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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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La Chute de la Maison Blanche

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/20/50/20452784.jpg

Titre original : Olympus Has Fallen

Film américain sorti le 20 mars 2013

Réalisé par Antoine Fuqua

Avec Gerard Butler, Aaron Eckhart, Morgan Freeman,…

Action, Thriller

Mike Banning, ancien garde du corps du président des Etats-Unis, s’occupe désormais des basses besognes des services secrets. Lorsqu’un commando nord-coréen lance une attaque sur la Maison Blanche, prenant en otage le président américain et son fils, il se retrouve seul à pouvoir leur venir en aide. Deux ans après avoir été tenu responsable de la mort accidentelle de la Première Dame, il va pouvoir faire preuve de sa loyauté et de sa bravoure.

      

Le nouveau film d’Antoine Fuqua, faiseur assez impersonnel à qui l’on doit Training Day, est dans une position assez spécifique. En l’état, il s’agit d’un long métrage relatant une attaque terroriste à l’encontre du lieu le plus protégé au monde représentant aussi le cœur même de l’intégrité du territoire américain. Le problème est qu’il est en concurrence directe avec une autre production similaire réalisée par Roland Emmerich (Independance Day, Le Jour d’après, 2012). On se retrouve dans une configuration semblable à celle concernant le conte de « Blanche Neige » l’année dernière : deux adaptations, une par Tarsem Singh et l’autre par Rupert Sanders, sortirent à six semaines de distance. La France n’a pas été épargné par ces cas de figures qui, en plus de souligner un manque de créativité et de bon sens évident, ressemblent surtout à une compétition entre producteurs pour savoir qui a la plus grosse (le fameux épisode du doublé de La Guerre des Boutons ; les sorties très proches des deux comédies Les Profs et La Vraie vie des Profs). Dans le White House Down d’Emmerich, prévu en France pour début septembre, des paramilitaires prendront d’assaut la forteresse du président (noir) américain. Dans le film d’Antoine Fuqua, l’ennemi est plus directement discernable puisqu’il s’agit des Nord-Coréens, ce qui marque l’avènement du « péril jaune » comme nouvelle menace en vogue après la défaite symbolique d’Al-Qaida et la mort de son charismatique leader Oussama Ben Laden (cf. le récent Zero Dark Thirty qui annonçait qu’une page venait enfin de se tourner dix années après la chute du World Trade Center).

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/03/55/20476015.jpgOn ne pourra s’empêcher de tiquer sur un détail typiquement français, à savoir l’éternel problème de la pertinence de la traduction du titre. En effet, le dernier ouvrage d’Antoine Fuqua, intitulé Olympus Has Fallen en anglais (soit « L’Olympe est tombé », l’Olympe étant le nom de code de la Maison Blanche), a été transformé en La Chute de la Maison Blanche, soit la traduction littérale du White House Down d’Emmerich. Bref, un bien bel imbroglio linguistique dont on attend avec impatience la résolution avec la future transposition de l’intitulé du prochain « blockbuster » patriotique du plus américain des réalisateurs teutons. Lequel des deux remportera la palme de la bêtise crasse, du racolage grotesque, du patriotisme ronflant et de l’ethnocentrisme révulsant ? Malgré les antécédents d’Emmerich, que certains défendent grâce à l’excuse d’un soi-disant second degré volontaire malgré le fait que le réalisateur ait toujours baissé son pantalon lors de finals souvent répugnants idéologiquement parlant, il apparait que Fuqua a cette fois une certaine longueur d’avance. C’est du moins ce que l’on peut conclure après deux heures incertaines quant à la tonalité avec laquelle le réalisateur a tenté d’aborder son histoire.

