Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
Après une année aussi phénoménale où beaucoup de grands réalisateurs ont présenté leurs derniers bébés [voir à cette occasion le top 15 et le flop 15 de 2013], la suivante apparait un peu chiche. Il est vrai qu'elle est dépourvue du prochain Martin Scorsese, puisque ce dernier a finalement pu caser son Loup de Wall Street pour ce Noël, ou encore du nouveau thriller de Michael Mann intitulé Cyber, qui portera sur le milieu du cyber-terrorisme et qui a été reporté au premier semestre de 2015. Elle est aussi privée du film qui aurait dû l'illuminer : le mystérieux Tomorrowland de Brad Bird, le projet le plus excitant de ces prochains mois, a été repoussé à mai 2015 aux Etats-Unis. Cela signifie-t-il que la tempête est passée et que nous sommes revenus à une période de calme ?
Peut-être, mais cela ne veut pas dire que l'année sera morne. Quelques titres alléchants se bousculent déjà sur le calendrier. Il y a d'abord les candidats aux oscars qui ne sortiront qu'en janvier-février et parmi lesquels on compte American Bluff de David O. Russell (The Fighter, Happiness Therapy) et Twelve Years a Slave de Steve McQueen (Shame). On verra aussi le retour de Paul Thomas Anderson avec Vice Caché, de Christophe Gans avec La Belle et la Bête, de Spike Lee avec sa version d'Old Boy, de Clint Eastwood avec le musical Jersey Boys (Christopher Walken fait partie de la distribution), du duo Denis Villeneuve/Jack Gyllenhaal après Prisoners avec Enemy, de Spike Jonze avec Her, de George Clooney avec The Monuments Men, de Lars Von Trier avec son dyptique porno The Nymphomaniac, de Michel Hazanavicius avec son premier film américain The Search, de Fred Cavayé avec Mea Culpa, de Bennett Miller avec Foxcatcher (qui annonce une prestation impressionnante de Steve Carrell), de Hayao Miyazaki avec Le Vent se lève, ou encore de Fabrice de Welz avec Colt 47. Autant de propositions de cinéma aussi intéressantes que différentes. Mais je vais me focaliser sur dix d'entre elles, classées par ordre alphabétique, car elles retiennent particulièrement mon attention.
1 – Big Eyes de Tim Burton (date de sortie inconnue)
Cela fait quelques années que l’on a fait un trait sur Tim Burton. Son parcours est l’un des plus dramatiques dans le cadre du cinéma contemporain. Animateur brillant, il s’était imposé à la fin des années 1980 comme l’un des plus jeunes prodiges du septième art en se voyant confier les rênes de la première adaptation cinématographique de Batman. Un carton démentiel à l’époque qui lui donna les pleins pouvoirs auprès des studios afin de s’imposer comme un réalisateur de génie. En effet, Burton est l’un des très rares metteurs en scène à pouvoir se targuer d’avoir enchainé quatre chefs d’œuvre à la suite avec Edward aux mains d’argent, Batman – le défi, Ed Wood (son meilleur film à ce jour) et le très méchant pastiche Mars Attack !. Epuisé par le « development hell » de son Superman Lives ! et son très bon Sleepy Hollow, Burton fut mis aux commandes du « remake » de La Planète des Singes. Dévoré par la machine hollywoodienne, Burton ne s’en est pas remis.
Au début des années 2000, il a survécu « sous perfusion » grâce à d’intéressants films imparfaits : Big Fish, Charlie et la chocolaterie et le sinistre Sweeney Todd dont la dernière scène montrait frontalement la mise à mort du cinéaste gothique de Burbank par un enfant. Marié, rangé et père pour la première fois, Tim Burton a lentement annoncé dans ses derniers films l’inévitable obligation pour « Edward » de quitter son château afin de vivre dans la société des hommes. Ses deux derniers longs métrages sont représentatifs du désastre : l’innommable Alice au pays des merveilles, en 3D et produit par Disney, le montrait fini, broyé, vendu. C’était le sujet parfait pour Burton mais le résultat final allait à l’encontre de ses idéaux de jeunesse. Les « freaks » représentaient dorénavant l’incarnation du mal et les héros (capitalistes) se complaisaient dans une normalité victorieuse. Le dévoiement du message initial de Burton fut confirmé avec Dark Shadows où l'ultime image voyait une famille de commerçants se ressouder en regardant bruler les ruines du château d’Edward aux mains d’argent.
Autant dire qu’on n’attendait plus rien du cinéaste après une telle hérésie. Pourtant son prochain projet est de loin le plus intéressant qu’il ait eu entre les pattes depuis au moins une décennie. D’abord parce qu’il voit le retour de Burton sur un terrain plus modeste, moins surbudgété et moins englouti sous un gloubi-boulga d’effets numériques qu’il ne sait visiblement pas du tout maîtriser. Ensuite parce qu’il s’est abstenu de replacer son ami (horriblement) cabotin Johnny Depp et sa femme (horriblement) cabotine Helena Bonham Carter dans des rôles importants, et ce, pour la première fois depuis Big Fish ! De plus, le scénario de ce Big Eyes, très différent de ce que fait habituellement Burton, est écrit par Scott Alexander et Larry Karaszewski, qui ont débuté avec le script… d’Ed Wood (on leur doit aussi Man of the Moon et Larry Flint de Milos Forman). Enfin, Burton s’est libéré de l’influence du producteur Richard D. Zanuck, récemment décédé, qui paraissait le tirer vers le bas depuis qu’ils s’étaient rencontrés sur La Planète des Singes.
