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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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LE HOBBIT - PARTIE 3 : LA BATAILLE DES CINQ ARMEES

Titre original : The Hobbit - Part 3 : The Battle of the Five Armies

Film néo-zélandais sorti le 10 décembre 2014

Réalisé par Peter Jackson

Avec Martin Freeman, Richard Armitage, Ian McKellen,...

Fantastique, Aventure

Atteignant enfin la Montagne Solitaire, Thorin et les Nains, aidés par Bilbon le Hobbit, ont réussi à récupérer leur royaume et leur trésor. Mais ils ont également réveillé le dragon Smaug qui déchaîne désormais sa colère sur les habitants de Lacville. A présent, les Nains, les Elfes, les Humains mais aussi les Wrags et les Orques menés par le Nécromancien, convoitent les richesses de la Montagne Solitaire. La bataille des cinq armées est imminente et Bilbon est le seul à pouvoir unir ses amis contre les puissances obscures de Sauron.

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Le nouveau film de Peter Jackson était supposé faire l'évènement, et ce, à plus d'un titre. D'abord parce qu'il s'agissait du dernier épisode de sa trilogie Le Hobbit, initiée cinq ans auparavant et adaptée du roman Bilbon le Hobbit de J.R.R. Tolkien. Ensuite parce qu'il s'agissait surtout de la conclusion définitive d'une longue aventure commencée il y a dix-sept ans au cours de laquelle le metteur en scène néo-zélandais s'est retrouvé rattaché à la Terre du Milieu, ce qui l'a amené à passer du statut de cinéaste de genre un tantinet confidentiel à celui de réalisateur-star. Ce troisième volet se devait donc de retrouver la même résonnance dramatique, épique et nostalgique que celle du Retour du Roi, la conclusion de sa précédente trilogie, Le Seigneur des Anneaux, onze ans plus tôt.

De fait, il est particulièrement triste de remarquer le relatif désintérêt dont souffre actuellement La Bataille des Cinq Armées. Néanmoins, cette tristesse que l'on ressent en voyant le film vient malheureusement du fait que cet accueil mitigé par le grand public est mérité tant le long métrage se révèle terriblement anecdotique. Difficile de ne pas se remémorer l'émoi qui étreignait chacun d'entre nous aux débuts des années 2000 avant la sortie de chaque nouvel épisode du Seigneur des Anneaux. Or s'il y a bien un échec majeur que l'on peut imputer à ce Hobbit, une fois découvert et perçu comme une oeuvre globale de huit heures, c'est de n'avoir jamais su retrouver ce caractère immédiatement fédérateur qu'avait Le Seigneur des Anneaux selon Jackson.

Certes, le film sera un beau succès au box office, à l'instar de la majorité des "blockbusters" contemporains, mais il n'aura pas le droit à une frénésie comme celle qui accompagnait la venue de chaque opus de la précédente trilogie. Il n'y aura pas d'émoi dans la presse. Il n'y aura pas non plus de récompenses prestigieuses de la part de l'industrie cinématographique, pas plus qu'il n'y aura d'enthousiasme démesuré de la part du public. Le Hobbit n'a pas ranimé la flamme apparue en décembre 2001 avec cette Communauté de l'Anneau que personne n'avait vu venir. L'effet de surprise n'est plus là, et c'est probablement ce qui a fait le plus défaut au Hobbit. Retrospectivement, il risque donc d'être assez fascinant de se pencher sur la genèse du projet et la façon dont il s'est perdu en cours de route à la suite d'une succession de mauvais choix narratifs strictement motivés par un aspect pécunier.

