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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Alice au Pays des Merveilles

                                                    Walt Disney Studios Motion Pictures France

 - Film américain sorti le 24 mars 2010

 - Réalisé par Tim Burton

 - Avec Mia Wasikowska, Johnny Depp, Michael Sheen,…

 - Fantastique

          Alice, désormais âgée de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu'elle a découvert quand elle était enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s'embarque alors dans une aventure extraordinaire où elle accomplira son destin : mettre fin au règne de terreur de la Reine Rouge...

Mia Wasikowska. Walt Disney Studios Motion Pictures FranceMia Wasikowska. Walt Disney Studios Motion Pictures France

          Premier gros blockbuster de 2010, cette nouvelle adaptation d'Alice au pays des merveilles par Tim Burton était particulièrement attendue et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce que c'est un nouveau film de Burton avec encore une fois en vedette « son double » Johnny Depp. Mais c'est aussi parce que c'est le premier gros film en 3D à suivre la vague Avatar, pour ses effets spéciaux que toute l'équipe qualifiait d'uniques et d'absolument incroyables, pour l'univers de Lewis Carroll qui colle parfaitement à celui de Burton... Et pourtant, Alice au pays des merveilles est sans nul doute le pire film du « gothique de Burbanks ». Cette affirmation terrible peut surprendre. Pire que son remake assez pitoyable de La Planète des Singes ? Et bien oui. Et pour plusieurs raisons.

          Tout d'abord ce remake, que l'on avait au départ pris pour une simple erreur de parcours, possédait à quelques rares endroits des « traces » nous rappelant qui était à la barre : les décors et particulièrement ceux de la ville des singes, la thématique homme/bête, un générique de début incroyable sur une musique somptueuse et sauvage d'Elfman et un final assez ironique. Mais depuis cette « fatigue passagère », Burton n'a jamais réussi à retrouver sa gloire d'antan. Et après Big Fish (pas vu mais qui, parait-il, marquait déjà une rupture avec ses précédents films), un Charlie et la chocolaterie qui nous avait brièvement fait retrouver espoir, une copie ennuyeuse de son Etrange Noël de Mr Jack avec Les Noces Funèbres, et un Sweeney Todd  qui peinait franchement à retrouver la noirceur d'antan de son auteur (en plus de nombreuses séquences musicales assez embarrassantes), il semblait inévitable que la chute allait se prolonger. Et ce n'est sûrement pas la présence à la production de Richard D. Zanuck, véritable fossoyeur de la carrière de Burton, ni celle de Disney, où Burton il y a un peu plus d'une vingtaine d'années avait claqué la porte car bien trop niaise pour lui, qui pouvait nous rassurer sur cette énième version de l'histoire de Carroll.

          Le résultat ne se fait pas attendre : entre Burton et Disney, c'est bien l'entreprise de la souris aux grandes oreilles qui a le plus imposé sa patte sur le long métrage. Tim Burton (écrasé par le poids de ses producteurs ? Par flemmardise ? Par un revirement personnel ?...) livre ainsi une grosse production sans âme, ultra classique, avec une débauche d'effets spéciaux numériques et où son nom ne sert qu'à tromper les spectateurs avec une soi-disante « patte d'artiste ». Commençons par le scénario. Outre le fait que la psychologie de la plupart des personnages principaux ne soit qu'effleurée, ne nous permettant jamais de nous attacher à eux, l'histoire d'Alice au pays des merveilles est d'un convenu confondant. Alice retourne à « wonderland » car, selon une prophétie, c'est elle qui tuera le Jabberwocky, un dragon qui fait peur puisqu'il parle comme Christopher Lee (tiens, tiens, comme ce n'est absolument pas surprenant de la part de Burton...). Exit donc le malaise, l'inquiétant pour se lancer dans une pseudo-quête sérieusement balisée. Le film souffre aussi de nombreuses facilités scénaristiques qui décrédibilisent le peu de trame qui restait, comme le fait que tous les méchants mettent une bonne demi-heure (de film, sinon au niveau de l'histoire ce serait plutôt une bonne journée) à réaliser que la jeune fille blonde géante qui se trouve dans le château de la Reine Rouge n'est autre qu'Alice qu'ils n'arrêtaient pas de chercher ; ou on peut aussi se demander comment le Chapelier Fou a réussi à s'enfuir de sa propre cellule. Et si l'on ajoute à ce scénario fort mince une absence totale  d'émotion, voire d'empathie pour la plupart des personnages, bon ou mauvais, on peut alors affirmer que ce n'est sûrement pas dans l'histoire qu'on trouvera de l'intérêt à visionner cette énième version de l'histoire de Carroll.

          L'aspect visuel n'arrive pas non plus à sauver le film du ratage quasi-intégral. Peut-être est-ce dû au fait que l'on considère les Spielberg, Cameron, Zemeckis et consort comme de « simple » faiseurs que l'on suppose un peu trop souvent que la maîtrise des effets spéciaux, surtout numériques, est à la portée du premier venu. Sauf qu'ici il devient évident, en plus du ratage récent de Gilliam pour L'Imaginarium du docteur Parnassus, que le maniement de nombreux effets spéciaux digitaux imposants nécessite un minimum de talent. Et visiblement ce talent particulier Burton ne l'a pas. Pour s'en convaincre il suffira de regarder les plans de synthèse disséminés ça et là dans Charlie et la chocolaterie et Sweeney Todd. Parler ici de boursouflure numérique n'est pas déplacé. Et à la différence d'un Cameron qui avait compris avec entre autres son récent Avatar que, pour rendre crédible son univers entièrement factice,  il fallait le filmer de la manière la plus convaincante et la plus réaliste possible, Tim Burton passe son temps à y placer des bestioles numériques (même les chevaux le sont) plus ou moins réussies (le chat, le Lièvre ou le Lapin Blanc dans le premier cas ; la Chenille, le Loir ou le chien Bayard dans le second) dans un décors puant furieusement le toc virant même souvent dans le mauvais goût (toute la longue séquence dans le château de la Reine Rouge). Et si la découverte de ce film n'a pas été faite en 3D (puisque le film n'a pas été tourné dans ce format-là afin de le faire en post production, ce qui ne fait que confirmer le désintérêt, ou l'irrespect, évident de Burton et de ses producteurs pour cette technologie), il est cependant certain que la démarche de Burton est l'inverse de celle de Cameron, c'est-à-dire faire sortir de l'écran le plus d'objets possibles pour amuser ou faire sursauter les mioches. Enfin, il vaut mieux ne pas s'attarder sur la pathétique et très courte bataille « à la Narnia » à la fin du long-métrage puisqu'elle ne fait que confirmer pour une énième fois que Burton ne sait pas filmer des scènes d'action, et c'était déjà le cas pour ses deux Batman.