Certes, Burton conserve Danny Elfman, autrefois excellent compositeur qui semble avoir viré en mode automatique, et garde le directeur de la photographie français Bruno Delbonnel qui est capable du pire (Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, Dark Shadows) comme du meilleur (Un Long Dimanche de Fiançailles, Inside Llewyn Davis). Certes, le film est produit et distribué par The Weinstein Company, dirigé par un Harvey « Scissorhands » Weinstein actuellement en plein démêlé avec Olivier Dahan pour Grace de Monaco et Bong Joon-ho pour Le Transperceneige qu’il veut bêtement modifier à sa guise. Et certes, Alexander et Karaszewski ont récemment écrit les scripts de Cody Banks – agent secret et de Percy Jackson – La Mer des monstres. Mais on est en droit d’espérer que leur retour au biopic (un genre qui leur a toujours réussi) permettra à ce film cher à leurs cœurs (ils le produisent et ont failli le réaliser) de signer la renaissance de Burton. Big Eyes relatera les déconvenues judiciaires de la peintre Margaret Keane (Amy Adams), connue pour ses portraits d'enfants aux « gros yeux », avec son mari (Christoph Waltz) qui revendiquait la paternité de ses œuvres dans les années 1960.
2 - Godzilla de Gareth Edwards (14 mai)
Pas la peine de présenter le plus fameux monstre japonais de l’Histoire du cinéma qui fit les belles heures du studio Toho dans une flopée de « kaiju eiga » comme Godzilla d’Ishiro Honda en 1954, Le Fils de Godzilla de Jun Fukuda en 1967 ou encore Le Retour de Godzilla de Koji Hashimoto en 1984. Le lézard géant, inventé pour canaliser le traumatisme de l’holocauste nucléaire après le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, avait traversé l’océan Pacifique à l’occasion du non-évènement réalisé par Roland Emmerich en 1998. Si son « blockbuster » ne lésinait pas sur la quantité de destructions massives, il repompait surtout les Jurassic Park de Spielberg en alignant tous les poncifs imaginables dans le cadre du grand spectacle hollywoodien de masse. Au final, la seule chose plaisante dans cette bête entreprise d’américanisation d’un « mythe » japonais était son tout premier « teaser » humoristique dans lequel Godzilla écrasait avec son pied le squelette du plus grand prédateur qui ait jamais foulé la Terre (le T-Rex).
Gareth Edwards, le cinéaste britannique qui a réalisé pour une bouchée de pain le très admiré Monsters avec lequel il a dévoilé une prodigieuse maîtrise des effets spéciaux, a logiquement atterri au poste de metteur en scène pour ce « reboot » étasunien. Produit encore une fois par Legendary Pictures et co-écrit par Max Borenstein, Dave Callaham, Frank Darabont et David S. Goyer, à qui l’on doit les « reboots » de Superman et de Batman avec Man of Steel et la trilogie The Dark Knight, ce nouveau Godzilla revient aux fondements du mythe au point de réemployer la silhouette originale de la bestiole. Le musicien français Alexandre Desplat va composer la bande originale et Seamus McGarvey opère à la photographie (on lui doit notamment les magnifiques images de Reviens-moi et d’Anna Karenine réalisés par Joe Wright).
Mais le plus grand argument que réserve ce « blockbuster » réside dans le casting surprenant qu’il est parvenu à réunir : Aaron Taylor-Johnson (le héros de Kick-ass), dans le rôle du personnage principal, Bryan Cranston (la série « Breaking Bad », Drive, Argo), la très jolie et talentueuse Elizabeth Olsen (Martha Marcy May Marlene, Very Good Girls, le « remake » d’Old Boy par Spike Lee), David Strathairn (Good Night and Good Luck, Lincoln), Ken Watanabe (Mémoires d’une Geisha, Inception), Akira Takarada (devenu célèbre grâce au premier Godzilla) et Juliette Binoche. La présence de cette dernière concentre l’intérêt pour ce film. L’actrice française a toujours été vue comme une comédienne privilégiant les œuvres modestes et dramatiques. Son refus de participer à Jurassic Park, alors que Spielberg la courtisait depuis quelques temps, est assez célèbre. Pourquoi a-t-elle soudain accepté de jouer dans ce nouveau Godzilla ?
Deux explications sont possibles. La première est d’ordre financière : la production a allongé un très gros cachet ou celle-ci a besoin d’argent et a accepté un rôle « alimentaire » qu’elle n’aurait jamais daigné prendre au début des années 1990. La seconde est d’ordre artistique : le scénario et son personnage ont une densité inattendue qui démarquerait Godzilla de la totalité des « blockbusters », y compris ceux réalisés par rien de moins que Spielberg. Si la promotion est encore relativement discrète une fois sorti du cadre du Comic Con, le peu d’affiches que l’on a vu semble annoncer un film à la fois respectueux mais aussi assez sombre qui n’entend pas se moquer du mythe qu’il aborde. La bande annonce dévoile de son côté des images d’apocalypse assez poétiques et une ambiance premier degré laissant penser que l’excellent Pacific Rim de Guillermo Del Toro n’était qu’un encas.
