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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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HARD DAY

Titre original : Moo-deom-kka-ji Gan-da

Film sud-coréen sorti le 7 janvier 2014

Réalisé par Kim Seong-hun

Avec Lee Seon-gyoon, Jin-woong Jo, Jeong Man-Sik,...

Policier, Comédie

En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu'il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire Go Geon-soo renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère. Lorsque l'affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l'enquête. Et quand l'unique témoin de l'accident l'appelle pour le faire chanter, Geo-soo comprend qu'il n'est pas au bout de ses peines... 

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L'enthousiasmante surprise sud-coréenne de la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes tient toutes ses promesses. A partir d'un postulat de thriller, Kim Seong-hun élabore une comédie noire aussi grinçante que captivante. Alors que semble se dessiner à plusieurs reprises une intrigue balisée, le cinéaste surprend constamment son public en passant par des chemins de traverse assez osés et en faisant intervenir des rebondissements aussi inattendus que stressants. Il fait ainsi vivre à son antihéros un chemin de croix des plus éprouvants... et des plus réjouissants. 

Cela fait une dizaine d'années que l'on sait que la Corée du Sud est devenu le pays dans lequel on produit les meilleurs polars, tant sur le plan narratif qu'esthétique. Si les perles cinématographiques que les cinéastes sont capables de confectionner là-bas sont aussi marquantes, c'est d'abord parce qu'elles se distinguent forcément et diamétralement des codes culturels et déontologiques qui régissent les productions américaines devenues omniprésentes sur les écrans au cours des décennies précédentes. L'un des éléments les plus frappants dans les polars sud-coréens vient de la tonalité foncièrement dépressive et hautement nihiliste de leurs histoires, certaines d'entre elles se permettant même de se conclure sur des "unhappy ends" si négatifs qu'ils auraient terrifiés le plus ardi des directeurs de studios californiens. Cette liberté de discours et d'atmosphère dans le cinéma sud-coréen est en plus accompagné par un enrobage visuel régulièrement impressionnant, pour ne pas dire occasionnellement assez novateur puisque le pays compte en son sein quelques-uns des techniciens les plus brillants de l'industrie cinématographique à l'échelle mondiale.

Ainsi, il n'a pas été rare de découvrir des talents phénoménaux parmi ces jeunes réalisateurs sud-coréens capables d'orchestrer des plans, voire des séquences toutes entières, que l'on n'aurait souvent pas cru possibles. Les plus fameux d'entre eux ont pour nom Bong Joon-ho (Memories of Murder, The Host, Le Transperceneige) et Park Chan-wook (Old Boy, Stoker), mais de nombreux autres cinéastes non moins louables gravitent autour de ces deux grandes figures, tels Kim Jee-woon (A Bittersweet Life, J'ai rencontré le Diable, Le Dernier Rempart) et Na Hong-jin (The Chaser, The Murderer). Néanmoins, ce serait mentir que de dire que la recette du polar sud-coréen moderne ne commence pas à devenir redondante. Plusieurs ersatz locaux surfent abusivement depuis plusieurs années sur le succès mondial de ces illustres modèles, révélant peu à peu au grand jour les ficelles de plus en plus artificielles de ce genre à part entière. Il est difficile de ne pas déjà ressentir un effet de répétition après la sortie d'oeuvres radicales à la violence jusqu'auboutiste comme The Chaser et le définitif J'ai rencontré le Diable - qui signait à lui-seul le chant du cygne du polar coréen tel qu'on l'avait connu au cours de la décennie précédente.