          Mia Wasikowska, qui interprète Alice, se démarque de tous les autres acteurs par son manque total d'expression et de charisme, ce qui est assez handicapant lorsque l'on est supposé être le premier rôle. Elle semble, tout comme le spectateur, incapable de croire à ce « pays des merveilles » et traverse toute son aventure avec une moue renfrognée et un désintérêt assez impressionnant (ceci dit son « aventure » étant tellement prévisible et si peu trépidante...). Tous les autres sont dans le surjeu le plus insupportable possible, à croire qu'ils concourent tous pour voir qui en fera le plus de caisses. Que ce soit le Loir, caricature du personnage « comique mais qu'on a envie de baffer » typique du Disney actuel, les monstrueux Tweedledee et Tweedledum qui n'arriveront à faire rire que les enfants de moins de dix ans, ou encore la Reine Blanche « interprété » (puisqu'à ce niveau ce n'est plus trop de l'interprétation) par une Anne Hathaway qui en fait des tonnes et qui s'enfonce dans le ridicule alors qu'elle n'apparait qu'un petit quart d'heure. Mais la palme revient à Johnny Depp, qui nous ressert ce mélange de Jack Sparrow et de Willy Wonka. Alors certes il surjouait déjà dans Ed Wood, mais avec un peu plus de subtilité, mais revoir pour la dixième fois Depp s'amusant à se grimer n'importe comment et faisant le plus de grimaces possibles cela devient lassant ; surtout que la tendance à sérieusement empiré depuis le premier Pirates des Caraïbes, son jeu sobre dans Public Enemies l'été dernier constituait en cela une très bonne surprise. Mais le comble du ridicule est atteint lors de la désormais célèbre séquence de la danse anachronique qui ne faisait marrer que les bambins (il n'y a pas d'autres utilité possible à cette misérable séquence). Quant à Helena Bonham Carter, elle hérite du personnage de la Reine Rouge, personnage le plus intéressant et tragique du film car détestée et humiliée parce qu'elle est le vrai « freak » du film. Et le compositeur Danny Elfman, qui avait pourtant réussi à sauver de justesse le remake de La Planète des Singes avec un magistral générique d'ouverture, nous ressert mollement comme thème principal un remix d'Edward aux mains d'argent, de Sleepy Hollow et de Charlie et la chocolaterie ; le reste de sa composition étant carrément transparente et se contentant de copier les éternels « tics musicaux » de tout film de Burton. Ajoutons aussi qu'il n'y a pas de générique de début, marque pourtant de tout les films de Tim Burton, même ses plus mauvais ce qui lui est d'autant plus préjudiciable, et que le long métrage s'achève sur une affreuse chanson, inappropriée de surcroit, d'Avril Lavigne comme une cerise sur ce pudding informe et indigeste qu'est Alice au pays des merveilles.

          Et pourtant il subsiste quelques bribes qui rappellent un court moment qu'il y a un certain Burton derrière la caméra : la chute d'Alice où Elfman reprend un court instant ses esprits, la première conversation avec le Chat, la traversée des douves du château de la Reine Rouge remplies de sang et de têtes coupées, ou encore le long travelling entre les arbres permettant de découvrir le Jabberwocky avant son combat avec Alice et qui n'est pas sans rappeler certaines plans aérien dans le zoo enneigé de son second film sur Batman. Mais le plus souvent, Burton se contente de quelques autocitations avec le plan d'introduction à la Batman le défi, les arbres tordus de Sleepy Hollow, L'Etrange Noël de Mr Jack, Les Noces Funèbres (etc...), la démarche du Jabberwocky rappelant vaguement la « stop-motion » (comme quoi il ne semble pas si utile de le faire en images de synthèse), le look de la Reine Blanche qui est l'exact opposé de celui de Vampira dans Ed Wood,... Terrible déception ou désillusion que cet Alice au pays des merveilles où les vrais « freaks » sont condamnés à l'exil. Mais, à la différence du traitement de l'exil du héros d'Edward aux mains d'argent, il ne s'en dégage plus une mélancolie sombre et pessimiste mais une sorte de satisfaction et de justice. Et si Burton semble maintenant épanoui, en plus de son succès public, critique et auprès du studio, et qu'il semble avoir trouvé une sorte de renouvellement, il n'est pas certain que les fans de ses films des années 90 soient enthousiasmés par ce virage artistique.  

* * * * *   

Helena Bonham Carter. Walt Disney Studios Motion Pictures FranceWalt Disney Studios Motion Pictures France

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D
Merci, mais ce n'était pas de gaité de coeur cette démolition du film...
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L
Oh my god ! Vous avez tué le film sur place. Il a pris cher ^^.<br /> En tout cas je reste admirative devant votre talent de critiques =D
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