Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

40 ans : mode d'emploi

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/44/87/20409737.jpg

Titre original : This is 40

Film américain sorti le 13 mars 2013

Réalisé par Judd Apatow

Avec Paul Rudd, Leslie Mann, John Lithgow,…

Comédie dramatique

Seul homme à la maison, Pete est marié depuis des années à Debbie avec qui il a eu deux filles, Charlotte et Sadie, âgées de huit et treize ans. Pete aura bientôt quarante ans et le bilan est rude : Unfiltered Records, la maison de disques indépendante qu’il a créée, bat de l’aile, son père Larry, qui a récemment, et artificiellement, engendré des triplés, compte éhontément sur son soutien financier pour nourrir cette nouvelle famille, et à la maison, la vie n’est pas non plus un long fleuve tranquille. Le quotidien avec Debbie et les filles est une série de conflits et de complications sans fin. Quant à Debbie, elle a ses propres difficultés professionnelles et filiales. Elle essaie opiniâtrement d’être une épouse et une mère parfaite, mais elle a un mal fou à négocier le virage de la quarantaine. Et pour couronner le tout, leur aînée est en pleine crise de puberté. Pete et Debbie ont atteint l’âge où le pardon, à eux et aux autres, et le lâcher-prise sont des conditions sine qua non pour parvenir à profiter du reste de leur vie… en évitant d’en passer par le meurtre.

      

On ne peut plus contester à Judd Apatow son statut d’épicentre de la comédie américaine actuelle. Depuis une dizaine d’années, il est régulièrement le producteur et parfois le scénariste de pépites humoristiques aussi poils-à-gratter qu’hilarantes. On compte parmi elles SuperGrave, l’un des meilleurs films sur les jeunes réalisé la décennie précédente, le tordant Step Brothers (Frangins malgré lui), le cultissime Anchorman (La Légende de Ron Burgundy) ou encore You Don’t Mess with the Zohan (bêtement traduit en français par Rien que pour vos cheveux). Autour de lui gravitent des fidèles comme Seth Rodgen, Paul Rudd, Steve Carrell ou encore Jonah Hill, devenus tous pour la plupart extrêmement populaires sur la scène étasunienne. Mais Apatow ne s’est pas limité à sa fonction de mécène incontesté. En effet, il se construit une carrière parallèle de cinéaste très méticuleux. Si ses œuvres ne rencontrent pas un grand public en France, pour cause de « marketing » nauséabond, de traductions douteuses de titres et de distributions en salle frisant régulièrement le scandaleux, elles ne sont régulièrement pas passées inaperçues outre-Atlantique lors de leurs sorties.

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/38/24/20292698.jpg Si on était adepte de la théorie du complot, on pourrait être enclin à penser qu’il s’agit d’un sabotage conscient de la part de notre beau pays. Il est vrai que si le public français avait le malheur de se précipiter soudainement en masse voir un film portant la marque « Apatow », il réaliserait rapidement que ce que l’on appelle « comédies » en France ne sont en fait que des productions sans âme produites par des chaines de télé pour un futur « prime-time » et menées par des têtes d’affiches préférant empocher un gros chèque plutôt que de s’impliquer pleinement dans ces projets de toutes façons mal écrits et réalisés au rabais. Judd Apatow fait partie de ceux qui ne partagent ce point de vue bêtement accepté en France voulant qu’une comédie fonctionne du simple fait que l’on place un « humoriste » devant une caméra et qu’on laisse le Saint-Esprit s’exprimer à travers lui pour susciter le rire chez les spectateurs. Dans les productions et réalisations de Judd Apatow, l’improvisation peut jouer un rôle non négligeable (cela a donné lieu à un certain nombre de séquences franchement tordantes), mais elle ne suffit pas à construire une comédie digne de ce nom. Ce n’est pas pour rien que la comédie demeure l’un des genres cinématographiques les plus compliqués. Cette dernière ne peut pas masquer sa vacuité ou son inefficacité par une avalanche d’effets spéciaux ou par une performance outrancièrement dramatique d’un interprète tout droit sorti de l’Actor Studio.