3 - Gone Girl de David Fincher (12 novembre)
David Fincher a eu du mal à embrayer après le « remake » américain du premier best-seller suédois « Millenium » intitulé The Girl With the Dragon Tattoo. Ses films suivants auraient logiquement dû être les adaptations des deux autres livres « Millenium », The Girl Who Played with Fire et The Girl Who Kicked the Hornets’ Nest, mais il semblerait que la production de la trilogie soit stoppée indéfiniment. Les raisons sont multiples : Daniel Craig est trop occupé avec le rôle de James Bond qu’il doit reprendre à l’occasion de deux ultimes films (le prochain est de nouveau réalisé par Sam Mendes pour novembre 2015) ; les chiffres du box-office pour le premier épisode sont loin d’être démesurés, même s’ils sont assez exceptionnels compte tenu du fait qu’il s’agissait d’une superproduction « R » (interdite aux mineurs non accompagnés aux USA) ; et Fincher lui-même ne semble pas emballé par l’idée de transposer les deux autres romans parait-il beaucoup plus faibles.
Néanmoins, Fincher a vu tous ses autres précédents projets être jetés à l’eau : l’arlésienne Rendez-vous avec Rama à partir du chef d’œuvre de la littérature science-fictionnelle écrit par Arthur C. Clarke, le film de « serial-killer » Torso tiré d’une BD et mettant en scène l’incorruptible Elliot Ness, une autre adaptation de BD avec le très sombre Black Hole, le long métrage culinaire avec Keanu Reeves intitulé Chef ou encore la réinterprétation extrêmement ambitieuse technologiquement parlant de 20.000 Lieux sous les mers. Ce n’est qu’assez récemment que l’on a appris que Fincher revenait dans son domaine de prédilection : le thriller. En effet, Fincher a acquis une grande renommée avec quelques pépites du genre comme Alien 3, Fight Club, Zodiac, Panic Room et bien sûr le mythique Se7en. Produit par la Fox, Gone Girl est adapté du roman éponyme de Gillian Flynn, traduit en français par « Les Apparences ».
Le pitch est le suivant : Amy, jeune femme au foyer, et son mari, Nick, forment en apparence un couple modèle. Victimes de la crise financière, ils ont quitté Manhattan, leur vie aisée, leur travail dans la presse, pour s'installer dans la petite ville du Missouri où Nick a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, celui-ci découvre dans leur maison un chaos indescriptible : les meubles sont renversés, les cadres aux murs sont brisés et il n’y a plus aucune trace de sa femme. Tous les soupçons portent évidemment sur Nick mais l'enquête qui s'ensuit prend vite une orientation inattendue. Développée au départ afin d’être un véhicule pour l’actrice Reese Witherspoon, qui se contente finalement du poste de productrice, Gone Girl oppose Ben Affleck dans le rôle de Nick et Rosamund Pike dans le rôle d’Amy. Tout le monde connait le premier puisqu’on le perçoit comme un acteur autrefois médiocre qui a su faire une brillante reconversion dans la mise en scène avec The Town et le récent Argo. Il est actuellement victime de l’injuste « bashing » des ayatollahs « geeks » qui ne supportent pas de le voir incarner Bruce Wayne dans la suite de Man of Steel, Batman vs. Superman de Zack Snyder.
La seconde est moins connue, a été découverte dans l'exécrable épisode de James Bond Meurs un autre jour (où elle était clairement la seule bonne surprise) et a eu depuis une carrière en dents de scie alternant le médiocre (La Colère des Titans, Clones) avec le haut du panier (Jack Reacher, Orgueil et Préjugés, The World’s End). Ce rôle pourrait la faire définitivement décoller, d’autant plus qu’elle a damné le pion à des actrices confirmées comme Charlize Theron, Natalie Portman, Emily Blunt ou encore Abby Cornish. Les habituellement comiques Neil Patrick Harris et Tyler Perry complètent le casting et incarnent des personnages secondaires assez loin de ceux qu’ils ont l’habitude d’interpréter. Le tournage est en train de s’achever et a été fait en 6K (très haute définition) par Jeff Cronenweth, le directeur de la photographie des deux derniers films de Fincher. On ignore encore si Gone Girl a le potentiel pour flirter avec Se7en et Zodiac ou s’il s’avèrera dans la veine du mineur The Game. Quoiqu’il en soit, le cinéaste perfectionniste n’a rien perdu de ses habitudes puisqu’il referait chaque scène une cinquantaine de fois.
4 - Interstellar de Christopher Nolan (5 novembre)
Ce film, comme tous les derniers films de Christopher Nolan, est extrêmement attendu par la communauté des cinéphiles. Le cinéaste britannique qui avait fait d’impressionnants débuts avec le percutant Memento a grimpé les échelons très vite. D’abord en gérant de manière admirable l’envoutant Insomnia, un « remake » supérieur à sa version originale canadienne, puis en osant s’atteler au « blockbuster » avec Batman Begins. Le fait que ce dernier ait été écrit par Nolan lui-même, une anomalie en soit dans le domaine du film de divertissement actuel, n’y est pas pour rien puisqu’il a amené son auteur à développer son univers ténébreux et ses thématiques angoissées pour les inclure dans une grande production hollywoodienne. A partir de cette date, Nolan, épaulé par son jeune frère scénariste Jonathan Nolan, a enchainé les gros projets avec son chef d’œuvre Le Prestige, son polar tétanisant avec la suite Batman – The Dark Knight et son passionnant labyrinthe Inception.
Jusqu’au premier hic avec l’ultime épisode de sa trilogie sur l’homme chauve-souris en 2012, The Dark Knight Rises. Le long métrage montrait les limites du style de Nolan : ses défauts, déjà présents dans ses œuvres précédentes, tendaient à prendre le pas sur ses qualités. Face à son premier et inévitable échec artistique, Christopher Nolan s’est retrouvé à un tournant décisif de sa carrière. Deux possibilités s’offraient à lui : persister dans ses travers comme si de rien n’était ou chercher à se renouveler. Avec Interstellar, il semble heureusement avoir choisi la seconde option. C’est un projet de longue date qui n’a pas été initié par lui. Une première depuis Batman Begins. Co-écrit par Jonathan Nolan et l’astrophysicien Kip Thorne pendant les années 2006-2007, ce space-opera devait être réalisé par Steven Spielberg, afin de rendre hommage à son père, avant qu’il ne décide malheureusement de lâcher l’affaire.
