrod Antal, Prometheus de Ridley Scott, Fog de Rupert Wainwright, etc…

Néanmoins, çà et là, on pouvait tomber sur un film pas trop embarrassant pour son modèle. Terminator 4 par McG par exemple qui, loin d’atteindre le niveau des deux chefs d’œuvres de James Cameron, n’était pas forcément dénué de qualités qui lui permettaient de tenir la route. On pourrait aussi mentionner la fausse « prequel » au The Thing de John Carpenter (lui-même un brillant « remake ») qui se révélait forcément inférieur à ce classique de la terreur sorti en 1982 mais qui n’était pas dénué d’un certain effort de la part de son équipe pour livrer une direction artistique prouvant que le projet n’était pas qu’opportuniste. Mieux, on finissait même par tomber sur quelques anomalies surpassant les œuvres originales : La Colline a des Yeux d’Alexandre Aja qui était largement supérieur au film médiocre de Wes Craven. Pouvait-on alors élaborer une règle d’or voulant qu’un « remake » ne soit justifiable et réussi que s’il se base sur une œuvre déjà ratée, permettant à la nouvelle tentative de réparer les erreurs du précédent essai ? Un brillant « remake » n’était-il pas envisageable si le film original disposait d’une excellente base de départ ? C’est tout le paradoxe de cette mode nostalgique. Etonnant de voir qu’un film aussi riche que Total Recall ne donne qu’un pathétique navet vingt ans plus tard alors qu’il est autant, sinon plus, d’actualité.

La raison pourrait être bien plus évidente : et si l’échec de ces projets étaient dû tout bêtement au choix des réalisateurs ? En effet, comment rivaliser avec la maîtrise formelle, l’humour frondeur et la violence frontale de réalisateurs aussi rebelles que Paul Verhoeven, John Carpenter ou Brian De Palma ? Des artistes incontrôlables qui s’éclataient à démolir un système hollywoodien qui faisait l’« erreur » de leur confier des millions de dollars pour qu’ils lui ravalent joyeusement la façade. Après tout, Brian De Palma avait osé lui-aussi toucher à un classique du film noir, Scarface d’Howard Hawks, pour livrer une œuvre quasi-fondamentale à la compréhension de son style et de sa personnalité (pas sûr que le nouveau « remake » prévu pour les années à venir soit aussi réussi). Et John Carpenter avait aussi osé le « remake » avec The Thing, dont tout le monde considère aujourd’hui sa version comme la plus aboutie. Et Assaut reprenait discrètement la structure narrative du Rio Bravo d’Hawks ? tandis que Los Angeles 2013 démolissait son propre New York 1997 pour replacer son héros iconique dans un nouveau monde régit par de nouvelles règles. On ne saurait envisager sereinement les « remakes » de brillants longs métrages de Paul Verhoeven lorsque ceux-ci sont confiés à des tacherons : Total Recall par le réalisateur de Die Hard 4 (qui avait déjà en partie ruiné l’œuvre de John McTiernan, avant que cette entreprise de démolition ne se poursuive avec l’abominable Die Hard 5) ou encore un nouveau Starship Troopers sans cynisme (autant dire que le « remake » sera l’archétype du « blockbuster » fasciste dont se moquait Verhoeven). Le seul qui pourrait être rassurant est ce nouveau Robocop par José Padhilla, réalisateur des deux percutants Tropa de Elite ; malheureusement les échos font mentions d’un tournage pour le moins mouvementé.

Aussi, l’annonce du « remake » du premier Evil Dead en a fait bondir plus d’un. Ce dernier, en plus de marquer les premiers pas de Sam Raimi à la réalisation, était devenu avec le temps l’un des sommets du genre horrifique. Une œuvre culte qui avait déjà donné lieu à un « remake » intelligent par Sam Raimi lui-même avec Evil Dead 2. Il y reprenait l’histoire pour l’agrémenter d’éléments comiques faisant, au final, lorgner l’ouvrage vers une dynamique délicieusement « comics ». Un troisième épisode orienta ensuite la franchise vers le film d’aventure plus proche d’une transposition décalée du « Magicien d’Oz » que du long métrage d’horreur. Autant dire qu’un « remake » premier degré n’avait pas grand-chose pour emballer. Surtout à l’heure où le cinéma d’horreur, après la vague du « torture porn » popularisé par l’interminable franchise Saw, est devenu à la fois chiche en frissons et en séquences traumatisantes (en témoigne la prédominance au box-office de films d’horreurs peu sanguinolents comme Paranormal Activity et toute la vague des « found footage movies » où le principe est de ne rien voir parce qu’ils n’y a rien à montrer). Et si la présence de Raimi à la production servait de caution destinée à rassurer les fans de la première heure, on ne pouvait s’empêcher de se rappeler que les derniers massacres d’Alien et des films de Carpenter avaient aussi à cette place leurs propres instigateurs qui avaient faits des merveilles vingt ans plus tôt. Et quand on a appris que l’inepte Diablo Cody, scénariste de pacotille de films minables (Juno, Jennifer’s Body ainsi que Young Adult), était chargée de réécrire l’histoire, le cinéphile avisé était à deux doigts de se trancher les veines par désespoir.