Malgré leurs sujets faussement puérils ou grossiers, les comédies de Judd Apatow sont avant tout un savant mélange entre une écriture millimétrée, une improvisation contrôlée et une mise en scène pensée. Ce dernier point pourrait friser l’hérésie aux yeux de bons nombres de cinéastes français ; comme un certain Fabien Onteniente qui, après s’être justement insurgé contre les problèmes dans la fabrication des films comiques en France, annonce fièrement qu’il vient de lancer la production de Camping 3. Faisons fi du traitement méprisant auquel a eu droit Apatow en France pendant ces dix dernières années ; et soyons heureux qu’il commence enfin à être lentement reconnu. Car Apatow est loin d’être un metteur en scène qui se contente de filmer des aventures graveleuses et immatures. Malgré les apparences, ses comédies sont toujours empruntes de questionnements très adultes. Derrière le titre lourd 40 ans toujours puceau se cache en fait un beau film sur la peur de l’engagement intitulé The 40 Year Old Virgin. Son second film Knocked Up (En cloque, mode d’emploi) était davantage un long métrage sur la peur de devenir parent et sur les changements radicaux que cela implique dans la vie d’un couple. Avec Funny People, il devenait vraiment difficile de limiter les films d’Apatow à une succession de grossièretés et de blagues à base de pets (même s’il y en a).

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/85/35/20402410.jpg Le troisième film de Judd Apatow marquait un virage important dans la carrière du réalisateur-producteur. Funny People, malgré ses nombreuses séquences drôles, était plutôt une « comédie dramatique ». Le sujet était plus grave qu’à l’accoutumée et révélait assez crument les angoisses du roi de la comédie américaine (les humoristes sont d’ailleurs régulièrement de grands dépressifs). La peur de la maladie, de la mort, de devenir raté et de passer à côté de sa vie se mêlait ainsi à des séquences plus joyeuses. Le résultat était souvent passionnant malgré un rythme qui, comme toujours chez Apatow, était toujours étiré à l’extrême au risque de plomber un peu sa dynamique sur le dernier tiers. 40 ans : mode d’emploi, traduction débile et paresseuse de This is 40 (c’est pourquoi je vais l’employer comme tel dans le reste de la critique), a reçu un accueil plus mitigé outre-Atlantique. Le système Apatow se fatigue-t-il ? Non, mais il a changé et son public n’a pas vraiment suivi (ou gouté ?) sa mutation. Là encore, au même titre que Funny People qui désarçonna une partie des spectateurs et des critiques, l’erreur a été de le vendre comme une pure comédie.

Or This is 40 est davantage un mélange entre la comédie et le drame. Le fond est moins foncièrement dérangeant que Funny People mais il reste au moins autant angoissé. Evacuons tout de suite le caractère « spin-off » de ce nouveau long métrage. Debbie et Pete étaient déjà présents dans Knocked Up, et This is 40 était au départ présenté comme un film se concentrant sur ces personnages secondaires (un peu à l’image d’un « stand alone » comme Wolverine). Mais le lien entre les deux œuvres s’arrêtent aux noms des personnages et aux acteurs qui les interprètent. On ne retrouvera pas les personnages incarnés par Seth Rogen ou Katherine Heigel, que ce soit à l’écran ou en simple mention. Apatow les a juste repris tels quels car les protagonistes qu’il a écrit pour ce film leur ressemblaient. En l’état, This is 40 est un film « indépendant ». Cela ne veut pas dire qu’Apatow ne les réintroduit pas au public (il faut d’ailleurs voir comment tant leur première apparition ne fait pas dans la dentelle), mais il arrive à les caractériser en un minimum de temps et avec une efficacité qui laisse admiratif. Il faut dire qu’il est aidé par des interprètes régulièrement inspirés (on sera content de revoir Albert Brooks et John Lithgow, y compris des choix de casting pas forcément rassurants comme celui de Megan Fox.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/85/35/20402409.jpg Et cela est aussi valable pour les filles du couple, interprétées par des actrices non professionnelles qui ne sont autre que les propres enfants de Judd Apatow et dont Leslie Mann (l’interprète de Debbie) est aussi la mère. Une astuce qui pourrait apparaitre comme facile voire auto-complaisante, mais elle renforce clairement la véracité de ces tranches de vie qu’entend relater Apatow dans le plus menus détails. D’une certaine manière, Apatow est un peu une sorte de John Cassavetes du rire. Il y a une certaine tentative de cinéma-vérité masquée dans This is 40. S’il n’utilise que rarement la caméra portée, Apatow fait preuve de la même acuité dans sa description du couple, que ce soit dans ces petits instants de bonheur mais aussi ces grands moments de doute. Rien ne nous sera épargné, par même le plus petit aspect trivial qui agrémente la vie de couple mais que la plupart des réalisateurs, y compris américains, se gardent bien de dévoiler sur un écran. C’est par cette liberté de ton, qui vise malgré tout à faire rire mais aussi à faire réfléchir après coup, que les films d’Apatow se dévoilent comme des œuvres rares mais importantes.