Logiquement, c’est donc Christopher Nolan lui-même qui le remplace. Ce projet se démarque a priori de ce que le cinéaste anglais a fait précédemment. Connu pour son obsession envers les intrigues « réalistes », Interstellar devrait l’obliger à sortir de son terrain habituel pour aller dans l’espace et filmer des vaisseaux spatiaux voyageant dans différentes dimensions à l’aide de trous noirs. Le but de ces aventuriers, si l’on s’en fie aux rumeurs, serait de trouver les moyens de résoudre les nombreux problèmes climatiques touchant la Terre dans le futur. Le tournage en Islande et dans les studios de Los Angeles s'est achevé dans la plus grande discrétion et les photos prises à la volée n'ont rien laissé filtré sur cette épopée intersidérale. Et autant ne pas parler de cette première bande annonce ne laissant rien présager d'autre qu'une jolie montée émotionnelle que l'on espère retrouver dans le film. Si Hans Zimmer reste à la musique, Nolan a dû se séparer de son directeur de la photographie attitré, Wally Pfister, qui est parti réaliser son (premier) long métrage de S.F. conceptuelle, Transcendance, avec Johnny Depp. A sa place, Nolan a embauché Hoyte Van Hoytema, le directeur de la photographie de Tomas Alfredson à l’occasion de Morse, du sublime La Taupe et de sa prochaine aventure d’heroic-fantasy Les Frères Cœur-de-lion prévue pour 2015.
Au casting, on retrouve l’habituel Michael Caine dans un petit rôle et Anne Hathaway, la Catwoman de The Dark Knight Rises, en premier personnage féminin. Mais pour le reste, Nolan a fait peau neuve. Matt Damon a un caméo, Casey Affleck, Topher Grace et Jessica Chastain jouent des membres de l’équipage, et l’ultra-charismatique Matthew McConaughey écope du personnage principal et confirme son « come-back » fulgurant après La Défense Lincoln, Killer Joe et Mud. Le film est produit conjointement par la Paramount et la Warner Bros. Sachant que Nolan est ce qui s’apparente le plus à un nouveau Spielberg, que ce soit en termes de réception par le public et d’autorité auprès des studios qui lui confient les pleins pouvoirs, il est facile de savoir pourquoi Interstellar sera l’un des gros morceaux de 2014 et un furieux compétiteur à la prochaine course aux oscars.
5 - Jupiter Ascending d’Andy et Lana Wachowski (23 juillet)
Le film suivant est aussi un « space-opéra ». Mais à l’inverse d’Interstellar, on peut déjà affirmer que le prochain long métrage d’Andy et Lana Wachowski sera moins porté sur le réalisme. Les mythiques réalisateurs de Matrix et de ses deux suites controversées, Matrix Reloaded et Matrix Revolution, n’aiment pas qu’on leur dise quoi faire. Ils recherchent l’indépendance à tout prix et se livrent à fond dans chacun de leur nouveau projet, et ce, même si le public n’est pas enclin à les suivre. En 2008, ils réalisaient leur chef d’œuvre Speed Racer, un film expérimental délirant et terriblement jubilatoire qui fut la risée d’une critique dépassée avant d’être boudé par les spectateurs. Ce flop massif a rendu difficile la concrétisation de leur film suivant encore plus ambitieux : Cloud Atlas.
Là encore, le film indépendant le plus cher depuis Apocalypse Now est passé inaperçu, même si les rares ayant osé tenter le voyage en sont ressortis plus qu’enthousiastes. On pouvait penser qu'ils étaient finis, définitivement rejetés par Hollywood, mais la Warner, l’unique studio actuel à soutenir les grands cinéastes, persiste à croire en eux. Les Wachowski ont donc encore les mains libres pour cette fois. Bien qu’ils ne puissent pas mettre en scène Cobalt Neural 9, une romance gay entre un soldat américain et un Irakien lors d’un conflit irakien parallèle impliquant notamment l’assassinat du président George W. Bush, ils se sont tournés vers un projet plus énorme avec Jupiter Ascending.
Le film se déroule dans un futur assez lointain où Jupiter Jones, une immigrée russe qui nettoie les toilettes pour survivre, est poursuivie par Caine, un chasseur de prime interplanétaire génétiquement modifié. Ce dernier a été envoyé par la Reine de l’Univers car le destin de Jupiter risquerait de bouleverser l’équilibre du cosmos. La raison ? La signature génétique de Jupiter serait aussi parfaite que celui de la Reine qui pourrait alors être détrônée. Jupiter est incarnée par Mila Kunis (Black Swan, Ted) et Caine a les traits de Channing Tatum (21 Jump Street, Magic Mike). Le reste de la distribution n’est pas en reste puisqu’on y trouve Sean Bean (GoldenEye, Le Seigneur des Anneaux), Eddie Redmayne (Les Misérables), Doona Bae et James D’Arcy (tous les deux dans Cloud Atlas) ainsi que le metteur en scène Terry Gilliam dans un petit rôle décrit comme vital.