Bonne nouvelle, le nom de Cody a mystérieusement disparu du générique, nous rassurant alors sur la lucidité de l’équipe de tournage. Et ce qui semblait comme un choix préoccupant à la réalisation, l’uruguayen Fede Alvarez dont c’est le premier film si l’on excepte le court métrage Ataque de Panico ! qui l’a fait remarquer, se révèle en fait comme un gage de qualité et de fraicheur. Non, le « débutant » Alvarez n’a pas été choisi pour que les producteurs puissent faire aisément pression sur ses frêles épaules, mais bien parce que le jeune homme a des aptitudes de mise en scène assez admirables. Et si l’on a hâte de voir ce que le bonhomme fera avec son prochain film original, on se réjouira de voir qu’il a préféré se faire la main sur un « remake ». Néanmoins, autant le dire tout de suite, cette nouvelle version ne devrait pas surclasser l’original de Raimi dans le cœur des admirateurs. Evil Dead par Alvarez n’est pas un grand film d’horreur et n’est pas une date dans le genre. Ce n’est pas un grand choc ou une pierre angulaire à l’inverse du premier long métrage de Sam Raimi. Il n’invente en soit pas grand-chose non plus mais, et c’est là toute la différence avec une bonne partie des « remakes » précités, il en est pleinement conscient et respecte son modèle d’origine.

En effet, on ne ressent pas ce mépris de l’œuvre originale qui imprégnait ces dévoiements qu’étaient Total Recall de Wiseman ou Predators de Nimrod Antal. Il y a un amour du bel ouvrage et une volonté évidente de bien faire les choses, ce qui suffit à prouver que le projet n’avait pas qu’une motivation pécuniaire. Le respect de la mythologie originale est perceptible dans chaque séquence, ce qui permet à Evil Dead d’Alvarez d’avoir droit à bien plus de considérations de la part du spectateur. On pourra toujours pinailler sur l’intérêt de la démarche, mais il s’avère que ce nouvel Evil Dead n’en demeure pas moins un sympathique film d’horreur à une époque où le genre subit de plein fouet une crise évidente. On pourrait s’attarder sur ses nombreux défauts ; certains inhérents au genre qu’il aborde et d’autres qui viennent de choix préalables parfois hasardeux. Oui, la caractérisation des personnages, notamment les trois membres secondaires du petit groupe de jeunes, est minimale. Oui, il y a pas mal de citations envers l’original de Sam Raimi, et même à d’autres classiques du genre (L’Exorciste de William Friedkin et son emploi d’un langage outrancièrement vulgaire lors d’un cas de possession). Oui, malgré son premier degré, le film n’évite pas sporadiquement quelques passages involontairement drôles (il est difficile de certifier qu’ils soient complètement involontaires mais le sérieux de l’ensemble amène à le penser). Oui, il y a bien aussi quelques regrettables facilités scénaristiques, comme la libération crétine des forces maléfiques contenues dans le fameux livre. Et elles n’ont parfois pas d’autre but que de donner lieu à des scènes gratuites d’une violence frontale (la révulsante scène saphique sur les marches de la cave).