On peut d’abord voir le film comme un hommage à ces ersatz de Die Hard qui envahirent les écrans à la toute fin des années 80 et pendant toute la décennie 90 (Piège en Haute Mer avec Steven Seagal ou encore l’inénarrable Air Force One). Le Piège de Cristal de John McTiernan est aussi régulièrement et directement cité, quoique certains n’aient pas tort de carrément employer le mot « plagiat » tant quelques passages sont des décalques de ce chef d’œuvre du cinéma d’action (notamment une discussion entre le héros et un traitre dont il ignore encore la fourberie, qui renvoie automatiquement à une fameuse scène de conversation entre John McClane et le vil Hans Gruber). A certains moments, on verse aussi dans la parodie assumée à coups de massacres « gores » jouissifs et de « punchlines bad ass » comme on n’en faisait plus depuis l’apogée des « yakayos » (Chuck Norris et ses mythiques Invasion USA, Portés Disparus et autres Delta Force par exemple). La Chute de la Maison Blanche pourrait relever du génie si ce  désagréable arrière-gout de premier degré ne venait pas régulièrement empoisonner l’avancée du récit.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/20/50/20457600.jpg D’un côté, on ne pourra s’empêcher de féliciter le réalisateur pour son traitement jusqu’auboutiste de la violence. Rien n’est édulcoré, ça gicle généreusement et ça se démembre bruyamment. Pas de politiquement correct. C’est du bon gros film d’action « R » comme on en a plus trop l’habitude. Peut-être est-ce pour cette raison que son budget est si bas ? En soit, ce ne serait pas un problème si toute la première partie de l’assaut terroriste ne nécessitait pas une artillerie aussi lourde. Et là, autant dire que les effets digitaux figurent comme les plus hideux vus depuis un certain temps. Ces avions et ces innombrables explosions numériques dans des décors souvent intégralement en images de synthèse sont du plus mauvais effet. Cela parasite clairement les scènes d’action au départ et l’on a l’impression d’assister à une version un peu plus chère de ces fictions nanardes qui passent en boucle sur la chaine « Syfy ». La seconde moitié du film voit ses ambitions pyrotechniques à la baisse, ce qui permet de renforcer les scènes de fusillades et de bastons qui deviennent plus viscérales. Malheureusement, le scénario est trop maladroitement cousu pour convaincre. Trop de personnages secondaires clichés et inintéressants (dont une Melissa Leo absolument grotesque). Le film gagne à se focaliser sur la figure héroïque incarnée par un Gerard Butler qui en prend plein la figure et qui accomplit le boulot avec une réelle motivation. L’épisode qui voit la tentative de sauvetage du fils du président avec lequel il est lié affectivement est sans aucun doute le meilleur passage du long métrage.

S’il est relativement divertissant, La Chute de la Maison Blanche agace, voire préoccupe. Le film de Fuqua se prend en effet très au sérieux et le traitement frontal de cette violence à la fois répugnante et choquante accrédite la thèse que ce projet tente avant tout de flatter les bas instincts paranoïaques et vengeurs des républicains les plus extrémistes. Les terroristes nord-coréens sont dépeints comme des ordures finies aux méthodes dégueulasses. La logique du film veut donc qu’on n’ait aucun scrupule à leur exploser la figure sans une once de procès. On imagine sans peine les cris d’extase et d’encouragement de certains spectateurs américains, lors de la projection du film, au moment où Gerard Butler tranche les gorges et perfore les crânes de ces « Jaunes ». Politiquement, le film arrive assez en retard en récupérant, une décennie plus tard, l’imagerie du 11/09 : l’effondrement de l’obélisque de Washington, après avoir été percutée par un avion, est filmé exactement comme la chute des Deux Tours de New York. L’Amérique est en danger ! Oui, mais de quoi véritablement ?

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/20/50/20457594.jpg La Corée du Nord n’apparait pas comme une menace crédible. Elle est même une menace « inoffensive » dont l’Amérique se fiche de l’avis puisqu’elle se sert sans remord ou questionnement de cette population pour symboliser les antagonistes machiavéliques dans ses films. On peut prendre aussi comme exemple le futur Red Dawn, « remake » de L’Aube Rouge de John Milius. Si le film original, sorti en pleine Guerre Froide, relatait l’invasion de l’URSS sur le territoire américain et suivait un groupe de jeunes résistants étasuniens, le « remake » a aussi choisi comme ennemi cette bonne vieille Corée du Nord (un an de « reshoot » et de délais ont été nécessaires pour changer le camp de l’adversaire qui était au départ la Chine ; or le marché chinois est devenu non négligeable dans le renflouement d’une grosse production américaine). La Chute de la Maison Blanche est un exutoire purement américain destiné à rassurer une partie de ce peuple, obnubilée par leur Dieu et l’idée que leur nation est la plus fondamentale au monde.

On y apprend que la vie du président des USA est plus importante que celles de millions de Sud-Coréens. On y voit le drapeau américain troué de balles et tombant au ralenti sous le son des trompettes. On y voit une nation forcément unie dans l’adversité, prête à bouter cet ennemi menaçant ses idéaux que chaque Américain est disposé à défendre de sa vie ; à l’instar de ce président boxeur qui rappelle celui d’Independance Day chevauchant sans hésitation dans son F-16 pour éliminer la menace extraterrestre. Mais le film de Fuqua arrive après une flopée de longs métrages dépressifs très convaincants qui ont mis à mal cette vision arriérée : les derniers longs métrages de Kathryn Bigelow, de Steven Spielberg (l’indépassable La Guerre des Mondes) ou encore de Paul Greengrass… L’Amérique est une nation guerrière. Elle cherche un nouvel ennemi. Car c’est dans le combat, et donc la possibilité de la défaite (« the fall »), que les Etats-Unis arrivent à se fédérer et à renaître de leurs cendres (« the rise »). C’est du moins la théorie fortement ancrée à droite (« right wing ») que tente d’accréditer ce pamphlet propagandiste amusant mais hautement nauséabond.

NOTE : 2.5 / 10

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