Le tournage s’est effectué en 3D, une première (toute indiquée) pour les Wachowski, dans les studios anglais puis dans la ville de Chicago. La musique est déjà composée par l’excellent Michael Giacchino, qui avait écrit la B.O. fantastique de Speed Racer, afin que les Wachowski et leur directeur de la photographie John Toll (Cloud Atlas, Tonnerres sous les Tropiques, Gone Baby Gone, Le Dernier Samouraï et La Ligne Rouge, rien que ça) puissent élaborer leurs séquences en fonction de la bande son. Récemment, Andy et Lana Wachowski ont annoncé que les effets spéciaux de ce Jupiter Ascending étaient beaucoup plus complexes que ceux de Matrix, Speed Racer et Cloud Atlas. Quand on sait leur immense complexité technologique et quand on voit la première bande annonce qui nous en met plein les mirettes, on ne peut être que rêveur devant la folie visuelle que risque d’être ce « blockbuster ».
6 - La Grande Aventure Lego de Chris Miller et Phil Lord (19 février)
Impossible de ne pas inclure un film d’animation dans ce classement des longs métrages les plus attendus pour l’année prochaine. On aurait pu mettre l’un des deux films de Ghibli, le dernier Miyazaki intitulé Le Vent se lève ou l’ultime Takahata qui s’appelle L’histoire de la princesse Kaguya, mais j’en avais parlé l’année dernière lors d’un précédent compte-rendu. J’aurai pu parler du prochain Pixar, The Good Dinosaur, mais il a été repoussé à 2015. Ce n’est peut-être pas un mal lorsque l’on voit la précipitation avec laquelle le brillant studio tend à sortir ses derniers longs métrages, et ce, parfois en dépit de leur qualité. Alors il faut se tourner vers La Grande Aventure Lego. Il est sûr qu’un tel projet ne semble pas franchement alléchant. On ne compte pas le nombre de films ratés ayant été adaptés d’un jeu : les Transformers ou Battleship, l’adaptation à 200 millions de dollars de « Touché Coulé » (n’oublions jamais !), sont là pour en attester.
Et pourtant, ce long métrage animé a plusieurs arguments à faire valoir qui laissent penser qu’il pourrait s’agir de l’un des plus chouettes films d’aventures de ces prochains mois. Tout d’abord parce que la licence LEGO crée par la célèbre société danoise est beaucoup plus inventive et inoubliable que beaucoup d’autres jouets. L’élaboration d’un film, a fortiori d’animation, ne parait pas saugrenue. De fait, les petites figurines ont fait les grandes heures des amateurs de « stop-motion » à l’occasion de courts métrages parfois très inspirés. La surprise est que, malgré ce que la bande annonce laisse penser, La Grande Aventure Lego a été élaboré en images de synthèse. L’idée de génie est de faire croire que le film a le charme suranné des mouvements en « stop-motion » tout en bénéficiant de la liberté totale de mise en scène que confèrent les images numériques.
Ce parti pris assez audacieux n’est pas surprenant lorsque l’on se penche sur le nom des deux réalisateurs qui ont la tâche de mener ces aventures : Phil Lord et Chris Miller. Un duo peu connu à qui l’on doit pourtant deux longs métrages très réussis. Le premier était un hilarant film d’animation connu sous le titre génialement absurde de Tempêtes de boulettes géantes ; le second était l’adaptation « live » de la « teen-serie » policière ringarde « 21 Jump Street ». Dans les deux cas, ils s’agissaient de projets casse-gueule que ces cinéastes ont transcendé pour livrer des films de divertissement de très haute tenue. A l’image du prochain film des Wachowski, La Grande Aventure Lego relate une histoire d’Elu. Emmet, un lego ordinaire, est évidemment pris par erreur pour le Maître Constructeur pouvant sauver le monde. Il se retrouve entrainé contre son gré dans un périple des plus mouvementés avec pour but de mettre hors d’état de nuire un redoutable despote.
Si en termes visuel mais aussi d’humour, le film semble assurer comme les deux précédents longs métrages de Lord et Miller, il ne met pas de côté le casting de voix. Emmet est doublé par Chris Pratt tandis que le tordant Will Ferrell donne sa voix au méchant Lord Business. Elisabeth Banks, Morgan Freeman (en éternel guide à la voix grâve) et Liam Neeson complètent la distribution. Profitant du nombre de personnages ayant eu droit à leurs figurines Lego, Lord et Miller ont incorporé au récit Batman et Superman à l’occasion de leur première rencontre cinématographique avant la suite du Man of Steel de Zack Snyder. Et histoire de compléter la Ligue des Justiciers avant l’hypothétique « blockbuster » prévu pour 2016 ou 2017, Wonder Woman et Green Lantern seront aussi de la partie. Une fois n’est pas coutume, ce film d'animation américain, qui sera surement le plus intéressant en 2014 avec Dragons 2, est produit par… la Warner. Oui, encore elle.
7 - Maggie de Henry Hobson (date de sortie inconnue)
Il existe surement un monde parallèle dans lequel Arnold Schwarzenegger est un grand acteur et pas uniquement ce monstre de charisme qui fit le bonheur de trop rares réalisateurs brillants à l’occasion de films d’action inoubliables. Un monde où le bodybuilder d’origine autrichienne ne serait pas uniquement connu pour avoir été le Terminator ou les héros musclés de Conan le barbare, Predator, Last Action Hero et Total Recall. D’une certaine manière, Schwarzenegger est l’un des acteurs les plus malchanceux de l’Histoire du cinéma puisqu’il s’est retrouvé dans bon nombre de navets alors qu’il aurait pu tenir la vedette de quelques-uns des plus grands films jamais faits. Dans les années 1990, Paul Verhoeven le voulait dans le rôle du colossal Franc Hagen dans ce qui aurait dû être le plus incroyable film médiéval de tous les temps : Crusade. James Cameron le voulait en nouveau Charlton Heston pour le « remake » de La Planète des Singes avant que ce dernier ne soit laissé aux malencontreuses mains de Burton et d’un Mark Wahlberg paumé.