Ce n'était pourtant pas faute d'avoir très bien commencé avec l'injustement conspué Le Hobbit - Partie 1 : Un Voyage Inattendu. Sorti fin 2012 après un développement infernal comme peu de super-productions peuvent se vanter d'en avoir connu, le film introductif de Jackson laissait croire que le cinéaste avait maintenu sa barque à flot et qu'il avait carrément retrouvé cette étincelle si particulière qui avait animé cette drôle de production qu'était Le Seigneur des Anneaux. Ainsi, ce premier épisode évoquait adroitement l'univers de la Terre du Milieu tel que l'avait dépeint Jackson dix ans plus tôt, tout en s'en démarquant résolumment par sa tonalité "bon enfant" et sa colorimétrie joyeuse et fantaisiste. Avec sa narration faisant office de reflet inversé par rapport à celle du premier épisode de la trilogie Le Seigneur des Anneaux, Un Voyage Inattendu annonçait une fresque prequel qui allait judicieusement boucler la boucle.

En cela, La Désolation de Smaug était supposé devenir le miroir des Deux Tours - l'affrontement contre le dragon Smaug (Benedict Cumberbatch) servant d'écho au combat mené contre le sorcier Saroumane (Christopher Lee) - et La Bataille des Cinq Armées devait marquer la chute d'un roi et d'un monde là où Le Retour du Roi montrait strictement l'inverse. L'ennui c'est que, dès le deuxième épisode, le déroulement de l'intrigue du Hobbit est devenu chaotique et laborieux, démontrant ainsi l'absurdité de ce choix très tardif qui avait vu Jackson segmenter son aventure en trois parties au lieu des deux initialement prévues - alors qu'elle était déjà adaptée d'un roman moitié moins long que n'importe lequel des trois ouvrages du Seigneur des Anneaux. Et au lieu de corriger les erreurs de ce long ventre mou qu'était La Désolation de Smaug, La Bataille des Cinq Armées n'a donc fait que les aggraver.

L'erreur majeure du Hobbit est finalement d'avoir voulu refaire Le Seigneur des Anneaux, ou tout du moins une épopée s'en rapprochant grandement, à partir d'un matériau d'origine qui, s'il était rattaché au même univers, n'était foncièrement pas de la même ampleur. A la décharge de Peter Jackson, on peut se demander si cet écueil était réellement évitable. En effet, par la force des choses, il s'est retrouvé contraint d'adapter Bilbon le Hobbit après Le Seigneur des Anneaux. Or si le public accepte souvent de voir ses exigeances à la hausse, il est nettement moins enclin à les revoir à la baisse. Tolkien n'aurait-il pas lui-aussi déçu ses lecteurs s'il avait rédigé son Bilbon postérieurement à son Seigneur des Anneaux ? Peut-on se satisfaire d'un simple conte pour enfants à la structure linéaire là où l'on avait déjà eu droit à une grandiose fresque guerrière ?

La transformation de Bilbon le Hobbit en pré-Seigneur des Anneaux s'est donc faite sous la forme de trois films de trois heures alors que le bouquin éponyme ne fait que trois cent pages. Pour tenter d'y remédier, Jackson a cru bon d'y greffer les nombreux appendices écrits par Tolkien afin de faire de la conquête de la Montagne Solitaire une amorce au retour de Sauron, le terrible démon qui mettra en danger la Terre du Milieu dans Le Seigneur des Anneaux. Là où Un Voyage Inattendu se contentait de suivre cette route commune que prenait les nains cherchant à reconquérir leur royaume, La Bataille des Cinq Armées accentue ce qui avait été amorcé dans le deuxième épisode en multipliant les points de vue. Ce caractère forcé de film choral ne masque pourtant pas la (relative) maigreur des enjeux, l'artificialité évidente des raccords et l'absence quasi-constante d'évolution de la part des personnages.

On pourra arguer que le livre du Hobbit ne rend pas non plus spécifiquement identifiable chacun de ces treize nains. Mais Jackson ne rend presque aucun de ces nouveaux protagonistes aussi immédiatement mémorables qu'un seul des (très) nombreux personnages qui s'entrecroisaient dans sa première trilogie. Pire, il ne fait pas accomplir grand chose à la plupart d'entre eux, ces derniers finissant alors par n'être plus que des figures immuables et interchangeables que l'on convoque simplement le temps d'une scène ou d'un plan. A cela, Jackson ajoute une flopée de personnages supplémentaires afin de densifier son récit. Cependant, leur utilité narrative est souvent sujette à caution. Le cas de l'elfe Legolas (Orlando Bloom) est le plus frappant tant il pourrait disparaitre de l'intrigue sans que celle-ci en soit changée pour un sou.