On pourra toujours pinailler sur cet éternel rythme allongé ad nauseam au détriment de tout bon sens. A l’instar d’un Peter Jackson, Apatow pêche régulièrement par générosité, en met trop et ne sait jamais quand il faudrait accélérer. Quelques sous-intrigues ou scénettes pourraient être supprimées sans que cela n’altère l’efficacité et la richesse de son histoire principale, notamment celles se référant aux deux employées du magasin de vêtements tenus par Debbie. Mais ce serait mentir sur le fait qu’elles demeurent suffisamment drôles pour qu’on les tolère sans vraiment rechigner. Rares sont aussi les comédies qui restent en tête après leur projection. Outre le fait qu’il fasse passer un très bon moment, chose non négligeable après un hiver aussi rude, This is 40 est aussi un film qui amène à cogiter sur soi et son propre ressenti. Un long métrage universel touchant à l’intime, à des craintes, à des doutes mais aussi à des espoirs qui nous ont atteint ou nous atteindront sous une certaine forme.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/85/35/20402434.jpg Peut-on vivre toute sa vie avec la même personne ? Comment accepter ce vieillissement inéluctable comme autre chose qu’une fatalité morbide ? Comment être un bon modèle pour ses enfants quand on n’a pas réussi à accomplir ce que l’on souhaitait au départ ? Le film d’Apatow nous fait aussi ressentir ce sentiment d’impuissance face à ce destin qu’on ne contrôle pas toujours (un peu comme dans Cloud Atlas sur lequel je reviendrai très prochainement). This is 40 est dans une moindre mesure une variante de La Vie est belle de Frank Capra : un « feel-good-movie » qui nous travaille, qui ne nous laisse pas dans une position confortable mais qui nous permet de nous focaliser de nouveau sur l’essentiel. Certes, on peut être agacé par l’attitude bourgeoise de ce couple qui, malgré les apparences, n’est pas si en danger que ça financièrement parlant. Mais, à l’instar du décrié et boudé The Impossible de Juan Antonio Bayona, ce choix de personnages a été fait pour mieux nous ouvrir les yeux sur tous ces apparats matérialistes qui obstruent nos jugements et nos affects. Et pour faire admettre aux protagonistes, et indirectement aux spectateurs, que ce qui compte le plus dans la vie d’un homme ce n’est pas sa grande maison achetée à crédit (symbole d’une réussite professionnelle) mais plutôt la famille qui vit dedans. Une trop grande ambition thématique pour une comédie aux yeux du public français. Ce dernier préfère faire un triomphe à ce Boule et Bill de pacotille dont le succès vient tout juste de lancer l’adaptation en film de la BD « Benoit Brisefer ». On a la production que l’on mérite.

NOTE : 7.5 / 10

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
I have seen the film and you just cannot say that it is a boring one. The actors have been so faithful with the characters enrolled to them and what the film actually missed was a strong storyline, which failed to the end.
Répondre