Pour son « come-back » à la fin de son mandat de gouverneur de Californie, Schwarzy devait revenir avec le drame équestre Cry Macho produit par Al Ruddy (Million Dollar Baby, Le Parrain). Malheureusement, le destin en a décidé autrement. Si son choix de tenir le premier rôle dans le divertissant Le Dernier Rempart de Kim Jee-woon était des plus honorables, le film n’a pas du tout eu le succès escompté. Au final, le retour de Schwarzy se fait par la petite porte, avec des projets faciles : des caméos dans Expendables 1 et 2, les futures suites de Terminator et de Conan, un énième « actioner » bourrin intitulé Sabotage. L’acteur est emprisonné dans ses rôles illustres, à l’instar de son ami Sylvester Stallone qui est condamné à rejouer indéfiniment Rocky et Rambo. Les deux hommes ont justement enfin droit à leur premier vrai face-à-face cinématographique avec Evasion, lui aussi passé inaperçu. Mais la donne pourrait changer avec ce drôle de projet mené par l’inconnu Henry Hobson et intitulé Maggie.
A l’origine, il y a un scénario classé dans la « Black List » annuelle des meilleurs scripts encore non produits. Le film voit la toute première confrontation de Schwarzenegger avec une invasion de zombies. Immédiatement, vous vous dites « Oh, un énième film de morts-vivants, un énième blockbuster, un énième film d’action ! ». Les sites de cinéma ont d’ailleurs largement diffusé cette idée dès que l’annonce de Schwarzenegger dans le rôle principal fut faite. Or il s’agit là d’un gigantesque malentendu puisque son personnage est à contre-emploi de ce qu’il a fait auparavant. Maggie est un petit film de dix millions de dollars, un drame indépendant aux faux-airs de « road-movie ». A priori, pas ou très peu de dézinguages de morts-vivants à la sulfateuse. Schwarzy y interprète un père de famille qui tente d’empêcher sa fille unique, contaminée par un virus, de se transformer doucement mais surement en zombie. La lente mutation de la gamine renvoie ici de manière métaphorique à la lente propagation d’une grâve maladie, un peu comme c'était le cas dans La Mouche de David Cronenberg.
C’est alors qu’un autre projet abandonné de Schwarzenegger revient en tête. Un homme barbu (un changement de look salvateur pour l’acteur qu’Evasion confirmait déjà), cigare au bec, voyant sa fille unique être infectée alors qu’ils sont seuls au milieu d’une horde de montres s’apprêtant à dominer le monde au détriment des humains, évoluant dans un récit apocalyptique sur la solitude, le deuil, la maladie,… Autant d’éléments qui semblent venir directement du phénoménal scénario que Mark Protosevich avait écrit à la fin des années 1990 pour l’adaptation de Je suis une Légende par Ridley Scott et dans lequel Schwarzenegger devait incarner Robert Neville, le dernier homme sur Terre. Un film depuis dévoyé par l’horrible Akiva Goldsman, le « yes-man » Francis Lawrence et l’acteur « cool » Will Smith qui ont transformé ce film fantastique extrêmement violent et déprimant en un « blockbuster » pour ados fans de CGI ignobles. A l’instar de Crusade, Schwarzy ne s’est jamais vraiment remis de l’abandon de ce projet qui aurait dû être l’un des plus grands chefs d’œuvre de sa carrière. Abigail Breslin incarne la jeune fille malade et remplace au pied levé Chloe Moretz, indisponible pour cause d’agenda surchargé, et Joely Richardson joue sa mère. Le tournage en Nouvelle Orléans est sur le point de s’achever et le film devrait sortir vers la fin de 2014.
8 - Noé de Darren Aronofsky (9 avril)
Le film suivant est vraisemblablement ce qui peut se rapprocher le plus d’une version 2014 du Prometheus de Ridley Scott : un grand réalisateur, un vaste sujet, de somptueuses images évocatrices qui flattent la rétine, un casting intéressant ainsi qu’un fort potentiel pour se vautrer dans le message bigot et dans le clip de propagande « made in Bible Belt ». Il y a d‘abord le cinéaste à la barre. Darren Aronofsky a été révélé en 2000 avec Requiem for a dream, la meilleure pub antidrogue jamais faite aux effets de montage ringards et au scénario abominablement putassier. Après ce coup d’essai surestimé, Aronofsky a notamment enchainé avec l’étrange et pompeux The Fountain puis le touchant drame The Wrestler qui avait surtout comme grande qualité d’amener le « come-back » temporaire de Mickey Rourke. Le cinéaste new-yorkais à la subtilité de la Panzer Division était revenu ensuite avec le sympathique thriller Black Swan, qui repompait l’œuvre de Satoshi Kon, ce qui lui avait valu d’être dans les petits papiers des studios, des critiques et du public.
