Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
Bien qu'étant en Nouvelle Zélande et n'ayant depuis qu'une disponibilité assez limitée pour mettre à jour ce blog, je publie mon flop et mon top de cette année car je ne résiste pas à l'envie de faire avec vous le bilan de 2013. Ainsi, ces deux classements seront peut-être mis à jour lorsque j'aurai vu la poignée de longs métrages qui m'intéresse et qui sont prévus jusqu'au 31 décembre (je pense notamment au The Immigrant de James Gray, au Capitaine Phillips de Paul Greengrass et au Cartel de Ridley Scott). Cette fois-ci, il est temps de s'attarder sur les quinze longs métrages, absolument inrattables à mon sens, de 2013.

Le roller coaster le plus sidérant depuis Jurassic Park doublé d’une révolution technologique digne d’Avatar. Alfonso Cuaron rentre dans la cour des très grands en livrant le plus extraordinaire film dans l’espace jamais fait et l’un des thrillers les plus intenses depuis Duel de Steven Spielberg. Une mise en scène de génie, une photographie d’une beauté sidérante, une musique magnifique, une prestation bouleversante d’une Sandra Bullock touchée par la grâce… Tout, absolument tout laisse bouche bée dans ce survival viscéral, symbolique, lyrique, contemplatif, spectaculaire, métaphysique et extrêmement immersif.

2 - Cloud Atlas de Tom Tykwer, Andy et Lana Wachowski
Le projet cinématographique le plus fou de ce début de siècle et le plus gros blockbuster indépendant depuis Apocalypse Now de Francis F. Coppola accouche d’une œuvre hors normes. On pourra lui reprocher des maquillages parfois outranciers ou une certaine mise à distance empathique, mais ces défauts ne font pas le poids face aux qualités énormes et au modernisme de ce chef d’œuvre cosmopolite, ambitieux, intelligent, mystique et révolutionnaire. Un film injustement boudé à sa sortie mais qui ne cessera de gagner en force dans les années à venir. On n’est pas près de revoir un truc pareil sur un grand écran.

Le projet était ambitieux et l’on craignait un échec à cause de son univers barré nécessitant une logistique folle que les grands studios frileux lui refuseraient catégoriquement. En résulte un film hybride qui réssucite le temps d’une séance le fantôme de Satoshi Kon à partir d’un postulat de S.F. mêlant la peur du temps qui passe, la disparition de la frontière entre le virtuel et le réel, la tyrannie des images, la fin de l’humanité et l’amour éternelle d’une mère pour son enfant. En pleine mise en abime ironique, Robin Wright y livre la performance de sa carrière. Folman confirme en deux films son statut de cinéaste brillant.

4 - Le Transperceneige de Bong Joon-ho
Une adaptation de longue date qui voit enfin le jour. Pour son premier film international, Bong Joon-ho tient son entreprise d’une main de maître pour livrer une aventure post-apocalyptique dans laquelle fusionnent parfaitement la maestria des morceaux de bravoure, les effets spéciaux poétiques, l’humour absurde et la noirceur jusqu’auboutiste des sud-coréens. Au sein de cette machine génialement élaborée, magnifiée par une direction artistique somptueuse et empruntant à Spielberg ou à De Palma, se dévoile un discours révolutionnaire sur l’importance du libre arbitre au sein d’un monde segmenté.

5 - Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow
Après le « buddy movie » policier, la S.F. et le film de guerre, la plus grande réalisatrice américaine s’attèle au thriller d’espionnage. D’un sujet polémique, l’interminable traque du leader terroriste Ben Laden par les services secrets U.S., elle tire une glaçante analyse des rouages de l’obsession et de la vengeance. Une grande fresque historique passionnante, contemporaine et documentée dont la dernière demi-heure laisse tout simplement pantois par sa viscéralité et son intensité. Jessica Chastain est bluffante en femme battante, charismatique, solitaire, obstinée et perdue dans un monde d’hommes.

6 - Le Dernier Pub avant la fin du monde d’Edgar Wright
Le dernier volet de la trilogie « Cornetto» est à la fois le plus fort et le plus ambitieux. Osant de folles ruptures de ton tout en gardant une bonne dose d’humour, Wright, arrivé à maturité, manie avec brio l’action et l’émotion pour offrir une métaphore S.F. reflétant l’angoisse existentielle de ses héros. Crépusculaire et parfois franchement dramatique, le long métrage fait preuve d’une sincérité désarmante et propose des personnages passionnants et très touchants. Un grand film rebelle sur la peur de grandir, la nostalgie, l’angoisse du futur, l’aspiration à la liberté, les dangers du conformisme et surtout l’amitié.

7 - Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese
A 71 ans, certains artistes s'empâtent ou partent à la retraite. Pas Marty. Après oir expérimenté des technologies et des genres qui ne lui étaient pas familiers, l'hyper-dynamique Scorsese livre son film le plus long, le plus noir, le plus cinglé, le plus outrancier et surtout le plus libéré tout en l'inscrivant de manière évidente dans sa filmographie. Une décadence à la romaine dans les locaux de la Babylone de la finance à base d'orgies trashs, d'alcools, de cocaine, de quaaludes et de lancers de nains. Le film de studio le plus méchant, suicidaire, dépravé et irrévérencieux depuis le ShowGirls de Paul Verhoeven.
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8 - Inside Llewyn Davis de Joel et Ethan Coen
Les cinéastes américains les plus talentueux du moment reviennent avec une œuvre plus modeste que leur précédent long métrage. Faux petit film, cette comédie musicale et dramatique révèle une angoisse existentielle et un spleen hivernal sublimés par la mise en scène des frangins et la photographie de Bruno Delbonnel. Derrière un humour hilarant, percutant et parfois cruel se cache le remuant chemin de croix d’un artiste raté. Un portrait bouleversant d’un looser magnifique comme les aiment les frères Coen, ainsi qu’une magistrale leçon sur la condition de l’artiste, son rapport à l’art et surtout à la vie.