Mais on peut aussi s'attarder sur le cupide Alfrid (Ryan Gage). Cette sorte de redite maladroite du vil conseiller Grima Langue-de-serpent dans Les Deux Tours pourrait être décrit comme le Jar Jar Binks du Hobbit tant il n'a strictement aucun autre impact sur le récit que le fait de servir de "comic relief" trop récurrent et répétitif, pour ne pas dire proprement insupportable. On peut alors logiquement se demander si sa véritable fonction n'a pas été passée à la trappe dans la version cinéma de cette Bataille des Cinq Armées. Et on en vient par conséquent à l'épineux problème du montage puisque le long métrage souffre d'un étrange paradoxe : il est interminable et ne raconte pas grand chose tout en paraissant pourtant anormalement précipité et allusif.

Tout ce qui est dans le film pourrait être raconté en cinq fois moins de temps qu'il n'en faut à Jackson pour le relater. Ce qui est gênant c'est que, même en prenant trop son temps, il n'arrive pas à conférer à ces évènements l'importance et l'impact qu'ils devraient avoir. Il y a une foultitude d'exemples, comme ce combat décisif mais honteusement kitsch entre Galadriel (Cate Blanchett) et Sauron (Benedict Cumberbatch), expédié en quelques plans dès la première demi-heure et faisant notamment inutilement apparaitre l'elfe Elrond (Hugo Weaving) - pas le moins important personnage de l'univers Tolkien - le temps de deux ou trois images seulement. La liste est sans fin : l'implication de Beorn (Mikael Persbrandt) dans la bataille décisive est limitée à deux plans, l'arrivée des vers géants de Dune n'est à aucun moment exploitée, les nains se retrouvent miraculeusement avec des montures quand ça les arrange,...

Mais cela devient consternant lorsque ces inombrables coupures au montage, uniquement destinées à permettre la vente de la sempiternelle "director's cut" d'ici un an - soit six mois après le début de la mise en vente de la version cinéma - amputent les fils conducteurs principaux. L'entourloupe est d'autant plus visible que Jackson ne s'était autrefois jamais embêté pour livrer de copieux longs métrages avoisinant les cent quatre-vingt minutes. Ainsi, l'artefact central du Hobbit, l'Archestone, pierre précieuse que convoite le roi nain Thorin (Richard Armitage) dont le pouvoir corrupteur renvoie à celui de l'Anneau Unique que possède Bilbon (Martin Freeman), disparait à la moitié du film pour ne plus jamais être évoqué - et ce n'est pas comme si Un Voyage Inattendu s'ouvrait spécialement sur elle pour lui conférer de l'importance.

De même en est-il pour Smaug, le monstre emblématique du bouquin. Après l'avoir représenté comme une menace suprême, après un insupportable climax de petit malin et après une attente de douze mois, Jackson règle son sort dès les sept premières minutes. Ne pouvait-il pas couper sept minutes de son déjà beaucoup trop discursif La Désolation de Smaug pour y placer ce combat final ? Non bien entendu, car sinon comment inciter les spectateurs à revenir une énième fois ? Et le fait de réduire d'une demi-heure la durée du troisième opus par rapport aux deux précédents est non seulement révélateur sur le peu de choses que Jackson avait finalement à dire mais aussi sur l'ambition d'abord financière du projet, puisque cela permet à La Bataille des Cinq Armées de gagner une séance de cinéma supplémentaire par jour au détriment de la cohérence interne de son récit.