Mais le plus grand regret sera le fait que le film, s’il dispose de quelques moments bien tendus, n’est pas aussi terrifiant qu’on aurait pu le croire. Cela vient sûrement du fait que le film qui prend comme décor la cabane perdue au fond des bois est devenu un cliché en lui-même, un genre archi-épuisé. Cela n’aide pas à ôter cette parfois désagréable impression de déjà-vu. Un genre tourné en dérision avec plus ou moins de réussite dans, au choix, les récents La Cabane dans les bois de Drew Goddard et Tucker & Dale fightent le mal d’Eli Craig ou le plus ancien sketch des Inconnus « Les Dents de la Mouche n°4 ». Le fait est que l’on voit souvent les effets de surprise venir à des kilomètres et que ce nouvel Evil Dead ne mise pas assez sur l’ambiance à la différence de classiques comme L’Orphelinat ou Les Autres. Dans ces films-là aussi, on sait qu’il va se passer quelque chose. Mais ceux-ci savent prendre leur temps et créer une ambiance pour mieux balancer leurs effets chocs (effrayants parce qu’ils étaient attendus depuis quelques minutes). Or, à de rares exceptions près, Evil Dead va trop vite. A peine une porte claque-t-elle que l’apparition d’un possédé fait brusquement son apparition. Au final, les plus grands morceaux de flippe viennent de la sono, montée à fond à l’occasion de « jump scares » un peu faciles.

Cependant, si ce nouvel Evil Dead n’est pas un film d’horreur dans le sens où il ne file pas la trouille, il l’est malgré tout par sa capacité à « horrifier ». Misant moins sur le hors champ l’ambiance que sur le gore et le massacre quasi-cathartique pour le spectateur, Evil Dead donne à ce niveau-là largement pour son argent. Et c’est là que le premier film d’Alvarez, qui est loin d’être un manche, se démarque de la concurrence. D’abord en refusant la prédominance de l’image de synthèse pour privilégier le plus possible les effets matériels conférant une tangibilité à ces jets de sang et à ces bouts de chairs qui voltigent à l’écran. A une ère où toute production un peu adulte mise sur l’hémoglobine numérique, à la fois plus pratique lors des tournages puisque le nettoyage n’est pas nécessaire à chaque nouvelle prise mais aussi lors de la post-production car facilement supprimable en cas de problème avec la censure, Evil Dead assume clairement, et visiblement depuis le départ, son côté ultra-violent. Il n’aura jamais été question d’adoucir les séquences pour rendre le film plus accessible aux « teenagers » mangeurs de popcorn et plus aptes à en faire un triomphe au box-office.

Cet éloignement des CGI est aussi un hommage respectueux aux grandes références du genre dont l’efficacité allait de pair avec l’organisme perceptible des monstres et des démembrements. Et l’Evil Dead de Sam Raimi est particulièrement reconnu pour l’efficacité de ses effets spéciaux faits de manière artisanale. On reste à plusieurs reprises bluffés par la qualité de ces effets dans le film d’Alvarez, et la plupart d’entre eux sont une épreuve pour les yeux et l’estomac. La surprise vient de l’esthétisme pas désagréable de ces séquences de boucheries d’une atrocité pourtant soutenue. Et l’on comprend alors que le véritable intérêt de ce « remake » n’est pas dans son histoire mais bien dans sa jubilation à orchestrer un jeu de massacre extrême qui soit « beau ». Alvarez filme les amputations comme Carpenter filmait les écœurantes mutations de son monstre dans The Thing. Si Alvarez, qui a co-écrit le script, n’a pas hésité à instiller quelques enjeux narratifs visant à démarquer plutôt intelligemment son film des nombreux ersatz du genre (notamment en modernisant la raison autrefois absurde de cette réunion étudiante dans le plus sinistre des bois, et en ajoutant un lien fraternel fort unissant les deux principaux protagonistes), il s’est surtout éclaté sur le plan formel.

Ca faisait bien longtemps que la photographie d’un film d’horreur n’avait pas été aussi travaillée. Elle est l’atout principal d’Evil Dead et sa principale réussite. Elle parvient à rendre tour à tour les décors surréalistes, oppressants, accueillants, voire parfois franchement lyriques. Et cette poésie macabre va crescendo tandis que le massacre prend des dimensions délibérément outrancières et christiques. Lorsqu’arrivent les vingt dernières minutes sublimes, livrant une imagerie de cauchemar infernal, on a presqu’envie de pardonner les nombreuses précédentes maladresses. La confrontation finale avec un doppelganger méchamment tenace finit de conclure le parcours thérapeutique de l’héroïne « junkie » contre elle-même tandis que le dilemme fraternel initial est résolu d’une manière étonnement émouvante. A l’image de l’héroïne qui retrouve sa volonté combative, auparavant dissolue par son addiction/sa possession, l’ultime combat libère chez le spectateur une surexcitation jubilatoire, notamment grâce à l’un des plus beaux plans de l’année, d’une « bad-asserie » sans borne. On se surprend alors, une fois sorti de la salle, à ne pas rechigner sur une inévitable suite.

NOTE : 6.5 / 10

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