C'est là que Hard Day intervient et surprend dans le meilleur sens possible du terme en réinvestissant ces codes relativement désuets pour mieux les redynamiser. Le réalisateur Kim Seong-hun y parvient en incorporant pleinement à son intrigue une dimension comique qui n'avait jusque-là été qu'esquissée et reléguée au second plan, notamment à l'occasion du (relativement) cartoonesque J'ai rencontré le Diable. Certes, certains réalisateurs comme Bong Joon-ho et Na Hong-jin avaient déjà égaillé leurs polars par quelques saynètes corrosives visant à se moquer ouvertement des institutions policières de leur pays, gangrenées par la corruption et une incompétence professionnelle parfois assez alarmante. Cependant, ce que fait Kim Seong-hun avec Hard Day va plus loin que la satire sociologique et/ou politique. Après avoir vu son second long métrage, il ne surprendra pas d'apprendre que son précédent film - au titre magnifiquement imprononçable de Ae-jeong-gyeol-pil-i doo nam-ja-e-ge michi-neun yeng-hyang - était une comédie. En effet, les règles, la cadence et l'esprit du genre se retrouvent à l'identique dans son deuxième essai. A ce niveau, la première demi-heure de Hard Day est sans appel puisque son postulat semble être une variation extrême-orientale du Jo de Jean Girault dans laquelle Lee Seon-gyoon remplacerait un Louis De Funès dépassé par l'aptitude du cadavre à toujours "réapparaitre" d'une quelconque façon que ce soit pour le faire suspecter aux yeux de son entourage.

S'en suit alors toute une palanquée de séquences très hitchcockiennes pendant lesquelles le spectateur devient le complice du meurtrier et se met à trembler à l'idée que l'homme - pourtant criminel - se fasse prendre. Le ludisme de l'intrigue ainsi que l'étouffant piège retors qui se referme inéluctablement sur ce pauvre anti-héros dépassé par les évènements rappellent au passage quelques coups de génie du cinéaste britannique comme L'Inconnu du Nord-Express, Mais qui a tué Harry ? ou encore Frenzy. Si Kim Seong-hun est encore loin d'équivaloir Alfred Hitchcock sur le strict plan de la maîtrise formelle, notamment à cause d'un abus de caméra portée lors des courses poursuites, le metteur en scène sud-coréen parvient cependant à élaborer des séquences aussi angoissantes que délicieusement irrésistibles. Les rebondissements inattendus s'enchainent avec un entrain délirant et les bonnes idées visuelles fourmillent tout le long de ces deux heures bien remplies. On pourra juste regretter que Kim Seong-hun ne tienne pas sa note d'intention jusqu'au bout en se laissant aller à un premier degré un brin pompier lors des vingt dernières minutes. De fait, Hard Day retourne à ce moment-là dans les pires travers du polar coréen contemporain, en particulier avec l'irruption de retournements de situation de plus en plus incongrus pouvant briser la suspension d'incrédulité des spectateurs les moins tolérants.

Mais ce qui est probablement une erreur de jeunesse peut aisément être pardonnée compte tenu de la générosité de l'ensemble - le combat final aussi brutal qu'hystérique et le climax proprement génial impliquant une camionnette et une bombe à retardement suffiront à vous faire sauter sur votre siège. Ce qui s'apparentait d'abord comme l'énième redite d'une formule devenue répétitive et n'impressionnant plus que la frange facilement crédule de la presse cinématographique, d'autant plus lors de festivals internationaux comme celui de Cannes (Hard Day ayant fait une certaine impression à la précédente Quinzaine des Réalisateurs), se révèle finalement comme une récréation très hautement recommandable, aussi jubilatoire qu'intelligemment confectionnée puisqu'elle détourne habilement les pièges du genre dans lequel elle s'inscrit. De cette façon, Kim Seong-hun réussit l'exploit de contourner les passages obligés du polar coréen en les grippant avec un état d'esprit plutôt inédit dans ce type d'intrigue. Porté par un excellent Lee Seon-gyoon, quasiment de tous les plans et donnant beaucoup de sa personne, Hard Day s'impose comme un objet débridé, purement jouissif, à la mécanique scénaristique implacable alors que son intrigue flirte parfois dangereusement avec l'absurde. S'il n'est pas un sommet révolutionnaire du genre, à la différence d'un Memories of Murder, le second long métrage de Kim Seong-hun en demeure clairement le haut du panier.

7.5 / 10

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