On aimerait bien rattraper ce troisième opus en louant la générosité du spectacle offert par Jackson, mais celui-ci est plus qu'indigeste. Si le cinéaste s'était déjà fait remarquer pour son aptitude à en mettre beaucoup plus que de raison sur le strict plan des effets spéciaux et des scènes d'action, cela rendait néanmoins ses films plus attachants qu'agaçants tant son envie d'en donner toujours plus se démarquait clairement de la démarche des "blockbusters" pisse-vinaigre qui envahissent nos écrans. Ce n'est pas le cas ici tant La Bataille des Cinq Armées ne ressemble qu'à un interminable climax étiré plus que de raison. La pillule pourrait passer si Jackson ne passait pas son temps à décrédibiliser ce qu'il filme à coups de mouvements de caméra strictement impossibles car d'une "perfection" toute informatique, d'un déluge d'effets digitaux abusifs et de filtres photographiques parfois proprement dégueulasses.

On en revient ainsi à cette problématique qui était de passer après Le Seigneur des Anneaux. A l'époque de la première trilogie, chaque nouvel épisode relevait la barre de ce qui était alors possible au cinéma. On n'avait jamais vu de bataille aussi gigantesque que celle du gouffre de Helm à l'époque des Deux Tours. Par conséquent, celle encore plus phénoménale du Retour du Roi faisait office d'électrochoc et de date dans l'Histoire du cinéma. On n'avait jamais vu de créatures numériques aussi émouvantes que Gollum (Andy Serkis). On n'avait jamais vu de décors fantastiques aussi pharamineux et "réalistes". Dix ans plus tard, Le Seigneur des Anneaux a fait beaucoup, beaucoup d'émules. Le Hobbit ne peut surprendre car on sait que l'on dispose à présent des outils technologiques pour faire tout ça.

Un dragon aussi expressif que Smaug ? Facile. Legolas qui grimpe sur la tête d'un troll ? Déjà fait. Une bataille avec des milliers de soldats ? Déjà vu. Pour palier à cela, Jackson a fait le choix de surenchérir à l'excès, d'en foutre plein la vue au détriment de l'implication émotionnelle dans l'intrigue. On assiste à des duels sans fin au cours desquels Jackson préfère montrer deux opposants enchainant des pirouettes impossibles dans un environnement clairement factice, le tout filmé avec une 3D HFR dernier cri, plutôt que de souligner la force symbolique et la puissance dramatique que devraient dégager ces combats à mort qui occupent à l'écran les trois quarts de cette "bataille des cinq armées". Jackson a beau forcer les choses en ajoutant notamment un trauma à Legolas - sur une simple phrase, comme si cela suffisait, et qui tombe de surcroit comme un cheveu sur la soupe - son combat contre son "ennemi juré" n'est rien d'autre qu'un affrontement vidéoludique duquel on est exclut.

Il faut ainsi attendre plus de deux heures pour enfin trouver une idée symbolique judicieuse - Azog (Manu  Bennett) flottant sous la glace, renvoyant au cauchemar funeste de Thorin qui voyait le reflet de Smaug nager sous un sol d'or. Il faut attendre deux heures pour tomber sur un plan large qui ne soit pas à 50% (mal) truqué. Il faut attendre deux heures pour être enfin ému par ce que l'on voit. En cela, Martin Freeman demeure indéniablement le dernier élément à sauver du Hobbit. Le seul à avoir tenu jusqu'au bout, à ne pas avoir été amoindri et à être carrément ressorti grandi de l'aventure, et ce, bien que la majorité de La Bataille des Cinq Armées le place en retrait. Les dix dernières minutes rappellent in extremis que Le Hobbit était d'abord le voyage d'un individu plutôt que la chute de la Terre du Milieu. Elles parviennent, à grands renforts d'éléments nostalgiques (limite "fan service"), à nous rappeler à quel point on demeure attaché à ce monde.

Mais une fois la lumière rallumée, il ne nous reste plus qu'un arrière-goût amer et une question lanscinante : comment cela a-t-il pu si mal se finir alors que tout cela avait si bien commencé ?

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