9 - Prisoners de Denis Villeneuve
Vendu comme un nouveau Se7en, ce choc émotionnel physiquement épuisant est en fait bien plus proche d’un Mystic River ou d’un Gone Baby Gone même s’il partage l’ambiance poisseuse et sinistre du chef d’œuvre de David Fincher. Transcendé par des acteurs livrant des interprétations extrêmes, dont Hugh Jackman qui y trouve le meilleur rôle de sa carrière avec celui du Prestige, ce scénario machiavélique et pessimiste sur la manière dont l’on devient le bourreau d’autrui et dont l’on fait fi de la morale lors de situations désespérées est magnifié par la photographie ténébreuse de Roger Deakins.

10 - Lincoln de Steven Spielberg
Depuis Tintin, Spielberg tente de sortir de ces quinze années ayant vu la naissance de ses œuvres les plus dépressives. Avec ce faux biopic mais vrai drame procédurier, Spielberg dépeint pour une fois un monde plongé d’entrée de jeu dans le chaos. Par le biais du premier héros agé de sa filmographie, le cinéaste questionne son statut de grande figure humaniste en fin de carrière. Un long métrage réconciliateur qui masque néanmoins une angoisse et une noirceur envoutante pouvant marquer un nouveau tournant pour Spielberg. Clairement son film le plus atypique, le plus sobre mais aussi le plus crépusculaire.

11 - Passion de Brian De Palma
Brian De Palma, le plus insolent des cinéastes du Nouvel Hollywood avec William Friedkin, poursuit sa carrière loin de cette ville ayant toujours tenté de contenir sa violence baroque et son voyeurisme pervers. Pour la première fois en vingt ans, il revient avec une oeuvre supérieure à son film précédent. Moins sulfureux et violent que prévu, ce fantasme autocitationnel, sensuel et fétichiste est d’une maitrise étourdissante. Trois femmes s’y livrent une lutte sans merci pour la domination sexuelle et psychologique des deux autres au sein d’une mécanique diabolique questionnant notre rapport à l’image.

12 - Django Unchained de Quentin Tarantino
Après le puissant Inglourious Basterds, le déjanté Tarantino poursuit sa démonstration sur la façon dont le 7ème art peut rendre justice aux erreurs du passé. Après la Shoah, Tarantino s’attèle enfin frontalement, par le biais de ce western qui a influencé tous ses films, à cette délicate question noire qui traverse en filigrane sa carrière. Malgré quinze dernières minutes bancales et quelques choix musicaux regrettables, ce film de trois heures livre un règlement de compte interracial dantesque, intense et jubilatoire. Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio et Samuel L. Jackson s’y éclatent pour notre plus grand bonheur.
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13 - Pain & Gain de Michael Bay
Probablement LE film de la carrière du réalisateur le plus bourrin de l’histoire du cinéma américain. Un étrange mélange entre l’ironie mordante des frères Coen, la surexcitation visuelle d’un Tony Scott, le rentre-dedans d’un Oliver Stone cocaïné et l’exacerbation d’un mauvais goût façon Brian De Palma. Bay signe une relecture moderne de Scarface et de ShowGirls à l’ère du rap et de MTV en y greffant un humour dévastateur qui rend supportable une histoire glauque aux accents de tragédie trash, bling bling et grotesque. Une démystification de l’illusion U.S. et un portrait de la décadence à l’américaine.

14 - Pacific Rim de Guillermo Del Toro
Deçu par l’abandon de The Hobbit et des Montagnes Hallucinées, Del Toro libère sa frustration et livre un blockbuster gargantuesque ayant des influences variées qui le font aller à contre-courant de toutes les grosses productions U.S. actuelles. Ce « kaiju eiga » hyper efficace vise avant tout à faire jouir son public en l’entrainant dans des bastons homériques d’une puissance phénoménale. Emouvant, bon enfant, bien écrit, ce film a une direction artistique incroyable et dispose de quelques-unes des scènes d’actions les plus étourdissantes vues depuis la création du cinéma. On en ressort le souffle coupé.
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15 - Only God Forgives de Nicolas Winding Refn
Beaucoup n’attendait qu’un Drive 2, mais Refn a refusé de capitaliser sur le succès de son précédent film pour livrer un long métrage onirique, symbolique et hautement expérimental. Il revient à un cinéma moins conventionnel pour donner naissance à un « eastern » moderne et millimétré, à un néo-film noir hallucinogène et à un « revenge movie » cauchemardesque, mystique, mythologique et oedipien. Refn y prolonge son étude de l’accomplissement héroïque par des personnages maudits et l’enveloppe d’un style maniéré, charnel et ultraviolent. La photographie infernale et la bande originale sont exceptionnelles.
MENTION SPECIALE





La Reine des Neiges de Chris Buck et Jennifer Lee