Malgré son gout pour les histoires morbides, Aronofsky a plusieurs fois failli être à la tête d’un « blockbuster » : Batman Begins, The Wolverine ou encore le « remake » de Robocop. Ses premiers pas dans la grosse production vont se faire avec ce Noé qu’il porte depuis quelques années. Et vendre à la Paramount une version sombre, adulte et écologique du célèbre épisode biblique de Noé, un homme choisi par Dieu pour construire une arche afin d’y rassembler un être vivant de chaque espèce et de chaque sexe pour recréer le monde après le Déluge, n’a pas été sans peine. Une bande dessinée a même été faite afin de donner aux producteurs potentiels une idée de l’ampleur visuelle du scénario d’Aronofsky. Après le carton de Black Swan, le cinéaste est parvenu à recevoir un budget de 120 millions de dollars et a réuni une belle distribution : Russell Crowe, qui revient au péplum après Gladiator, dans le rôle de Noé, Jennifer Connelly, Ray Winstone, Anthony Hopkins et Emma Watson.
Entendons-nous : même aux yeux d’un cinéphile athée, les films basés sur des récits religieux peuvent être intéressants : l’inoubliable Dix Commandements de Cecil B. DeMille ou encore les controversés La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese et La Passion du Christ de Mel Gibson en attestent. Et l’heure est au retour du film biblique avec des projets comme Paradise Lost d’Alex Proya ou encore le film sur Moïse que doit réaliser Ridley Scott avec Christian Bale. La question est de savoir à qui s’adresse Noé. Au public de la « Bible Belt » ? La première bande annonce « leaké » (depuis remplacée par celle-ci, plus officielle et moins polémique) le laisse penser avec sa tonalité glorieuse et sa tagline consternante : « rediscover the most important event of our history ». Mais là où l’on pourrait s’inquiéter devant la perspective d’un prêchi-prêcha chrétien, de nombreux échos de personnalités croyantes ayant mis la main sur le script laissent penser que le film ne caresserait pas le mythe dans le sens du poil.
De plus, de récentes projections-test avec des croyants ont engendré des réactions mitigées. Et la Paramount de découvrir soudainement en post-production la noirceur et la violence du film. Panique à bord ! Le studio essaye actuellement d’enlever au cinéaste la possibilité de faire son « director’s cut ». Mais le metteur en scène n’est pas réputé pour aimer les concessions, surtout quand il a précisé la teneur de son approche avant l’obtention de son feu vert. Une lutte épique s’annonce jusqu’en mars prochain et l’on ne comptera bientôt plus les articles qui vont prédire le futur naufrage du plus célèbre des bateau avec le Titanic. Difficile de dire ce que donnera ce péplum disposant des plans parmi les plus complexes que la boite d’effets spéciaux ILM ait jamais eu à traiter. Une grande fresque sur la noirceur humaine ? Un tract « new-age » ? Une baudruche pour culs-bénis ? Un succès international ou l’un des plus embarrassants flops-nanards de ces prochaines années ? Le suspense est entier.
9 - The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (19 mars)
De la nouvelle vague des bons réalisateurs américains apparus à partir de la fin des années 1990, Wes Anderson est l’un des plus atypiques de par son esthétisme pop. Féru de cinéma européen, et particulièrement français, Anderson déploie de film en film un univers coloré, fou et poétique qui est immédiatement reconnaissable. Pour l’instant, il est épargné par le retour de bâton qui frappe souvent les cinéastes ayant une patte et un monde si rapidement identifiable lorsqu’ils commencent à tourner en rond (Tim Burton, Jean-Pierre Jeunet,…). On peut même dire que son précédent film, le très beau Moonrise Kingdom, était l’un de ses meilleurs longs métrages. Après La Famille Tenenbaum, La Vie Aquatique, A bord du Darjeeling Limited ou encore le film d’animation Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson s’attaque maintenant à un projet a priori dans la droite lignée de ses travaux précédents tout en bénéficiant du plus large budget de sa carrière. Son septième film, qui ouvrira la prochaine Berlinale en février, s’intitule The Grand Budapest Hotel. Il s’agit cette fois encore d’une comédie dramatique ayant des airs de film choral.
L’action se déroule pendant l’entre-deux-guerres dans le somptueux « Grand Hotel de Budapest » et suit le grand concierge du lieu, Gustave H., et son ami, le jeune groom Zero Moustafa. Si le second est joué par l’inconnu Tony Revolori, le premier est incarné par un immense acteur qui n’est pas un habitué de la comédie puisqu’on l’a souvent vu dans les rôles de méchants : Ralph Fiennes (La Liste de Schindler, Le Patient Anglais, Strange Days, The Constant Gardener, SkyFall), qui remplace Johnny Depp pour qui le personnage était originellement prévu. Qu’un acteur de sa trempe tienne le haut d’une affiche extrêmement prestigieuse alors qu’on l’a trop souvent réduit à des seconds rôles ces dernières années est déjà en soi quelque chose de réjouissant (surtout si on lui ajoute une moustache du plus bel effet). Les deux héros se retrouvent impliqués dans un vol de tableau et dans un imbroglio au sujet d’un gigantesque héritage au cours d’une période de grands changements pour l’Europe.
Mis en scène, écrit et produit par Wes Anderson, The Grand Budapest Hotel est avant tout le plus beau casting qu’est parvenu à réunir le réalisateur à ce jour, ce qui n’est pas peu dire lorsque l’on voit quels acteurs ont répondu présent lors de ses précédents films. On croisera ainsi, parfois le temps d’une seule scène, rien de moins que l’excellente Saoirse Ronan (qui sera aussi dans Maintenant c’est ma vie de Kevin MacDonald), Tilda Swinton (qui figurera dans le prochain Jim Jarmusch, Only Lovers Left Alive), Edward Norton, Bill Murray, Adrien Brody, Willem Dafoe, Jeff Goldblum (enfin de retour !), Harvey Keitel, Judd Law, Matthieu Amalric, Léa Seydoux, les habituels Owen Wilson et Jason Schwartzman, F. Murray Abraham ou encore Tom Wilkinson. Si vous ne considérez pas cela comme le casting de l’année, voire même de la décennie, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?!
