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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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9 Mois Ferme

Film français sorti le 16 octobre 2013

Réalisé par Albert Dupontel

Avec Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel, Nicolas Marié,…

Comédie

Ariane Felder est enceinte ! C'est d'autant plus surprenant que c'est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que d'après les tests de paternité, le père de l'enfant n'est autre que Bob, un criminel poursuivi pour une atroce agression ! Ariane, qui ne se souvient de rien, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l'attend...

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Albert Dupontel est l’une des rares personnalités dans le milieu du cinéma français à savoir jongler entre audaces stylistiques et efficacité rythmique lorsqu’il s’attèle à la mise en scène. Bien sûr, on le connait d’abord en tant qu’acteur. Et ses choix de projets l’ont vu se confronter à des cinéastes ayant leurs propres univers parfois radicaux, Jean-Pierre Jeunet à l’occasion d’Un Long Dimanche de Fiançailles ou Gaspar Noé pour Irréversible, et à des genres malheureusement plus du tout populaires en France comme le thriller avec Le Convoyeur de Nicolas Boukhrief, le film de guerre avec le magnifique L’Ennemi Intime de Florent Emilio Siri et l’action avec La Proie d’Eric Valette pour lequel il s’était beaucoup investi. Réputé pour être une grande gueule n’ayant pas sa langue dans sa poche, l’acteur puis cinéaste avec les très bons Bernie, Enfermés Dehors et Le Vilain s’est logiquement vu imposer l’étiquette de « paria » du cinéma français. N’hésitant pas à dire tout haut que le cinéma français actuel ne s’intéresse plus à l’image, refusant le conformisme et la bienséance stérile, Dupontel apparait comme un chien fou qui se démarque fortement des dizaines de réalisateurs-scénaristes parisiens qui ont le monopole des comédies.

Il ne surprendra donc personne que son nouveau film, 9 Mois Ferme, ne ressemble absolument pas à ces innombrables comédies irrécupérables produites par les chaines de télévision hexagonales afin de mettre en vedette un comédien que l’on voit trop souvent et qui reste dans sa « comfort zone » (au hasard, Kad Merad, Franck Dubosc, Gad Elmaleh, Elie Semoun ou encore Omar Sy). Si Dupontel s’accorde un rôle important dans 9 Mois Ferme, c’est malgré tout pour interpréter un personnage ingrat : un prisonnier simplet un tantinet inquiétant. Le véritable centre de l’intrigue, Dupontel l’a aimablement réservé à une actrice peu habituée à la comédie : Sandrine Kiberlain. En effet, cette dernière a surtout été vue dans des drames intimistes, parfois assez barbants si l’on se réfère aux œuvres les plus récentes de sa carrière. Et comme pour beaucoup de rôles à contre-emploi, la réussite est admirable et contribue pour beaucoup à l’efficacité de l’humour corrosif qui parsème le long métrage. Kiberlain se montre étonnement à l’aise avec le registre de l’autodérision et compose un personnage coincé qui se laisse parfois emporter par des crises libératoires.

Mais Dupontel ne se repose pas uniquement sur le talent de son actrice principale pour faire fonctionner son film, a contrario de la démarche beaucoup de metteurs en scène hexagonaux. Pour s’en convaincre, il suffit d’admirer cette véritable prouesse technique et narrative qu’est le sublime plan séquence d’ouverture de 9 Mois Ferme avec n’importe laquelle des scènes d’introduction des prétendues comédies franchouillardes de cette année. Refusant de lorgner du côté de la comédie de boulevard ou du théâtre, Dupontel choisit logiquement et judicieusement de s’inspirer de la folie, du dynamisme et de l’inventivité des Monty Python, de Terry Gilliam en particulier qui vient même faire un savoureux caméo, de Sam Raimi, des frères Coen, notamment dans la caractérisation mi-pathétique et mi-touchante des personnages crétins émaillant son intrigue, et des cartoons de Tex Avery et de Chuck Jones. Cela lui confère une énergie peu habituelle où la majorité des gags ne se trouve pas dans les bons mots écrits par le scénariste mais dans l’intonation des acteurs, les mouvements de la caméra et les détails qui fourmillent dans le cadre : les séquences de « journaux télévisés » sont même saturés d’informations délirantes pouvant passer inaperçues au cours de la première vision à cause d’un Jean Dujardin venu jouer un traducteur en langue des signes complètement survolté.

A l’instar d’Alfonso Cuaron, Albert Dupontel refuse de céder au diktat de la durée voulant que le moindre film de divertissement dépasse les deux heures. On pourra d’ailleurs longuement s’interroger sur la raison de cette obsession actuelle des spectateurs envers les longs spectacles. Est-ce l’effet « crise » qui amène le public à vouloir un « show » ayant une durée proportionnelle à l’augmentation du prix des billets, confondant ainsi durée avec qualité ? Après tout, des longs métrages récents comme Tintin, Gravity et Pacific Rim se sont révélés souvent plus marquants et enthousiasmants que deux heures et demie d’Avengers. Il en va de même dans le cadre de la comédie. Là où les Américains, et particulièrement la bande de Judd Apatow, ont une certaine tendance à accorder une grande place à l’improvisation, ce qui entraine parfois les intrigues à se disperser longuement avant de se résoudre, Albert Dupontel fait le choix d’une œuvre plus compacte, plus carrée, peut-être moins « libre » car fermement élaborée, mais sacrément prenante. Aucun bout de gras ne vient gâcher la projection. Et cette fois l’acteur-réalisateur n’hésite plus à s’aventurer dans le domaine de l’émotion pour livrer des morceaux de tendresse plutôt réussis entre ces deux personnages principaux marginaux.

On pourra toujours pinailler sur le classicisme de sa trame générale qui suit un chemin assez balisé, mais la prévisibilité du récit est contrebalancée par une liberté de ton, une bonne humeur communicative et une jubilation à jouer avec les décors, la lumière, le montage et la caméra qui emportent très facilement le spectateur dans un « ride » tordant s’imposant instantanément comme la meilleure comédie française, que ce soit en termes d’écritures, de réalisation et d’interprétation, depuis l’OSS 117 : Rio ne répond plus de Michel Hazanavicius. On ne compte plus les futurs moments appelés à devenir cultes : les tentatives d’explications du personnage de Dupontel afin de se disculper de l’horrible meurtre qu’on lui attribue, le long travelling circulaire servant d’ellipse, la découverte par l’héroïne de son acte sexuel grâce aux caméras de surveillance, la plaidoirie hilarante de l’avocat bègue,… Que les producteurs de notre beau pays ne jouent pas les étonnés si le dernier long métrage de Dupontel est le seul film comique français à fonctionner correctement au box-office cette année au milieu des flops très mérités de Fonzy, de Malavita, de Turf, de Boule & Bill, de Joséphine ou encore du Cœur des Hommes 3. Au même titre que le carton très justifié de Gravity, le beau succès populaire de 9 Mois Ferme rappelle qu’il y a parfois une justice au cinéma.

NOTE : 7.5 / 10

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