Tourné en Allemagne dans le grand magasin Karstadt de Görlitz puis dans les studios de Babelsberg, le film ne se départit pas de quelques-uns des collaborateurs habituels d’Anderson. Parmi eux, on retrouve Alexandre Desplat, qui sera une nouvelle fois très occupé cette année et qui avait déjà composé la très chouette B.O. de Moonrise Kingdom, ou encore le très talentueux directeur de la photographie Robert D. Yeoman qui ne se lasse pas de composer ces sublimes plans symétriques caractéristiques du style du cinéaste (le film aurait d’ailleurs été tourné sous plusieurs formats). Puisqu’il est produit par Scott Rudin, l’un des producteurs les plus sensés de Hollywood qui a souvent eu le nez creux pour financer et supporter quelques-uns des plus grands films américains de ces dernières années, on peut être amené à penser que ce The Grand Budapest Hotel risque d’être l’un des plus gros morceaux de cinéma de l’année prochaine. La première bande annonce confirme tous les espoirs qu’on avait mis dans le projet et annonce un bonbon acidulé, jubilatoire, inventif et peut-être aussi un peu cruel qui sera absolument inratable en salles.
10 - The Imitation Game de Morten Tyldun (fin de l'année)
Le dixième film de cette liste sera l'un des plus gros concurrent à abattre lors de la course aux oscars concernant les longs métrages sortis pendant l'année 2014. En effet, The Imitation Game bénéficie de plusieurs atouts de taille dans sa manche. Il s'agit d'abord d'un biopic, un genre qui a toujours eu les faveurs des cérémonies à récompenses puisqu'il permet de conjuguer le vrai parcours d'un personnage hors normes avec des interprétations admirables d'acteurs qui se livrent corps et âmes afin de leur ressembler et les comprendre. De plus, ces prestigieux castings évoluent dans de somptueux décors aussi minutieusement reconstitués que magnifiquement rétros. En bref, le biopic est un genre cinématographique qui brille non seulement par ses scénarios denses relatant des histoires bigger than life pourtant bien réelles, mais aussi par ses performances de comédiens et sa direction artistique flamboyante.
The Imitation Game dispose de tous ces valeureux attributs. Il y a d'abord le beau sujet historique : la carrière du méconnu et néanmoins capital mathématicien, informaticien et crypto-analyste anglais Alan Turing. Ce scientifique de génie a joué un rôle crucial dans le dénouement de la Seconde Guerre mondiale en parvenant à décrypter la machine Enigma et en permettant ainsi aux alliés d'intercepter et de comprendre les communications cryptées de l'armée allemande. Ses découvertes ont entrainé les prémices de la science informatique, le développement de cet outil révolutionnaire qu'allait devenir l'ordinateur et le début d'une réflexion sur l'intelligence artificielle. Comme toute figure d'exception, Turing cachait aussi une part "sombre" : il était homosexuel à une époque où l'être équivalait à un crime. Lorsque son secret fut découvert, il perdit son travail et évita la prison en "acceptant" d'être castré chimiquement en prenant des oestrogènes. Le 7 juin 1954, il se suicida en avalant une pomme pleine de cyanure (la même qui servira de logo-hommage à l'"Apple" de Steve Jobs).
Ce n'est que tout récemment que la reine Elizabeth II l'a gracié à titre posthume. Le film tombe donc à pic puisqu'il intervient en pleine phase de réhabilitation du personnage. Tiré de la biographie Alan Turing : The Enigma d'Andrew Hodges, le scénario a été écrit par l'inconnu Graham Moore. Cependant, celui-ci avait malgré tout figuré à la première place de la "Black List" de 2011, ce qui amena l'acteur-producteur Leonardo DiCaprio à se l'accaparer sur le champ pour le développer sous la houlette de l'éternel studio Warner Bros. Bien que souhaitant évidemment incarner le rôle principal, DiCaprio a fini par quitter le navire avant que le studio ne fasse de même. Mais un projet pareil ne saurait rester seul très longtemps. Le réalisateur norvégien Morten Tyldum, à qui l'on doit le thriller norvégien très apprécié Headhunters, s'est rapidement et logiquement retrouvé au poste de metteur en scène pour faire ses inévitables premiers pas dans le cinéma anglophone.
Le spectacle devrait être assuré puisque quelques artistes renommés se sont joints à la fête. Parmi eux, on retrouve le musicien britannique Clint Mansell, qui composera la bande originale après avoir crée les thèmes souvent mémorables des films de Darren Aronofsky, ainsi que le chef opérateur espagnol Oscar Faura (The Machinist, Les Yeux de Julia, et surtout les deux sublimes films de Juan Antonio Bayona L'Orphelinat et The Impossible). Mais c'est dans son casting que réside la carte maîtresse de The Imitation Game. Au milieu de Keira Knightley (Pirates des Caraïbes, Orgueil & Préjugés, Reviens-moi et Anna Karenine), de Mark Strong (Kick-ass, La Taupe, John Carter et Zero Dark Thirty), de Matthew Goode (Watchmen et Stoker) et de cette sacrée trogne de Charles Dance (Alien 3 et Last Action Hero), on retrouve le génial Benedict "Sherlock" Cumberbatch (Reviens-moi, La Taupe, Cheval de Guerre, Star Trek Into Darkness et Le Hobbit) qui devrait avoir là LE personnage qui lui assurera un tremplin définitif à Hollywood.